‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 29 sur 351 · PHRYNICHOS · texte numérisé non relu

PHRYNICHOS

Lui seul, dans cette génération antérieure à la gloire, est resté longtemps glorieux. Au siècle suivant, quand la tragédie et la comédie sont en pleine floraison, son nom demeure populaire. Il vit, associé à des chants que tout le monde connait et répète. Aristophane y fait mainte allusion ‘!. Qu’étaient ces chants? Des mélodies détachées des drames pourlesquels Le poète les avait composées. Chantées d’abord par les chœurs tragiques qu’il avait formés lui-même, elles avaient charmé l’oreille du public athénien. On les avait retenues, et on aimait à les redire. Cet hommage gracieux et spontané de tout un peuple nous permet de mieux apprécier ce que valait le poète. Nature délicate, mais non sans force ni hardiesse, Phrynichos ressemble à son illustre contemporain, Simouide. Il eut comme lui la grâce, la suavité naturelle du chant, la tendresse, le pathétique. Ses tragédies n'étaient que des élégies, plus dramatiques et plus variées. Peu d'action, nulle conception grandiose ou saisissante, point de hautes idées ni de personnages surhumains, à la manière d’Eschyle. Un seul événement douloureux comme fond de tableau, ordinairement une calastropie léxendaire, parfois une ville prise, une armée détruite, et sur le devant un chœur de femmes désespérées. Avec Phrynichos, la tragédie s’attendrissait. Elle se remplissait des sentiments les plus humains. Ignorant encore l’art de les mettre en action, elle les exprinait lyriquement, d’une manière touchante. De là l’importance des rôles de femmes, dont on lui attribua plus tard, sans doute à Lort, l'introduction sur la scène tragique *. De [à aussi, ces sujets pris en pleine

1. Aristoph., Guépes, 220, 1490 ; Grenouilles, 1299; Oiseaux, 730 ; passage charmant qu'il faut citer:

EvÜev wonepet LEAITTE Ppovryos auBpooiwy EkËWV AmEÉ0TATO LAPTOV, QE pépwv YAVxEtAY DOGV. 2. Suidas, Ppoviyos.

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réalité contemporaine, ces épisodes de l’histoire du jour, tableaux émouvants de la lutte des Grecs contre les Perses. Le drame proprement dit y était peu de chose. Dans les Phéniciennes, où Phrynichos, avant Eschyle, retraçait la défaite de Xerxès, cette défaite, le seul événement de la pièce, était annoncée dès le prologue. Que restait-1l dès lors pour l’action? Ce qui remplissait la tragédie, c’étaient, avec quelques récits sans doute, les chants des femmes de Sidon qui formaient le chœur, leurs plaintes, leur admiration involontaire pour la Grèce, mélodieuse et pathétique lamentation qu’on chantait encore soixante ans plus tard.

Nous voici arrivés au grand essor de la tragédie. Sortie de l’enfance, elle existe désormais comme un genre distinct, à côté de la poésie lyrique et en dehors d'elle. Avant de l’étudier chez ses grands représentants du v° siècle, ilest indispensable de la considérer en elle-même et d'essayer d’en tracer à grands traits une image aussi fidèle que possible.

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