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L'INTRIGUE ET LES PERSONNAGES

un groupe de personnages doués d’une vie morale vraiment délicate et profonde, on n'aurait jamais songé à distinguer la comédie nouvelle de la moyenne. Pour que les œuvres de Ménandre et de ses contemporains aient pu conslituer aux yeux de la critique un groupe vraiment distinct, il a fallu qu’une différence assez frappante s’y fit sentir. Or le genre au fond était identique, les sujets traités étaient de même ordre, la matière comique était la même : c'était donc l’art qui était autre. Voilà pourquoi nous sommes autorisés à croire qu'aucun des poètes de l’âge intermédiaire ne réussit à dégager l'idéal de cette comédie qui était issue de celle du siècle précédent. Nous savons pourtant qu’ils créèrent un certain nombre de types convenus, dont la génération suivante ne dédaigna pas de profiter : ceux du parasite, du soldat fanfaron, du marchand d'esclaves, du cuisinier; il est bien probable qu’ils en ébauchèrent encore beaucoup d’autres, types de vieillards et de jeunes gens, d'esclaves et de courtisanes. Mais, en tout cela, ils amusaient sans doute les esprits par un semblant de vérité plaisante, plutôt qu’ils ne les attachaient par un intérêt moral sérieux. Sauf en quelques passages et par exception, leurs personnages ne découvraient guère le fond de leur âme ;

ils avaient plus de ridicules extérieurs que de sentiments

vrais ; Ce qui leur manquait essentiellement à tous, c'était ce quelque chose d’intime qui est lhomme même. Par suite, il est permis de conjecturer ce qu’était l’intrigue. Des Grecs du 1v° siècle, qui avaient lu Euripide, ne pouvaient être embarrassés de combiner ingénieusement des événements. Il n'y a vraiment aucune raison de supposer que ce genre de combinaison ait manqué à la comédie dès la première moitié du 1v° siècle. Beaucoup des titres qui ont été cilés plus haut nous suggèrent l'idée d'aventures plusou moinscompliquées. Même un auteur ancien, Platonios, loue les poètes de la

moyenne comédie du soin avec lequel ilstraitaient leurs sujets !. Mais, comme on ne sentait pas encore bien le prix des fines peintures de sentiments, on ne cherchait pas l’occasion de les faire naître. Les poètes, en organisant l’action de leurs comédies, devaient donc viser plutôt aux situations purement comiques qu’à celles qui auraient pu offrir un véritable intérêt moral. Ce n’était pas la science de l'intrigue qui leur faisait défaut, c’élait une idée nette de sa destination supérieure.

Ayant renoncé à la fantaisie dans les choses, Ia comédie dut y renoncer aussi dans les mots.« Lespoètes de la comédie moyenne, dit un anonyme, ne visèrent pasà se créer une langue poétique; parlant le langage commun, ils ont des qualités de prosateurs, et chez eux le caractère poétique est l’exception ?. » Nous ne pouvons guère contrôler cette assertion, mais elie n’a rien que de vraisemblable en elle-même. Tout ce qui, dans la comédie ancienne, était hardi et insolite avait dü disparaiire de la comédie transformée. Celle-ci mettait en scène des personnages qu’elle s’efforçait de rendre aussi réels que possible : elle devait donc leur prêter un langage semblable à celui qu’on parlait dans les rues d'Athènes. Ce qui en faisait le mérite, c’élait surtout le naturel. En fait de plaisanteries, les grossièretés, les joyeuses extravagances élaient désormais proscrites; on yÿ substituait les sous-entendus ingénieux, ce qu’Aristots appelle drévorx. Quant au sentiment, il y tenait sans doute peu de place, parce que la comédie manquait encore de psychologie délicate. Mais n’oublions pas que nous ne possédons des œuvres de ce temps que des fragments disjoints, et gardons-nous de croire qu’on puisse asseoir sur de telles données un jugement précis.

1. Didot. Schol. graeca in Aristoph, Proleg. III : Karasyohodvrar da TavTEs Tept Tac Onobéoetc.

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