‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 292 sur 351 · Pollux, IV · texte numérisé non relu

Pollux, IV

que dénotail par son simple aspect ce qu'il y avait de typique dans un rôle : c’était là ce qui frappait les yeux tout d’abord ; l'élément individuel ne se dégageait que peu à peu des paroles ou des actions de lacteur, et il restait toujours subordonné.

Cette sorte de comédie exigeait des poètes le sentiment le plus délicat des nuances; sans cela, elle eût été dès le premier jour horriblement banale et monotone. Mais la finesse de l’esprit attique, qui l’avait créée parce qu'elle lui convenait, en fit, par une variété vraiment étonnante, une des formes les plus exquises de Part dramatique. Ce qui avait manqué aux poètes comiques de la période intermédiaire, c'était surtout une philosophie de Ia vie. Ceux de la fin du siècle excellèrent par là. On a plaisir à voir dans leurs fragments la diversité, la hardiesse, la grâce et quelquefois la profondeur des réflexions qui abondaïent dans la bouche de leurs personnages. Cette richesse, bien administrée, leur permettait de donner à chacun ce qui lui convenait. [ls savaient, avec un tact et une souplesse remarquables, diversifier à l'infini la vision des choses et les jugements qui en résultent, en tenant compte non seulement des différences permanentes d'âge, de sexe, de situation, mais aussi des mouvements d'humeur et du jeu intime des sentiments. D'ailleurs cette comédie, bien que philosophique, n’était à aucun degré une comédie à thèses. Tous ses personnages avaient, il est vrai, le goût et l’art des idées générales; mais ils les énonçaient, sous l'influence de l'heure présente, en aperçus vifs, ingénieux, changeants, se contredisant eux-mêmes au besoin avec cette assurance naïve qui est la vérité même. C'est ainsi qu’une variété pleine d’intérêt éclatait partout dans la représentation de ces mœurs, en apparence identiques. Les pères indulgents et les pères sévères, ceux qu’on trompe el ceux qui se

laissent tromper, étaient bien au fond toujours les mêmes, si l’on veut; mais, dans la manière de motiver celte indulgence ou cette sévérité, dans les degrés et les phases de l’une ou de l’autre, que de différences délicates, amusantes, et d’une fine vérité, selon la condition sociale de chacun, selon son caractère et selon les circonstances de l’action!

Ne faisons pas d’ailleurs cette comédie plus sérieuse qu’elle n’était. Si elle n’excitait pas le rire bruyant et tumultueux de l’ancienne comédie, ce n’est pas à dire pour cela qu’elle eût renoncé à amuser. Elle était plaisante, non comme une farce, mais comme la vie ellemême l’est parfois. Elle l'était surtout par les déceptions des gens trop confiants, par les catastrophes ridicules des sots et par les inventions souvent déjouées des trompeurs. Elle avait en outre, comme un héritage de la comédie moyenne, ses personnages attitrés pour faire rire: le parasite, le soldat fanfaron, surtout l’esclave intrigant, qui dupait les vieillards, au profit des jeunes gens. Ce dernier était vraiment plaisant par son audace, sa présence d’esprit, son adresse à feindre, ses inventions inépuisables. Il a donné naissance à la longue lignée des Scapins !, auxquels il est resté supérieur: ceux-ci sont devenus des repris de juslice ct de vrais bandits; lui n’était qu’un polisson sans serupule, qui avait les vices de son état, mais avec les excuses qu’il comportait, et à qui d’ailleurs les bons sentiments ne faisaient pas toujours entièrement défaut.

L'esprit épicurien se fait sentir dans toute la comédie nouvelle. Il y est reconnaissable dans les mœurs, dans les idées, peut-être dans la conduite des pièces par le rôle complaisamment attribué au hasard. Toutefois ce n’est pas l’épicurisme théorique et systématique qui

Page 1