‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 234 sur 351 · Phrynichos le sophiste, dans Ét. de Byzance, p · texte numérisé non relu

Phrynichos le sophiste, dans Ét. de Byzance, p

3. Platon, Protagoras, p. 327 D. On voit par ce passage que ces sauvages formaient le chœur (of &v ëxstvo T@ yop@ miodvôpwror.

4, Fragm 108 Kock (1 Dilot).

médiats d’Aristophane et continuateurs de Cratinos. Les vives railleries des deux premiers sur le compte de Périclès doivent être rappelées pour bien montrer le ton ordinaire et la hardiesse accoutumée qui prévalaient alors dans la comédie‘. Celle-ci avait ses habitudes prises, ses formes normales, ses sujets préférés; elle était donc vraiment constituée. Avant de parler d’Aristophane et de ses contemporains, essayons de montrer rapidement ce qu'était cette constitution dramatique.

Lorsque l’État, comme nous l’avons dit, prit à son compte les concours de comédie après les guerres médiques, il se régla dans l’ensemble sur ce qu'il faisait déjà pour la (tragédie. De là des ressemblances d'organisation qui nous dispensent d’insister sur beaucoup de choses déjà exposées?.

Les occasions de représentations étaient en somme les mêmes. On jouait la comédie dans les dèmes aux Dionysies rurales; on la jouait en ville aux Lénéennes et aux grandes Dionysies. Le concours des Lénéennes semble avoir été le plus brillant au ve siècle, c'est-à-dire au temps de la comédie ancienne. Nous avons vu que la tragédie, pour une cause ou pour une autre, avait délaissé cette fête pendant une partie au moins de ce siècle : elle appartenait donc en propre à la comédie. Aux grandes Dionysies au contraire les deux genres paraissent avoir été constamment associés. Nous nous sommes expliqués déjà au sujet de l'ordonnance probable du spec-

1. Téléclidès, fr. 42 Kock (Inc. fabul. #4 Didot), #4 Kock (Incert, fab 6 Didot); Hermippos, fr. 46 Kock (Moïpar, 1. Didot).

2. D'une manière générale, nous renvoyons ici aux manuels d'archéologie scénique déjà cités à propos de la tragédie,

tacle. — Ce qui a été dit de la chorégie et du rôle des magistrats à propos de la tragédie s'applique aussi à la comédie. Les concurrents admis à faire jouer leurs pièces étaient de part et d’autre en même nombre. Seulement chacun d’entre eux, quand il s'agissait de comédies, n’apportait qu’une seule pièce. Il n’y a rien de spécial à signaler en ce qui concerne le salaire des poètes, le choix des juges et la façon dont ils rendaient leur sentence.

Naturellement aussi, le lieu de la représentation étant le même, ni la disposition de la scène ni l’arrangement du spectacle ne devaient différer très sensiblement. Toutefois, comme la comédie ancienne, par sa nature même semble exiger souvent une mise en scène toute féérique, il est bon de dire que la plupart de ces choses merveilleuses ne se passaient probablement que dans l’imagination des spectateurs ?. Le poète n’avait souci ni du temps ni de l’espace, et l’absurdité même de certaines données dramatiques devenait souvent pour Le publie un amusement de plus. Par exemple, dans les Acharniens d’Aristophane, les premières scènes ont lieu à Athènes, dans le Payx; puis nous sommes à la campagne dans l’enelos de Dicéopolis,-et celui-ci trace sur le théâtre les limites d’un terrain neutre qu’il appelle son marché; sur ce terrain on voit arriver une foule de gens qui dans la réalité ne pourraient y paraître, les uns parce qu'ils sont en même temps dans leur maison de ville, comme Lamachos; les autres, comme le Mégarien ou le Béotien, parce qu'ils auraient à traverser un territoire ennemi. Vouloir concilier tout cela comme l’ont tenté trop de commentateurs, c’est méconnaitre absolument l’esprit de la comédie ancienne. Celle-ci touche à la réalité, mais, loin de

4, Voir plus haut p. 60.

2. À Müller (ouv. cité) me paraît prendre beaucoup trop à la lettre des indications qui sont souvent de pure fantaisie. Il est

toujours bien hasardeux de restituer le décor d’après le texte d’un poète dramatique, surtout quand ce poëête est Aristophane.

s’y enfermer, elle en sort quand il lui plait, et cela lui plaît perpétuellement. Comme on n’exigeail aucune vraisemblance dans les allées et venues des acteurs, il eût été puéril d'en demander dans les décors. Le public, qui était en belle humeur, se prêtait à tout, en fail d’invraisemblance et d'incohérence. Voilà pourquoi c’est faire une sorte de contre-sens que de s’attacher, dans desrestaurations imaginaires, à une exactitude matérielle qui eüt alourdi maladroitement d'aussi folles inventions. Quelques décors très simples, un groupe de maisons, un temple, une cabane, et en général peu ou point de perspective lointaine et presque point de machines, c’est là ce qui convenait le mieux à ces chefs-d’œuvre de joyeuse extravagance !. |

Si des condilions extérieures de la comédie nous passons au personnel dont elle disposait, c’est le chœur qui doit appeler d’abord notre attention.

