Nuées, 1154 et suiv
Celte prestesse se retrouve d’ailleurs partout, et elle sert à mille effets variés. Nul ne sait mieux qu’Aristophane couper une phrase, détacher un trait, accumuler des mots, les mettre en opposition. Il ÿ a un tour de main, pour ainsi dire, qui distingue l’écrivain dramatique de celui qui veut simplement être lu; c’est un art de sacrilier tout ce qui n’est pas vivantet de mettre en valeur jusqu'aux petites choses ; ce style dramatique, Aristophane le possède d’instinct. Ce n’est pas assez de dire que son dialogue est plein de vie et de mouvement; chaque phrase y est un trait, chaque mot y provoque le rire. Qu'on relise, dans les Chevaliers, la plaisante scène où l’esclave Démosthène fait subir au charcutier l'examen préalable, pour bien constater que, ne sachant rien, il est prédestiné à devenir homme d’État t. Le charculier, tout timide encore, n’en revient pas ; de petites questions, des doutes, des exclamations naïves, plus de gestes et de jeux de physionomie que de mots; il croit et ne croit pas, il est là, moitié défiant, moitié convaincu, dans la main du drôle qui le pousse. Et du côté de celui-ci, au contraire, les phrases nettes et courtes, le ton de maître, les assertions catégoriques; et, avec cela, quand il le faut, le mot insinuant bien placé, le mot qui provoque l’ambition, qui détruit le doute, qui rassure ou qui commande. La langue ici distingue et accuse les rôles, non par le choix des mots, mais parla forme et le son de la phrase; elle est non seulement un élément de comique, mais aussi un moyen de notation morale; elle caractérise le personnage ?.
Quand ce personnage a le droit d'être éloquent, elle