‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 279 sur 351 · PEINTURE DES MŒURS · texte numérisé non relu

PEINTURE DES MŒURS

sur le théâtre; nous avons vu comment, chez Aristophane et ses contemporains, elle se faisait jour déjà, malgré les conditions défavorables du temps; mais enfin, c'était la fantaisie qui dominait alors, ct celle ne permettait pas à l’observation de se développer. Une fois que la fantaisie fut écartée avec le chœur, l'observation prit tout à coup le dessus. L'histoire de la comédie au 1v° siècle n’est, pour ainsi dire, que celle de ses progrès. D'abord superficielle, s’attachant aux dehors, puis de plus en plus délicate et intime, jusqu'au temps de Ménandre, où elle atteignit le point de perfection qu’elle ne devait pas dépasser.

Un grand nombre despièces comiques qui furentjouées à Athènes entre la fin du v° siècle et l’avénement d’Alexandre le Grand ont pour titres des noms quidésignent soit un métiér, soit une condition sociale, soit un Pays : le Paysan (’Aygouos), la Raccommodeuse (Axéorpwx), la Femme qui pêche (‘Ahaevouévn), le Joueur. de flûte (Adknrnc), la Béotienne (Bowris), le Byzantin (BuSävrioc), l’Épidaurien (‘Emidaüotoc), l’Éphésienne (Eovecia) le Zacynthien (Larüvhws), le Peintre (Zwypävos), le Cocher ( “Hy'yos), le Soldat (Zroariwrns), le Jardinier (Knroupoc), le Foulon (Kyzxpsvc), le Maitre d'armes (‘Orlouxyos), etc. D’autres, également nombreuses, empruntent leur titre àune particularité dramatique, soit à une aventure, soit à un état mental d’un des personnages, soit à un détail caractéristique de l’action : l'Ennemi des méchants (Misorovnoos), les Monuments (Mviuara), les Frères consanquins (‘Ouorxrpur), les Homonymes (‘Oucyvmot), les Proverbes (Ilxsouwia), les Jumeaux (Aidvuot), le Trésor (Onoxvpos), l'Outrage (‘Yépw). Dans l’ignorance où nous sommes de ce qu'étaient au juste ces pièces, nous devons user de beaucoup de réserve en essayant d’en deviner le contenu d’après Le titre. Toutefois deux choses au moins sont évidentes. La pre-

mière, c’est que toutes à peu près avaient une donnée fondamentale empruntée à la vie commune : plus de merveilleux nt de fantastique; il s’agit manifestement de choses qui arrivent ou qui peuvent arriver tous les jours : un paysan, quelque peu niais, vient à la ville et s’y fait duper ou tourner en ridicule; deux hommes se trouvent porter le même nom, d’où résultent des con-

fusions plaisantes. La seconde, c’est que la peinture :

des mœurs était un des éléments nécessaires de ce comique, voisin de la réalité. Toutefois gardons-nous ici d’une illusion. Parce que des pièces nombreuses portent des noms de pays, il n'en serait pas moins téméraire d'affirmer que les poètes y eussent peint avec des

traits caractéristiques les manières des divers peuples

de la Grèce. Une comédie était intitulée l'Épidaurien ou le Byzantin; il suffisait pour cela qu'à un moment donné un homme d'Épidaure ou de Byzance jouât un rôle décisif dans l’action. Et de même, il ne faudrait pas croire que dans une pièce intitulée le Jardinier, le poète eût représenté nécessairement les mœurs propres aux jardiniers d'Athènes, à supposer qu’ils en eussent de telles. C’est’ là une idée qu’on rencontre quelquefois et qu'il faut rejeter absolument. Les titres qui viennent d’être énumérés prouvent seulement que le monde de la comédie était désormaisle monde réel, et c’est de là qu’on est en droit d’induire d'une manière générale que les mœurs contemporaines v étaient nécessairement représentées.

Que fut l'intrigue dans la comédie athénienne pendant toute cette période et quelle était la valeur dramatique des personnages qu’elle mettait en scène? A défaut de documents précis, le peu que nous savons de la seconde question peut nous permettre dans une certaine mesure de répondre à la première. Si les poètes de ce temps, ou du moins si quelques-uns d’entre eux avaient su créer

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