L'ACTION
ce sujet, de quelques observations très générales qui feront mieux comprendre ce qui suivra.
Concevoir un plan de comédie, c’était pour un contemporain d’Aristophane imaginer une fable bouffonne qui fût en même temps une satire. Cette fable devait être très simple, car elle n’était au fond qu’un prétexte, la satire étant la chose importante. Toutefois, dans sa simplicité même, elle était tenue d’être amusante; et pour cela, il fallait bien, avant tout, qu’elle eût de l’entrain et du mouvement. Le premier don d’un poète comique, c'était celui de l’invention. Il devait inventer d’abord un fait principal, procès, querelle, voyage fantastique, résurrection de morts, création de cités imaginaires, complot, quelque chose enfin qui servit de support à tout le reste. Ce quelque chose devait être non seulement gai, mais nouveau. C'était là une grosse difficulté. Dans la tragédie, les mêmes légendes servaient presque indéfiniment; il suffisait d’en varier les détails, d’en modifier l’aspect, sans toucher aux faits eux-mêmes; ceux-ci étaient donnés par la tradition, et personne n’aurait osé demander qu’on la changeât. Mais dans la comédie, tout étant créé par le poète, on ne voulait pas voir deux fois la même chose. Pourtant les types d'action comique n’étaient pas en nombre infini. Il arrivait forcément qu’on se répétait, ou que les concurrents se copiaient les uns les autres sans en convenir. L'habileté consistait à dissimuler cesimitations et ces emprunts, et surtout à tromper le public qui ne les aurait pas supportés. Pour prévenir son impatience, le poète avait grand soin de vanter la nouveauté de sa fable !; ce soin même trahissait une conscience inquiète. La difficulté toujours croissante de sortir de l’ornière a été peut-être une des causes sourdes,
1. Aristophane, fr. 528 Kock ; OS yäp Tieuev Tov &y@va Tov Tpérov DOTE2 TÉWS AV, AAA HALVGY TPAYLATOV.
Hist. de la Litt. grecque. — T. III. Es"
mais actives, qui ont amené la transformation de la comédie au 1v° siècle.
Il est vrai que, si l'invention du fait principal était difficile, celle des détails devait être plus aisée. On ne demandait pas au poète d'observer les vraisemblances. Pourvu qu’il fit rire, tout lui était permis. C'était par là que les génies heureusement doués se tiraient d’affaire. Une bonne comédie, quelque simple qu’en fût Le plan général, devait être riche en incidents plaisants. Ni l'unité de lieu, ni l'unité de temps n'était conçue de manière à gèner la fantaisie poétique. Sans doute, il n’y avait guère d’entr’actes à proprement parler, qui permissent aux personnages de se transporter, hors de la vue du spectateur, à de grandes distances, n1 à l’action de sauter brusquement par dessus une longue période de temps; mais, en vérité, cela était bien inutile; car le poète pouvait, sur son théâtre, et grâce à la complaisance de son public, faire monter ses héros au ciel, les mener chez les oiseaux, les conduire aux Enfers, et convoquer les nuées dans l'orchestra; il pouvait aussi montrer dans une scène Lamachos en train de s’armer pour le combat et le ramener blessé dans la scène suivante, sans que personne lui cherchât chicane sur la durée des choses. Donc la liberté était grande, mais le public entendait qu’on en profitât pour l’amuser. Il voulait voir les scènes se succéder, rapides et variées, comme une fantasmagorie sans cesse nouvelle.
Voilà pour la fable à proprement parler; mais cette fable, nous l’avons dit, était en même temps une satire: nous avons vu déjà quels en étaient les objets; essayons maintenant d'en délinir la forme.
Cette satire devait être dramatique. Elle était donc tenue de donner aux idées la vie et l’action, c’est-à-dire de les montrer dans des personnages, et ces personnages eux-mêmes dans des situations plaisantes. Pour elle, la