‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 257 sur 351 · Plutarque, Moralia, Didot, t. IT, p · texte numérisé non relu

Plutarque, Moralia, Didot, t. IT, p

2. Et c’est justement ce qui fait pour nous l’intérêt de ce jugement vraiment étonnant. Il montre à quel point certains siècles peuvent être fermés à l’intelligence de ce qui a enchanté d’autres générations.

est avec Sophocle, en ce siècle, le grand créateur de figures vivantes. L’un et l’autre ont senti d’inslinct que ce qui fait la valeur dramatique de l’homme, c’est la volonté. L'action que déroule devant nous le poète comique peut être absurde, invraisemblable, grotesque; mais parce que cette action absurde provient d’une volonté ferme, elle met en jeu des motifs profonds et vrais. Cléon, dans les Chevaliers, agit en bouffon, et pourtant nous sentons en lui quelque chose de fort qui nous saisit, celte ambition âpre, inquiète, méchante et basse, qui parfois dans la vie devient le tout de certains hommes et qui les agite alors comme une sorte de fureur. Voilà pour la vérité générale. Quant à celle des mœurs, elle ne manque pas non plus à Aristophane, mais elle est chez lui inconstante et sujette à disparaitre par moments; il faut en jouir, là où elle est, et s’en passer quand elle fait place à la fantaisie. À tout prendre, je ne sais si elle n’était pas plus variée dans l’ensemble de son théâtre que dans la comédie de mœurs proprement dite, telle que la connut le siècle suivant. Il y a surtout un type excellent qui lui est propre, c’est celui du paysan athénien. Condensons en une seule image les rôles de Dicéopolis, de Strepsiade, de Trygée, joignons-y encore celui des laboureurs qui forment le chœur de la Paix, et nous nous représenterons au mieux ce qu’étaient ces colons qui ont assuré au v® siècle l'empire maritime d'Athènes. Aristophane était luimême de leur sang et de leur condition; il ÿ tenait par ses parents, par ses souvenirs d'enfance, 1l les a bien connus. On les voit dans ses pièces tels qu’ils étaient, économes, énergiques, défiants par instinct et pourtant faciles à prendre par l'imagination, aimant leur champ, leur maison, leurs oliviers, enclins à voisiner, sobres jusque dans leurs régals, sensuels par vives échappées de tempérament, en somme une race fine et vigoureuse qu'on a plaisir à connaitre. Ce n’est pas un médiocre mé-

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rite dramatique que d’en avoir laissé à la postérité une image si nette et si vivante.

Que devaient être les parties lyriques de la comédie entre les mains d’un tel poète? Il avait l’imagination vive et créatrice, la gaieté, la malice, et en outre le sens le plus délicat de la convenance rythmique. Ce sont les qualités qui dominent dans son lyrisme. D’une manière générale, il ressemble bien plus à celui d'Euripide qu’à celui de Sophocle. Le développement poétique ne naît guère chez lui d’une méditation sérieuse de l’idée, ni mème d’une impression profonde et réfléchie; il a quel. que chose de l’improvisation; c’est une poésie spontanée et capricieuse, brillante et facile, qui unit la simplicité la plus charmante à l’éclat et à une certaine grandeur; elle est pure, limpide, tantôt courante, tantôt calme et unie; elle réfléchit beaucoup de petites choses et aussi de belles images. L'inspiration profonde fait défaut, mais celle-là seulement; la sincérité et la vivacité des impressions y éclatent partout.

La chanson moqueuse et gamine était bien l'affaire de ce joyeux poète. Elle abonde dans ses comédies. Chanter et se moquer, c'était le fond même du geure, et il n’était pas nécessaire d'imaginer pour cela des prétextes. On s’interrompt en pleineaction, au détour d’une scène, et voilà un chœur, celui des morts dans les Grenouilles par exemple, qui entonne un couplet satirique :

« Voulez-vous, voulez-vous qu'à nous tous, — nous nous moquions d’Archédémos? — A sept ans, il ne s’était encore engendré ni père ni mère; — aujourd’hui,c’est un des chefs

du peuple, — un grand chef entre les morts qui sont là-haut, — le premier des hommes par la canaillerie 1, »

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