Plutarque, Gloire des Athéniens
fragments qui nous permettent de nous faire une opinion, il faut se borner à rassembler ces jugements sans les accepter pour définitifs. Kinésias paraît en avoir ressenti très vivement l’offense; il chercha même à s'en venger en faisant rendre des décrets qui devaient diminuer l'éclat des représentations comiques t.
Ce que Mélanippide et Kinésias avaient fait pour le dithyrambe, Phrynis semble l'avoir fait pour le nome ?. D'abord adonné à l’art de la flûte, il devint cithariste sous l’influence et par les leçons d’un certain Aristoclidès, qui descendait, dit-on, de Terpandre et qui avait gardé ses traditions *. Novateur décidé, il modifia si profondément l’ancien nome et le rendit si moderne, qu’il passa plus tard pour le père d’un art nouveau ‘.IL concourut avec Timothée vers le milieu de la guerre du Péloponnèse et fut vaincu par lui ÿ; mais vers le même temps, il remportait le prix au concours des Panathénées sous l'archontat de Callias, probablement en 412 6. Sur ses innovations techniques, nous sommes mal renseignés. Proclus dit qu'il mêla aux hexamètres des vers lyriques libres (drokeAuméva) 7. Selon Plutarque, il
4. Scol. Aristoph. Grenouilles, 253 : ’Expaymatevouro xarà Tüv xw- | purôv os etev. yopnyntos. #04 : Xpôvw à’ Üorepoy où ro (peu après 405) xak xabamaË mepreïke Kivnoiac Tùc yopnyias. Strattis, ajoute le méme scoliaste, fit contre lui une comédie où il l’appelait Xopoxrévos « le:meurtrier des chœurs. »
2. Phanias d’Erèse (dans Athénée, XIV, p. 638) cite les nomes de Phrynis à côté de ceux de Terpandre comme des modèles du genre ; Plutarque, De Musica, ©. 30 : “H xara Tépravdpov x0apwdta xal péype Pouvidos nainias Tavtekés &TAN rie OÙau dieréhes.
:3-Suidas,: Podvrc.
4. Ibid. : Exarvodpynoe xarankdouç Ty wônv tapa To dpyaiov. Et plus haut : "Ox dorer mpôtoc xOapioutr map’ ’AGnvatouc.
5. Plutarque, Manière de se louer sans exciter l'envie, c. 1.
6. Suidas pass. cité. Il y a eu trois Callias archontes éponymes au v° siècle, en 465, 412 et 406. Mais il paraît résulter de l’énumération de Phérécrate que Phrynis était plus jeune que Kinésias
ou tout au plus son contemporain. Il s’agit donc du Callias de 442. 7. Proclus, Chrestomathie, 349, 8 Gaisford.
fit usage d’une cithare à neuf cordes, ce qui lui valut à Sparte une pénible humiliation; l’éphore Ecprépès en fit couper deux avec la hache ‘. Aristophane le cite comme lPinventeur d'inflexions de voix molles et efféminées *. Selon Phérécrate, dans le passage comique déjà cité, il inventa, en fait de musique, « une sorte de trombe » (idtov orp66ulor éubacy Tia), et, bouleversant tout, « il obtint douze modes avec sept cordes * ». Cette sorte de trombe, suivant une explication ancienne, n’était autre chose que le tumulte du nouveau chant citharédique #. Malgré cette vive critique, Phérécrate lui-même rendait justice au mérite de Phrynis. Rien absolument de son œuvre n’est venu jusqu’à nous.
C’est à l’année 398 que Diodore de Sicile rapporte le plus grand éclat du dithyrambe nouveau. « En cette année, dit-il, les plus célèbres poètes dithyrambiques se montrèrent dans toute leur gloire, Philoxène de Cythère, Timothée de Milet, Télestès de Sélinonte, Polyidos, qui fut habile à la fois dans la peinture et dans la musique . » Une mention aussi précise semble faire allusion à un fait aujourd’hui oublié, probablement à un concours. En tout cas, elle détermine une date qui est intéressante.
Timothée, fils de Thersandre, naquit à Milet en 447", C’est donc seulement vers 420 qu'il dut commencer à se faire connaître. Il mourut en 357, à 90 ans. Cette longue vie d'artiste fut une des plus glorieuses que la
. Plutarque, Agis, c. 10.
. Nuées, 971 avec la scolie. Cf. Pollux, IV, 66. 3. Phérécrate, fr. 145 Kock.
. Bekker, Anecdota, 63, 27: Zrooëidoc... ni own x10apwbtunc moXÛv ÉyodONS TAPAYOY.