Oiseaux, 1088 et suiv
nous verrons la terre sacrée qui nourrit les fruits, les fleuves divins aux flots bruyants, la mer qui mugit sourdement. Le soleil, œil toujours ouvert au fond de l’éther, brille de tous ses feux. Dégageons-nous de ces vapeurs humides qui nous enveloppent, et, révélant nos formes immortelles, contemplons d’un regard infini toute la surface de la terret. »
Ainsi la haute poésie lyrique ne manque pas à ce poète bouffon. Il n’a qu’à laisser aller son imagination ; elle s'élève d’elle-même vers ces grandes et pures visions qui resplendissent dans une atmosphère transparente et lumineuse.
A ces visions se mêle nécessairement un sentiment, On ne décrit pas ainsi les aspects de la nature sans y mettre quelque chose de soi. Toutefois il faut reconnaître que, chez Aristophane, cet élément personnel et intime est loin d’avoir la même force que l'élément d’imagination pure. Il nous donne l'impression fine des choses, mais on peut douter qu’ilen fût d’ordinaire vraimentému. (’était une nature rieuse et légère, avec quelque chose de mordant: il n’y avait en lui ni effusion ni tendresse de cœur d’aucune sorte. Lorsque ses Nuées nous décrivent Athènes en fête dans la joie bruyante des Dionysies, tout est gracieux et brillant dans ce court tableau, plein de vie et d’éclat; on y sent même le plaisir d'imagination du citoyen, fier des élégances de sa ville; on est ébloui et charmé, sans qu'il y ait, ce me semble, dans cet enchantement, aucun mélange d'émotion secrète : il y manque la note grave et douce, la note virgilienne du salut filial à l’Italie :
« Vierges, déesses des nuées humides, allons vers la terre brillante de Pallas, allons voir ce pays de Cécrops, riche en hommes, pays aimable, où est le secret révéré des mystères, où le sanctuaire des initiations, au jour des cérémonies pures, ouvre ses portes. Là, pour les dieux du ciel, abondent Les of-