L’ÉPOPÉE
de tumidus !. Mais ces délicats rencontraient des contradicteurs décidés. Cratès déclarait Antimaque fort supérieur à Chœærilos ?, Nicandre le prenait pour modèle à, et Antipater dé Thessalonique le louait dans une épigramme où il le mettait immédiatement au-dessous d'Homère #. Ce rang, selon Quintilien, était celui que lui attribuait la majorité des critiques *.
Panyasis et Antimaque avaient restauré l’épopée mythologique. Il est probable qu’ils eurent des rivaux et des imitateurs dans la période que nous étudions; mais aucun d’eux n’a mérité d’être distingué 6. Les vrais continuateurs du genre appartiennent à la période alexandrine, et le plus illustre d’entre eux sera l’auteur des Argonautiques, Apollonios de Rhodes. Mais, en face de l’'épopée mythologique, une autre forme du même genre apparut au v° siècle; ce fut l'épopée historique et contemporaine, qui eut pour principal représentant Chœærilos. Il y eut là un essai de rénovation vraiment hardi et intéressant, et nous ne saurions trop regretter que cette tentative ne nous soit pas mieux connue.
Un des points les plus curieux à éclaircir serait l’influence exercée par la grande œuvre d'Hérodote sur cette transformation de l'épopée. Cette influence est attestée formellement dans la notice biographique de Suidas sur Chœærilos, et elle paraît évidente. Chærilos était un Samien ?. On dit qu’il était déjà sorti de l’enfance en 480, . Catulle, CXV, 10.
Antholog. palat., XI, 218.
. Scol. Thériaques, 3.
. Anthol. palat., VIT, 409.
5. Quintilien, X, 1, 53 : Quamwvis ei secundas fere grammaticorum consensus deferat. Il n’est aucunement prouvé qu’il ait servi de modèle à Stace, ou plutôt, cela est tout à fait invraisemblable, en raison de la différence de composition des deux poèmes.
6. Diogène L.. (II, 6, 59) mentionne un certain Pythostratos, d’Athènes, qui composa une Thébaïide vers le milieu du 1ve siècle.
1. Suidas, Xotpiloc. D'autres le disaient originaire d’Halicar-
RERO
lors de la seconde guerre médique; mais toute sa biographie dément cette donnée, qui doit être considérée comme une simple erreur. En fait, la renommée de Chœærilos, comme celle d'Antimaque, paraît se rapporter au temps de la jeunesse de Platon, c’est-à-dire à la seconde partic de la guerre du Péloponnèse. On racontait que, étant esclave à Samos, il s'était enfui auprès d’Hérodote, et que, vivant dans son intimité, il s’était épris de ses récits (Adywv éoæctnvar)!. En 404, date où il touchait sans doute à la vieillesse et était en possession de toute sa renommée, 1l se trouvait à Samos, et Lysandre, vainqueur d'Athènes, l’avait sans cesse auprès de lui, espérant qu’il ferait de ses actions le sujet d’un poème ?. Le roi de Macédoine Archélaos, non moins admirateur de son talent, VPattira, bientôt après, à sa cour et l’y traita magnifiquement ÿ. C’est là, dit-on, qu'il mourut. — L'œuvre de Chœrilos fut la Perséide (Ieponis ou Tlepouxé) 4, récit épique de la lutte des Grecs contre les Perses. Évidemment, dès que l’épopée cessait de se considérer comme enchaînée à la mythologie, ce sujet s’imposait à un poète du v° siècle. Chœærilos aurait donc pu le concevoir de lui-même; mais les témoignages qui viennent d’être cités prouvent que les lectures partielles d'Hérodote, peut-être même la publication totale de ses histoires, furent pour beaucoup dans son dessein et dans l'exécution de son ouvrage. Quant à l’influence des tragiques, de Phrynichos ou d’Eschyle, nous pouvons assurément la soupçonner, mais non l’établir. La composition du poème, ses limites, l’importance relative donnée aux
nasse, évidemment à cause de ses rapports avec Hérodote. — Notice de Dübner sur Chœærilos dans l’Hésiode Didot.