Chevaliers, 150 et suiv
2. Il n’y a donc aucun compte à tenir du singulier jugement porté par l’auteur de la Comparaison entre Aristophane et Ménandre sur le style d’Aristophane (Plutarque, Moralia, p. 1039, Didot). Nous nous contentons d’y renvoyer sans juger utile de le répéter.
se prête à l’éloquence. Il y a chez Aristophane des argumentalions excellentes, pleines de vivacité, de force, de bon sens, de passion même. Sa dialectique est agile et vigoureuse, familière, variée. Elle n’arien d'apprêté dans ses tours de phrase, rien qui sente l’école. C’est celle qui est de mise dans la conversatioa.
Un trait particulier qui dénote chez lui linstinct de l'effet comique jusque dans la langue, c'est l'emploi qu'il fait des dialectes. Il aime à faire entendre sur la scène ces différents parlers de la Grèce et à en faire ressortir les caractères propres. Il ne dédaigne pas même le langage informe des barbares. Qu'on se rappelle le Mégarien et le Béolien des Acharniens, les femmes de Lacédémone et le chœur des Laconiens dans Lysistrale,
l’archer scythe des Fêtes de Déméter. I] serait téméraire
sans doute à des modernes de vouloir juger du mérite exact de ces contrefaçons plaisantes, mais certains passages au moins nous permettent peut-être d'affirmer que ce ne sont pas simplement des jeux plus ou moins grossiers ; nous y sentons encore une intelligence délicate des qualités naïves de tel ou tel dialecte. Le dernier chantdes Laconiens dans Lysistrate a quelque chose de mâle dans sa rusticité, qui fait qu’on l’admire tandis qu'on en rit!. J'imagine que la danse de ces héroïques lourdauds devait accentuer encore ce double caractère.
En somme, ces courtes observations sur la langue d'Aristophane achèvent bien l’idée que nous nous sommes faite de lui. Son art est égal à son génie; il le sert sans le dominer. Et, ensemble, ils donnent l’impression d’une des imaginations les plus fécondes, les plus bbres et Les plus gracieuses que l’on puisse citer, associée à l’esprit le plus vif et au sens le plus exquis de la perfection.