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qu’allons-nous faire maintenant ? Mon avis serait de boire d'autant, puisque le dieu fait nos affaires. — Allons, femme, fais-nous cure trois mesures de haricots, en y mêlant de la farine de froment et donne-nous des figues. Que Syra rappelle Manès du champ. Il n’y a pas moyen de travailler à la vigne aujourd’hui ni de bêcher la terre, car tout est détrempé. — Qu'on aille aussi chez moi chercher la caille et les deux pinsons ; il doit y avoir à la maison du lait nouveau et quatre lièvres, à moins que le chat n’en ait dérobé sa part hier au soir: j'ai entendu en dedans du bruit et un étrange tapage. S'il en reste, esclave, qu'on en apporte trois pour nous, et qu'on en donne un à mon père. Demande aussi à Eschinadès des fruits de myrte, et qu’on aille en même temps chez Gharinadès, — c’est le même chemin, — afin qu’il vienne boire avec nous, pendant que Le dieu fait si bien les choses et arrose nos labours fort à propos.
» Lorsque la cigale chante sa jolie chanson, j'aime à m’en aller regarder mes vignes de Lemnos, pour voir si elles müûrissent : c’est le plant le plus précoce ; j’ai plaisir à voir le grain se gonfler; puis, quand il est bien mûr, j'y mets la dent et je le mange; et je m’écrie: « Oh! la bonne saison ! » Alors, je broie un peu de thym et j’en fais un mélange. Et voilà comme jengraisse à la chaleur de l’été, bien plus qu’en regardant cé commandant haï des dieux, avec ses trois plumets : et sa tunique rouge-sangt | »
Ce lyrisme populaire, dans sa naïveté hésiodique, plait d'autant plus qu’il a moins de prétention. Et ce n’est pas un simple jeu d'imagination. Sous l’enjouement léger, on ne peut méconnaitre ici une sympathie naturelle du poète pour les choses dont il parle. Bien entendu, cela n’est pas très fort ni très profond; le lyrisme d’Aristophane est comme lesol de l’Attique, un peu maigre et superficiel; mais, outre la beauté radieuse du soleil qui l’éclaire, il y a, çà et là, sous les oliviers, un petit coin d'ombre et de fraîcheur, où court un filet d’eau vive; rien de plus charmant que de surprendre sa Muse, quand elle vient, furtive, y baigner ses pieds.
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La langue d’Aristophane représente pour nous la perfection même du langage attique sous sa forme familière. Ses contemporains croyaient y sentir l’imitation d’Euripide t. Lui-même, tout ennemi qu’il fût en apparence du poète tragique, ne se défendait pas du reproche ou de l'éloge de lui emprunter quelques-unes des qualités de son style ?. Euripide en effet était le premier écrivain qui eût donné, avec l’autorité du génie et du succès, l'exemple de cette élégante facilité que les vieux Attiques ignoraient. Aristophane ne pouvait nier qu’à cet égard 1l ne dépendit de lui en quelque mesure, comme de l’initiateur et du maître reconnu. Son vrai modèle toutefois, c'était la conversation des Athéniens d’alors. Il excellait à en reproduire les tours vifs, l’allure légère et alerte, la finesse et la variété; et cela avec une élégance simple qui semblait ne lui coûter aucun effort. Une grâce naturelle, mais une grâce originale et piquante, voilà le mérite propre qu'aucun de ses contemporains ne paraît avoir possédé au même degré que lui ÿ. On ne saurait mieux le caractériser comme écrivain qu’en lui appliquant ces jolis vers d'un de ses fragments où il disait d'un de ses personnages: « Il a le langage moyen dela ville, sans les affectations un peu molles de nos citadins, mais aussi sans rien de cette rudesse qui sent la rusticité #. » Mais, tout en par-
1. Cratinos, fr. 3017 Kock : Ebam:ôapiotopavitwv. Schol. Platon, Apolog. 19 C :’Exwpwdeiro nt T& oxwnretv pèv Evpiriônv, pueïotar d’aurév, Prolég. Didot, III, £nk&üv 05 Edpim!ônv.