SON ESPRIT 4G
détail, mais elle doit s’en garder dans ses intentions générales et dans l’ensemble de ses effets.
En politique, son attitude est analogue. Elle a besoin de faire appel à des sentiments très répandus et très prompts qui répondent immédiatement à la moindre excitation; et il faut qu’elle s’en prenne à des choses dont tout le monde soit disposé à se moquer. Voilà pourquoi elle estrésolument de l'opposition. Chez un peuple vif, spirituel et impressionnable, l'opposition est une seconde nature. Tous les mécontentements, privés ou publics, justes ou injustes, toutes les déceptions, toutes les jalousies même l’entretiennentet l’excitent. Et cela est particulièrement vrai des démocraties. Observez ce que Platon aurait appelé l’âme démocratique; vous y découvrirez un fond inépuisable de soupçons, d'humeur dénigrante et moqueuse, qu’une main habile n’a guère. de peine à mettre en mouvement. La comédie le sent, et c’est de cela qu’elle fait son office !. Non qu’il soit
4. M. Couat, dans son remarquable ouvrage'sur Aristophane et la comédie attique, a récemment cherché à expliquer cette attitude de la comédie par des considérations différentes, sans. méconnaître d’ailleurs ce que vaut celle-là. Il fait ressortir ingénieusement l'influence secrète de l’aristocratie, il montre l’archontat entre ses mains, les poètes dans sa clientèle, l’opinion publique sous sa direction, en matière littéraire tout au moins. Je ne sais si tout cela est bien sûr. Mais je remarque que les poètes comiques ont attaqué l’aristocratie là où elle prêtait à rire; ils se sont moqués des socratiques qui étaient des aristocrates, de la jeunesse dorée et de ses débauches ; ils avaient donc leur franc parler à son égard, Aristophane ne s’attaquait-il pas indirectement à elle dans sa Lysistrata, lorsqu'il faisait rire du Proboulos? Mais en somme ils ne pouvaient'pas lui reprocher d’accaparer les places à son profit, ni de flatter le peuple pour s’enrichir ; 1a ôwpoôoxix n’était point son fait; or c’est là toujours le grand reproche qui a prise sur les foules, qui les passionne et qui les fait rire, celui qu’Aristophane utilise contre Cléon et que les orateurs se jetaient mutuellement à la tête. En outre, comme M. Couat l’a fort bien remarqué lui-même (p, 56) d’après l’auteur du Traité de la république alhénienne, attribué à Xénophon, la démocratie n’aime pas les supé-
juste de l’accuser de mauvaise foi systématique ou de mauvais desseins; elle suit sa nature, elle obéit à la force des choses, voilà tout. El, en agissant ainsi, elle fait du bien et du mal sans le savoir : du mal, en grossissant des griefs vains, en multipliant les calomnies, en remuant de méchantes passions ; du bien, en montrant le danger, en signalant la tendance qui s’exagère, en prévenant l’abus au moment où 1l devient dangereux. On peut condamner tel ou tel poèle comique dans tel ou tel cas particulier, mais condamner la comédie en général pour son attitude politique, c’est méconnaitre les nécessités mêmes de la nature humaine et la façon profonde dont le bien s’y lie au mal. Quant à l'admiration de quelques-uns pour la longanimité du peuple athénien en face de satires qui l’atteignaient lui-même, il y a tout lieu de craindre qu'elle ne soit naïve. Gardons-nous de supposer qu’à Athènes plus qu'ailleurs une multitude impatiente, mobile, tapageuse, s'il en fût, aurait laissé passer paisiblement, par je ne sais quel respect idéal pour la liberté, des moqueries qui l’auraient o‘Tensée. Des hommes ainsi faits, il n’y en a eu nulle part, pas plus en Grèce qu’en aucun autre pays. Si les Athéniens écoutaient et apolaudissaient les poètes comiques, c’est qu'à tout prendre ceux-ci exprimaient en les faisant rire des idées que la masse des spectateurs approuvait, Sans doute, il pouvait bien se faire que, dans ses conclusions lointaines et sous-enten-
dues, tel poète dépassât les idées de son public. Mais.
ces conclusions n’étaient pas en jeu; e’était son secret
à lui, que la postérité a peut-être le tort de croire con-.
riorités ; elle devient vite jalouse de ceux qu’elle a élevés, et il ne lui déplait pas qu’on fustige ses chefs de temps à autre pour les ramener à l'humilité. Républ, athén., 18 : ?OXyor dé rives TOY mevnTwy
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