‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 337 sur 351 · LA POËSIE MOQUEUSE · texte numérisé non relu

LA POËSIE MOQUEUSE

tout à la fois, de l’ascétisme en belle humeur. De ses lambesil nous reste en tout dix-huit vers. Les plus curieux sont trois trimètres, de ceux qu'on appelait boiteux (jwlot), empruntés à une série de préceptes ironiques qu’il avait intitulée l’Éphéméride :

« Compte à ton cuisinier dix mines (environ 1000 francs) ; à ton médecin, une drachme (1 franc); au flatteur, cinq talents (25, 000 francs); au conseiller, un peu de fumée; aux filles, un talent (5000 francs) ; au philosophe, trois oboles (0 fr. 45) 1. »

Relativement à l’amour, voici ses conseils :

« Il y a un remède à l’amour, c’est la faim; si elle ne suffit pas, le temps. Si ta flamme résiste à l’un et à l’autre, en dernier recours accroche au mur une Corde, pour te pendre 2

Ses Élégies ressemblaient fort à ses Jambes pour le ion. L’une d'elles, dont l’empereur Julien nous a conservé onze vers ?, était une parodie d’une des plus célèbres élégies de Solon. Cratès suivait son modèle vers par vers, quelquefois sans y rien changer, plus souvent en l'appropriant à ses idées et en lui prêtant sa rude et cynique franchise :

« Brillantes filles de Mnémosyné et de Zeus Olympien, Muses de Piérie, prêtez l’oreille à ma prière. Donnez toujours la pâture à mon estomac, qui, de jour en jour, sans m’asservir à rien, m’a permis de vivre tout simplement... En outre, faites que je sois utile, non agréable, à mes amis. Les biens dont on parle, je n’en veux pas. Amasser, c’est un bonheur d’escarbot, c’est une opulence de fourmi, dont je n'ai aucune envie. La justice, voilà ma part, et avec cela une richesse facile à porter, facile à gagner, qui fasse honneur à la vertu. Si J'obtiens cela, j'essaierai de me rendre propices Hermès et les chastes Muses, non par des sacrifices dispendieux, mais par une pieuse offrande de vertu. »

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