Aulu-Gelle, pass. cité
2. Chronique versifiée d’Apollodore, dans Aulu-Gelle, pass. cité. La notice Didot (Prolég. III) porte w%’ (— 57), que Bekker a corrigé en v6” (— 52), en raison du témoignage précis d’Apollodore, dont le chiffre est certain puisqu'il était énuméré en noms de nombre dans un vers. Cf. Plutarque, Compar. d’Aristoph. et du Ménandre, 2.
3. Au xvrie siècle, s’il faut en croire, le témoignage de Leo Allatius, qui était préposé à la bibliothèque du Vatican, vingt-trois pièces de Ménandre subsistaient à Constantinople (Fabricius, Biblioth. gr. X, 69).
4. J. Nicole, Le Laboureur de Ménandre, Genève, 189$. Voir Weil, Journal des savants, avril 1898 et Rev. des Étud. Gr., xt, p. 121.
gnages explicites, c’est par les imitations de Térence surtout que nous pouvons nous former une opinion sur ce point. L'Andrienne, l'Eunuque, l'Homme qui se punit lui-même, les Adelphes sont remarquables par une manière sûre et nette de poser le sujet et d’en conduire le développement. Dès le début, une situation intéressante est exposée; l’action qui en résulte marche vivement; tout est clair, alerte, bien proportionné'; les incidents sont comiques et en général naturels, sauf la part faite aux conventions, particulièrement dans les reconnaissances et les dénouements. L'instinct dramatique apparaît partout.
Nous sommes plus à l’aise pour parler de ses personnages. Les critiques anciens les plus compétents s’accordent à louer comme une merveille la fine et délicate convenance des rôles qu’il leur attribuait2. Amoureux de la perfection comme Sophocle, il semble que Ménandre prit un soin particulier de donner à chacun de ses acteurs une physionomie distincte, afin de les opposer adroitement les uns aux autres. Avec une souplesse charmante, il savait traduire en un langage élégant et naturel les différences de jugements, de ton et d’hu-
1. Faisons exception pour une partie de l’Andrienne, où l'intrigue, quoique comique, est un peu subtile et embrouillée. Mais Térence a mêlé à l’Andrienne de Ménandre des scènes de sa Périnthienne. Nous ne devons donc juger l’original par la copie qu'avec beaucoup de réserves.
2. Dion Chrysost., XVIII. 30 : "H re yàp toù Mevavdpou piunoic dtav- Tos Hovc nai yapiroc nav ÜnepBéGnue TV DEL VOTATA TOY na V Xwuxov. Quintilien, X, 1, 69 : Ita omnem vitae imaginem expressit, ...ita est omnibus rebus, personis, adfectibus accommodatus. Plus loin, il le recommande comme un modèle aux amateurs de controverses : … Quoniam his necesse est... subire personas patrum, filiorum, militum, rusticorum, divitum, pauperum, irascentium, deprecantium, mitium, asperorum. In quibus omnibus mire custoditur ab hoc poeta decor. Plutarque, Compar. d’Aristoph. et de Ménandre, IT : Mévavôpos oÙtwg Éderte rhv AÉEiv, dote nas xal pÜast xa* drame, xal hhinix GOUEETIOV EivaL.
Hist. de la Litt. grecque. — T. III. 40
meur qui leur convenaient. Tous avaient en commun une certaine grâce, qui était le don original du poètet. Ils parlaient tous la même langue, rapide, aisée, ingénieuse, familière et de bon goût ; mais tantôt elle se faisait tendre et passionnée, tantôt grave, forte, amère, ailleurs ironique et moqueuse, ailleurs encore gaie, folâtre, brillante, toute fantaisiste et toute sémillante ?. C'était le régal des délicats, mais peut-être quelquesunes de ces qualités échappaient-elles à la masse du public; ce qui expliquerait pourquoi Ménandre ne fut pas aussisouvent vainqueur que nous pourrions le croire. Plutarque assure en outre qu’elles se développèrent en lui avec l’âge,. et que ses dernières pièces étaient fort supérieures à cet égard aux premières. La force pathétique ne lui manquait pas, non plus que l'invention } comique.César, en louant Térence dans une épigramme célèbre, le déclarait inférieur par là à Ménandre“; c'était reconnaitre le mérite complet du poète grec. Au contraire, quand le savant et spirituel Aristophane de Byzance demandait ingénieusement lequel des deux, de Ménandre ou de la vie humaine, avait imité Pautreÿ, en réalité il ne rendait pas pleine justice au poète : celui-ci n’était pas un simple copiste, c'était vraiment un créateur.
La vérité frappante des sentiments, la vivacité dramatique et vivante éclatent encore dans un grand nombre des fragments que nous possédons. Un homme, long-
4. Plutarque, pass. cilé : Merà yapirwv uéliota. Anthol. palat., IX, 1ABT: