Phédon, p. 61 B
nement à des élégies familières qui ont dû être récitées ou chantées entre amis autour d’une table hospitalière. Événos s’y révèle comme un homme du meilleur ton, dont la poésie a plus de grâce et de finesse que d’essor. Il aime à moraliser; et il le fait, quoique compatriote d'Archiloque, avec une élégance discrète, qui est vraiment attique. [Il connaît le monde où l'on cause, et il signale spirituellement les défauts désagréables qu’il y a rencontrés ?.
« Contredire à tout propos, indifféremment, est un usage très commun ; mais contredire quand il faut, voilà qui est plus rare. À ceux qui disputent toujours il suffit de répondre, selon le vieux proverbe: — Garde ton opinion, je garde aussi la mienne. — Quant aux hommes de sens,.le plus prompt
moyen de les persuader, c’est d’avoir raison ; car ceux-là se laissent volontiers instruire. »
Beaucoup de ces pensées morales étaient anciennes, quelques-unes même proverbiales ; le proverbe convenait à l’élégie comme à la conversation. Mais Événos savait rajeunir de vieilles observations en leur donnant, sous l'influence de la philosophie contemporaine, un sens plus fin ou plus profond.
« À mon avis, ce n’est pas une des moindres parties de la sagesse que de bien discerner ce qu’est un homme 35. » . «Souvent la colère dévoile un secret quise cachait dans l’âme , elle est plus indiscrète encore que la folie 4. »
On peut relever même, dans ses fragments, une pensée toute socratique :
«Unir l’audace à la sagesse, c’est un grand avantage; isolée, l’audace est nuisible et elle produit le mal 5. »