SES COMMENCEMENTS AG
fait exact, un premier àge, obscur encore et mal délimité, où se fait le principal travail, et un second, où la comédie est déjà en possession de presque toutes ses ressources. L'un est celui de Chionidès, d’Ecphantidès et des inconnus du même temps, etil s’étend à peu près de 480 à 460 ; l’autre est celui de Magnès, de Cratinos, de 460 à 430 environ.
L’exemple décisif vint de Sicile, cela est incontestable !. Mais on peut se demander si, à défaut de cet exemple, le génie attique n'aurait pas trouvé en luimême l’idée créatrice dont il avait besoin. La tragédie et le drame satyrique étaient alors sortis d'enfance ; les œuvres d’Eschyle et de Pratinas donnaient chaque année au public athénien une plus haute idée de l'art dramatique. Comment les formes plus humbles de cet art, celles qui s’attardaient encore dans les villages, n’auraient-elles pas été attirées par la force secrète de ces grandes œuvres vers l'idéal commun qui s'élevait sans cesse ?
Par malheur, il est tout à fait impossible de suivre ces progrès obscurs et spontanés. Aristote lui-même ne le pouvait déjà plus, tant ils avaient laissé peu de traces ?. La comédie ne voulait pas qu’on la prit au sérieux ; on riait de ses bouffonneries, mais nul ne se souciait de noter ce qu’elle gagnait d'année en année.
L'innovation capitale fut l'adoption définitive d’une fiction dramatique. Il est plus que probable que déjà
1. Aristote, Poélique, ce. 5 : To piv odv é£ &pyns ëx Lruellac nAbev. 2. Aristote, APRES . D: Tis dE npdowna dnedwze, 7 nookmyous À Fun ÜTOXPITEV Hat OX TotaDtA, NYVÉNTEL.
. 1bidem : H GE xwuwûta dix ro un omovdaïechat êE &p475 éhañev. Sur ces commencements, voir Poppelreuter, De comediæ atticæ primordiis parliculæ duæ, 1895. Indiquons aussi, dès à présent, comme utile à consulter sur beaucoup de points de l’histoire de la comédie, l'ouvrage de Wilamowitz, Observaliones criticæ in on græcam, Berlin, 1870.
ceux qui jouaient la farce mégarienne avaient des noms de convention et représentaient des personnages fictifs ; mais ces rôles incohérents, sans action suivie, n'étaient que des prétextes à bouffonnerie. L'exemple des Siciliens et celui des poètes tragiques contemporains firent sentir l’avantage qu’on aurait à renforcer cette fiction. Dès lors chaque pièce dut avoir son idée fondamentale, d’où naissait une action plus ou moins régulière, distribuée entre des personnages qui avaient chacun une physionomie propre. En ce genre, bien des essais durent se succéder. Entre l’incohérence primitive et l’unité parfaite, 1l y avait des degrés à l'infini, et nous ignorons absolument comment on les parcourut. |
Cette innovation ou ce progrès en impliquait plusieurs autres : l’emploi des masques, qui donnait à chaque rôle bien défini son caractère personnel, la division de la pièce en une certaine séric de parties assujetties à une régularité nouvelle, enfin la fixation du nombre des acteurs. Nous étudierons plus loin la structure qui finit par sortir de ce travail d’organisation intime. Dès à présent, il est bon de dire qu'il se produisit alors une fusion singulièrement curieuse entre deux éléments très divers. La comédie, toute rudimentaire qu’elle fût encore au temps des guerres médiques, avait pourtant ses habitudes et par conséquent ses formes à elle. En se transformant, elle s’appliqua du mieux qu’elle put à imiter la tragédie. Il résulta de là une structure mixte, dans laquelle le plan tragique se superposa tant bien que mal à l’incohérence très vivante des créations primitives. C’est là le fait capital dont nous essaierons tout à l'heure de saisir les témoignages irrécusables dans l’organisation définitive du genre. Aristote semble l’avoir reconnu implicitement dans le passage déjà cité, qui, à coup sûr, s’applique plus directement en-
CONTROZE DEL ETAT 463
core à la comédie attique qu’à la comédie sicilienne
« La comédie avait déjà quelques formes à elle, quand se produisirent les poètes qui lui sont propres et dont les noms sont restés !. » On ne saurait trop regretter qu’il ne nous ait pas donné plus d’éclaircissements sur celle période de végétation organique, dont lintelligence nous expliquerait si bien tout ce qui a suivi.
En même temps que la comédie se constiluait ainsi, elle se faisait reconnaître par l’État. « 1] fallut bien du temps, dit Aristote, avant que l’archonte donnât un chœur pour la comédie ; jusque-là, c'était la bonne volonté des gens qui faisait tout?. » Un fragment d'inscription mutilée nous permet d'affirmer que ce fait important cut lieu avant la dernière victoire d'Eschyle, c’est-à-dire avant 458 ; mais il peut être antérieur de plusieurs années *. Il est à remarquer d’ailleurs qu’Aristote parle de l’archonte ct par conséquent des fêles urbaines. Auparavant, la comédie, qui était née dans les fêtes rurales, ne figurait qu'aux Dionysies des dèmes; là, elle ne pouvait être subventionnée par l'État, mais rien n'empêchait les dèmes riches et populeux de lui donner autant d'éclat qu’il leur plaisait. Il est probable qu’il en fut ainsi. La comédie à ses débuts semblait indigne de la ville * ; mais clle régnait dans les campagnes. Gagnant chaque année du terrain, elle fit en quelque sorte le siège d'Athènes, y pénétra par les faubourgs, et enfin vint s'installer viclorieusement à
4, Cité plus haut, p. 441, note 4.
2. Poélique, c. 5 : Kai yào yopov xwuw0@v dE mots Ô Grywv Édw- XEv, &XX° ébshovral noav.
3. CIA, II, 971 fr. à. [Æs]voxetènc éyopnyer, Mayvnc édidaox:v * tpaywÔy Ilspexñs Xohaoyeds éyopnyes, Aioydhos Ediacxsv. — Ribbeck (Anfänge und Entwickelung des Dionysoscullus in Altica, Kiel, 1869 ; p. 18) admet que le concours de comédie fut établi en 460; Bergk (Rheinisches Museum, XXXIV,p. 301 et suiv.), en 46% ; tout cela est assez arbitraire.