Julien, Discours, VI, 199 c. Fr. 1 Bergk
Dans une autre élégie en forme d’hymne, il saluait, comme sadivinité préférée, la vie à bon marché (Eirée:a) avec ce tour d'esprit ingénieux qui s’alliait chez lui à la fierté du philosophe :
« Salut, divine maîtresse, objet d’amour pour les sages, Eutéleia, fille de la glorieuse Tempérance, c’est toi qu'honorent par excellence tous ceux qui s’exercent à la justice !. »
Ses hexamètres, autant que nous pouvons en juger, élaient, sous forme de parodie, une glorification de la doctrine cynique aux dépens des autres doctrines contemporaines. Cratès y prenait pour texte divers passages de l'Odyssée, qu'il s’'amusait à détourner de leur sens et qu'il adaptait à ses vues. Dans un voyage fictif chez les morts, imité de la Néxvu d'Ulysse, il passait en revue quelques-uns des philosophes contemporains, pour se moquer d’eux.
« Je vis aussi Stilpon qui souffrait cruellement dans Mégare, où est, dit-on, la couche de Typhoeus; c’est là qu’il disputait, et ses amis se pressaient autour de lui; ensemble, ils poursuivaient la vertu selon la lettre, jusqu’à épuisement 2. » |
Le meilleur de ses fragments en ce genre, c’est celui où, suivant de près la description de la Crète dans lOdyssée (XIX, 172), il dépeint la cité idéale du cynisme, qu'il appelle (Mhpn), c’est-à-dire Besace.
« Il est un pays appelé Iéor, au milieu des flots sombres de l’orgueil, un beau pays fertile, entouré d’eau, et qui ne possède rien. Là n’aborde jamais ni le vain parasite, ni l’infâme débauché, lascif et provocant. L’île produit du thym et de l’ail, des figues et du pain sec. Aussi point de guerre entre les habitants pour s’en disputer les fruits ; on n’y prend pas les armes pour un peu d'argent, on ne les prend pas pour la gloire 3. »
. Julien, Discours, VI, 199 A. Fr. 2 Bergk.
. Diog. Laërce, IT, 118. Fr. 4 Bergk.
. Diog. Laërce, VI, 85. Fr. 7 Bergk.
| L'ÉPOPÉE 671 Cette poésie provenait d’un sentiment sincère ; mais elle avait le tort, comme toute parodie, de se complaire dans une forme très arüficielle. Toutefois la comédie ayant presque cessé alors de se moquer des ridicules, ce geare avait sa raison d'être. Nous le retrouverons dans la période alexandrine, et plus tard dans la période romaine, sous des aspects un peu différents, mais toujours identique au fond. Cratès est l’ancêtre de Timon, de Ménippe de Gadara et même de Lucien.
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L'épopée ne pouvait avoir, ni au ve, ni au 1v° siècle, une destinée aussi brillante que la poésie lyrique. Les habitudes d'esprit et les opinions qui prévalaient alors ne lui convenaient pas. Aux anciens héros avaient succédé les grands hommes ; àla mythologie, l'histoire et la philosophie ; à la naïveté primitive, le désir de savoir et l’art de raisonner. Rien de tout cela n’était épique. D'autre part, on ne savait peut-être pas encore assez se détacher du présent pour que l’épopée savante füt possible. Et d’ailleurs l’art dramatique, alors en pleine floraison, attirait naturellement et absorbait les esprits vraiment féconds. Ceux qui restaient à l'épopée n’étaient ni les plus vigoureux ni les plus justes.
Depuis la fin du vrr siècle, l’inspiration épique semblait endormie. Quelle fut la cause qui la réveilla après cent cinquante ans de silence, au commencement du v° siècle ? Il faut avant tout attribuer ce fait à l'influence des grandes récitations homériques, qui étaient alors en faveur, et à la diffusion des exemplaires des anciens poèmes. Ceux-ci, mis par écrit et désormais fixés, apparurent comme des modèles bien définis, et, en étudiant les formes qui leur étaient propres, on put s’imaginer qu'il ne serait pas trop difficile de les imiter.
Le restaurateur de l'épopée, ce fut, selon Suidas, Panyasis d'Halicarnasse, fils de Polyarchos, et oncle ou cousin d'Hérodote !. [Il se fit connaître vers l’an 468, c’està-dire dans les dernières années de la vie d’Eschyle ?. Adversaire du tyran d’Halicarnasse Lygdamis, il fut mis à mort par lui ?. Il semble que, comme poète, il ait voulu rivaliser avec le Rhodien Pisandre, qui avait composé au vie siècle, une Héraclée ; ou peut-être, sans aucune pensée de rivalité, fut-il simplement séduit par un sujet qui paraissait se prêter à la fois à la peinture des sentiments héroïques et à la mise en scène de légendes nombreuses. Denys d'Halicarnasse et Quintilien, interprètes d’une même tradition critique, témoignent de l'estime qu’on accordait dans l'antiquité à l’Aéraclée de Panyasis #. Toute la vie glorieuse d’'Héraclès s’y déroulait en quatorze livres, qui formaient un ensemble de neuf mille vers Ÿ. On louait la beauté du sujet et aussi l’art de la composition 5. Nous n’avons plus aucun moyen d’en juger par nous-mêmes. Quelques passages des auteurs anciens, où le témoignage de Panyasis est allégué, montrent seulement qu’il avait dû chercher à renouveler en partie son sujet en y introduisant des légendes nouvelles ou en modifiantles récits traditionnels. Quant au style et aux sentiments, on peut conclure de
1. Suidas, Ilavuaoux. Il dit de lui : Xéecbeïoav rhv rountixhv tavryayes. Pourtant, dans le même lexique, des compositions épiques sont attribuées ailleurs à Mélanippide l’ancien, antérieur à Panyasis. Voyez sur Panyasis la notice de Dübner dans l’Hésiode Didot.
2. Ibid. Cette date est donnée par Suidas comme incertaine. Elle l’est en effet, pour nous aussi, bien qu’assez probable.
3, En 451, selon Clinton, Fasti hellenici.
4. Denys d'Halic., Veter. scriptor. censura, II, 4. Quintilien, X, 1, 54. Cf. Suidas : ’Ev dE toïç moumtaïç ratretar me0” "Ounpov xxTù dE Tivac at LE0” “Hotodov xai ’Avriuayov.