Formé comme le chœur tragique par un chorège et à ses frais, instruit comme lui par un maitre spécial, conduit, comme lui encore, par un coryphée, il s’en distinguait pourtant tout d’abord par le nombre de ses membres. Au lieu de douze ou quinze choreutes, il en comptait vingt-quatre ?. La raison de cette différence ne nous est donnée par aucun témoignage ancien. On asup-

4. L'emploi des machines dans la comédie n’était guère autre chose qu’une parodie de la tragédie. Agathon, apparaissant sur un eccyclème dans les Féles de Déméter, faisait songer plaisamment aux exhibitions tragiques qui avaient lieu par le même procédé ; et Trygée, enlevé au ciel sur son escarbot, était l’amusante contrefacon du Bellérophon d’Euripide traversant les airs sur Pégase. Le fantôme colossal d’Eiréné, dans la Paix d’Aristophane, parut extraordinaire aux contemporains : Eupolis et Platon s’en moquèêrent (Didot, Schol. græc. in Aristoph., Proleg. XIII fin).

2. Pollux, IV, 109. Autres textes, A. Müller, ouv. cité, p. 203, note 5. Dans les Oiseaux d’Aristophane (v. 297 +t suiv.), les 24 choreutes figurent 24 oiseaux différents, qui sont énumérés successivement, selon la remarque du scoliaste.

posé, non sans vraisemblance, qu’elle tenait à l’usage fréquent de l’antichorie dans la comédie; le chœur s’y divisait souvent en deux groupes: il ne fallait pas que ces groupes fussent trop petits !. Toutefois il semble que cet usage même ne se serait pas élabli si la constitution du chœur y eût répugné. Peut-être est-il plus simple d'admettre que la différence entre les deux genres remontait jusqu’à leurs origines et provenait par conséquent d’un état de choses primitif qui nous est inconnu. Ce quia été dit de la forme du chœur tragique, du lieu où 1l se tenait ordinairement, de sa manière de se grouper est applicable aussi au chœur comique. Les différences précises, s’il y en avait, nous échappent.

La manière dont le chœur récitait ou chantait est sujette à autant de discussions, et en somme presque aussi incertaine, pour la comédie que pour la tragédie 2. Toutefois l’émiettement du rôle choral, qui nous a paru répugner en général à la nature de la tragédie, est évidemment bien moins contraire à celle de la comédie. Là, une certaine apparence de désordre, pourvu qu’elle fût en réalité assujettie à un ordre caché, n’était pas faite pour déplaire. Le chœur comique ne pouvait oublier ses origines; c'était souvent une foule animée, bruyante, discordante même, du milieu de laquelle les saillies individuelles éclataient spontanément. Parfois, cette division intime s’accusait fortement par la constitution de deux chœurs, plus ou moins opposés l’un à Pautre. Dans les Oiseaux d'Aristophane, figuraient simultanément deux groupes d’oiseaux, l’un de douze mà-

4. Zielinski, Die Gliederung der altattischen Komædie, Leipzig, 1885, p. 274. |

2. Muff., Uber den Vortrag der chorischen Partien bei Aristophanes, Halle, 1872 ; Arnoldt, Die Chorpartien bei Aristophanes scenisch erlæutert, Leipzig, 1873; Christ, Theilung des Chors im Abischen Drama (Abhandl. d. bayer. Akad., XIV, p. 189 et suiv.); Zielinski, ouv. cité, 2e partie.

les, l’autre de douze femelles‘; dans Lysistrate, les vieillards, d’un côté, les vieilles femmes, de l’autre, formaient deux groupes ennemis qui échangeaient des moqueries, des injures et des menaces. Dans chacune de ces troupes, même pétulance et même spontanéité. Les provocations individuelles se mêlaient aux défis collectifs. Dans Lysistrate, d'anciennes indications attestent que plusieurs femmes se détachaient du groupe successivement et chantaient seules quelques vers?. La comédie avait besoin d’animation, de mouvements imprévus, de pétulance même. Elle se plaisait à tous les écarts brusques de la fantaisie. Il fallait bien qu’elle eût assez de liberté dans la forme pour que son humeur vive püt se mettre à l'aise.

Ce qui est vrai des chants du chœur l’est aussi de ses évolutions *. L'entrée, ordinairement lente et solennelle dans la tragédie, était souvent turbulente et désordonnée dansla comédie. Les Acharniensd’Aristophane se précipitaient en fureur dans l’orchestra, poursuivant le traitre Dicéopolis; ses oiseaux, à peine entrés, se dispersaient en criant et en sautillant, comme un vol de vrais moineaux effarés 4 En général, le chœur comique, quel qu'il fût, ne demandait qu'à danser et à s'agiter. De nombreux passages dans les pièces d'Aristophane font allusion à ces danses 5; et de ceux-là on peut conclure à beaucoup d’autres. Toutefois nos renseignements sont insuffisants pour établir une classification précise de ces danses en rapport avec la division des pièces. Le caractère même de l’orchestique dans la comédie ne nous

. Oiseaux, 297-304 et Schol. Chevaliers, 586. . Lysistrate, 696, 706.

. À. Müller, ouv. cité, p. 220 et suiv. Christ, Metrik, p. 695.

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