SON ESPRIT
solence satirique lui étant aussi naturelles que la gaieté. Plus elle s'était perfectionnée, plus cette tendance primitive s'était accusée. Nous avons cité le proverbe relatif à Myllos : comme lui, la comédie avait l'oreille fine et entendait tout. Quand elle eut pris pied dans Athènes, elle y devint par profession une école de satire. Le lieu s’y prêtait merveilleusement. « Athènes, commeon l’a dit, était à la fois une grande ville et une petite ville; tous les citoyens s’y connaissaient, se coudoyaient chaque jour sur la place publique, dans les gymnases, les portiques!. » Certaines boutiques de barbiers achalandés étaient de vraies ruches où bourdonnait du matin au soir la médisance ?. Une sorte de gaminerie publique aiguillonnaitincessamment les esprits. Il y avait des réputations faites, à {ort ou à raison, de sottes plaisanteries, dont 1l était convenu qu'on devait rire. La comédie n’avait qu’à prendre. Naturellement la portée de ses critiques variait à l'infini. Depuis la simple charge bouffonne, qui convient à une revue, jusqu'à la censure hardie des mœurs publiques ou de la politique du jour. C'était une nécessité intime pour la comédie que de s’attaquer aux choses vivantes. Montrer le côté ridicule de tout ce qui était admiré, voilà le rôle qui excitait le plus son ambition, parce qu'il lui faisait le mieux sentir sa puissance. Elle était en quelque sorte par nature l’envers de l’admiration du jour. Le décret de 440, cité plus haut, prouve assez de quelle liberté injurieuse elle se crut en droit d’user, bien avant Arisiophane; et, comme nous le verrons, tout le théâtre de Cratinos, d’Aristophane, d'Eupolis et de leurs contemporains atteste que cette liberté, quand elle lui
1. H. Weil, Journal des Savants, 1888, p. 536. 2. Schol. Oiseaux, 300 : ‘O à Exopyihos AV xou pes * Ynpovever aùToÙ IDiarwv ëv Zoprorais:
To Ercpyikoy noupeiov, Éyhiorov Téyos.
fut rendue, ne parut nullement amoindrie par la leçon sévère qu’elle s'était attirée !.
C’est par celté tendance satirique que la comédie du ve siècle touche à la réalité contemporaine. Elle y vise trois objets principaux : les mœurs publiques, la politique, les lettres et les arts.
En fait de mœurs, elle ne peut peindre, avec sa manière hyperbolique et fantaisiste, que les choses les plus générales. Tout ce qui est délicat, intime, tout ce qui n’éclate pas au dehors lui est à peu près interdit. En revanche, les innovations plus ou moins bruyantes, les doctrines qui font scandale, les manières de vivre qui rompent avec les vieux usages, voilà son domaine. Elle est forcément pour la tradition, car la tradition, tent qu’elle est acceptée par l'opinion publique, ne prêle pas au ridicule : elle est contraire aux nouveautés, car les nouveautés sont l’éternelle matière de moqueries offerte à cette défiance nécessaire de la raison moyenne qui s'appelle le bon sens public. Dans cet ordre d'idées, le rôle que s’attribue la comédie à Athènes, c’est de faire appel à ce bon sens et de lui montrer à grands traits, par des images frappantes et bouffonnes, l'extravagance, réelle ou apparente, des nouveautés, en même temps que leurs conséquences futures. Par là même, elle est condamnée à défigurer tout ce qu'elle touche; si elle était juste ou modérée, elle cesserait d'être comique. Ce parti pris fait sa force, mais c’est aussi son défaut. Au fond, il y aura toujours une certaine vulgarité dans ses critiques, car elle s’adresse à des esprits vulgaires : il faut qu’elle frappe fort et qu’elle grossisse tout, c’est la condition même de son succès. Elle pourra faire preuve de finesse dans maint
4. Isocr. Paix, 14 : ’Eyw 0’ oïda pèv 67: ônuoxpartias oÙons oùx Éotu nappnoia, mAnv ÉVOAdS mÈv Toïc appovesrators.…, Év Oè T@ DsdTpw Tois xwuw- CodtdaTax OS.