Didot, Schol. græc. in Aristoph., Proleg., III
4. Chevaliers, 520 : "Os mheïora yoodv To dvrimdAwv viuns ÉOTNGE Tpo- Traix. |
5, Chevaliers, même passage,
ges, on peut restituer les titres de quelques-unes de ses comédies : les Joueurs de luth, les Oiseaux, les Lydiens, les Cinips, les Grenouilles, Dionysos, la Jardinière, le Titacide (nom d’une tribu athénienne). Ils suffisent à montrer que l’art de Magnès consistait en partie à inventer pour ses choreutes des travestissements fantastiques et qu’en ce genre il a légué à ses successeurs plus d’une idée qu'ils n’ont pas laissée perdre #.
Nous pourrions passer sous silence Ecphantidès, dont nous ne savons à peu près rien, et son serviteur Choerilos, qui l’aidait, dit-on, à composer de mauvaises pièces, si un fragment de leur œuvre commune n'était à signaler. C'est celui où Ecphantidès se défendait de faire un drame à la mode mégarienne. « J’en aiassez, disaitil, des comédies mégariennes, et je rougis de faire une pièce à la façon de Mégare ?. » Un tel scrupule marque une date. La comédie athénienne rougissait de ses origines : c’est qu'elle prenait conscience de sa valeur propre et de ses hautes destinées.
Il lui manquait encore un homme supérieur. Elle le trouva en la personne de Cratinos. La renommée littéraire de celui-ci ne semble avoir commencé qu’assez tard ? : ses succès sont circonscrits entre la mort de Cimon (449)et l’année 423, date de la représentation de
1. Les fragments de Magnès, à peu près insignifiants, sont en outre d’une authenticité suspecte.
2. Fr. 2, Kock. Traduit d’après la restitution de Kock, fort incertaine d’ailleurs.
3. D’après le Pseudo-Lucien (Cas de longévité, 25), Gratinos aurait vécu 97 ans. S’il est mort en 422, il serait né par conséquent en 519. Mais Aristote (Poëélique, c. 3) nomme Chionidès et Magnès comme les plus anciens poètes comiques athéniens de quelque renom, et Aristophane (pass. cilé) mentionne Magnès avant Cratinos. Les succès de Cratinos n’ont donc pu commencer que vers 450 environ. Il aurait eu alors près de 70 ans : cela est si invraisemblable qu’il y a lieu de douter du renseignement fourni par le Pseudo- Lucien. ;
sa dernière pièce, qui précéda de peu le terme de sa vie {. Il était athénien de naissance. On nous le représente comme un homme qui aimait le luxe et la bonne chère ?. Aristophane, son jeune rival, s’est moqué de son goût pour le vin, et lui-même paraît avoir passé condamnation sur ce point dans sa comédie de la Bouteille. On lui prêtait encore d’autres vices. Que ces imputations fussent vraies ou non, c’était à coup sûr un tempérament exubérant, tout animé d’une sève ardente et joyeuse. Aristophane, dans la parabase de ses Chevaliers, nous le dépeint en quelques traits frappants. Cratinos est pour lui une sorte de torrent impétueux : « Il roulait avec un grand bruit d’acclamations à travers le pays plat, et, renversant tout sur son passage, il emportait pêle-mèle les chênes et les platanes et ses ennemis déracinés ?. » Lui-même s’est dépeint d’une manière analogue : « Par Apollon! quel flot de paroles! Un bouillonnement d’eau jaillissante! Douze embouchures au lieu d'une bouche! Tout un Ilissos dans un gosier ! Que vous dirai-je? Si vous ne lui mettez un tampon dans la gorge, il va tout inonder de sa poésie #4, » Sous cette fantaisie, on devine une nature exceptionnelle. Il fit jouer, dit-on, vingt et une comédies et fut neuf fois vainqueur *. Si l’on en croyait Aristophane, Cratinos, comme son prédécesseur Magnès, aurait cessé de plaire au peuple dans sa vieillesse. En 424, dans la parabase des Chevaliers, le jeune poète représentait méchamment son vieux rival comme un instrument délabré qui se disjoint et ne vaut plus rien. Toutefois nous savons que, cette année même, Cratinos était encore
1. Cas de longévité, même passage. Cf. Chevaliers, argument. 2. Suidas, Kparivos.