Vie d’Esch. (p. 469, 1. 9 Wecklein
machines compliquées. On savait, au temps de ces poètes déjà, imiter derrière la scène Ie bruit du tonnerre. On pouvait montrer au spectateurune masse de rochers vacillant sur sa base ou un palais qui semblait s’ébranler ; il suffisait pour cela que quelques parties du décor fussent mobiles. Des morts sorlaient de leur tombeau ; mais comme ce tombeau était figuré en forme de tertre élevé, ils n’avaient qu’à gravir une échelle derrière le décor pour apparaître tout à coup aux regards. — Les mêmes témoins décrivent, sous le nom d’eccyclème, une machine, ou plutôt deux machines, dont il est malaisé de se faire une idée précise. C’est tantôt, d’après eux. un simple siège roulant qu’on poussait hors des portes de la maison, tantôt un décor monté sur un pivot, qui s’ouvrait et permettait au public de voir l’intérieur du temple ou du palais. La première de ces inventions était plutôt un meuble de forme spéciale qu'une véritable machine; la seconde, plus conventionnelle, n’avail pourtant rien que de simple. La plupart des savants modernes se sont, il est vrai, représenté l’eccyclème, comme une large plate-forme montée sur des roues, qui, sortant du palais, aurait paru aux regards, chargée d’un groupe de personnages. Mais 1l semble bien qu’il faille renoncer à cette conception. Les textes ne la justifient pas, et les plus graves difficultés matérielles auraient empêché le fonctionnement d’une pareille machine !. — Dans le dernier tiers du v° siècle, probablement, on inventa l'appareil à voler (aiipnux, ou plus ordinairement pnyavh), grâce auquel 4. Principaux textes : Pollux, IV, 128; Schol. Aristoph. Acharn. 408; Schol. Esch. Eumén. 64. Scènes finales d’Agamemnon et des Choéphores, premières scènes des Euménides; voir aussi l’Ajax de Sophocle, au début, lorsqu’Ajax est aperçu dans sa tente, la fin de l'Antigone, l’Hippolyte d’Euripide, les Acharniens d’Aristophane et ses Femmes aux féles de Déméler. L'ancienne théorie est exposée et
discutée, avec une bonne bibliographie, dans A. Müller, ouv. cité, p. 412 et suiv. ; la nouvelle dans Dôrpfeld, ouv. cité, p. 234 et suiv.
des dieux ou des personnages merveilleux purent se
montrer suspendus dans l’espace. La pièce essentielle
de l’appareil était sans doute un câble tendu entre les
-paraskénia ; à l’aide d’une poulie mobile qu’on y atta-
chait, on pouvait hisser en l’air et faire ensuite aller et venir dans les deux sens soit une nacelle, soit des acteurs, qui semblaient voler 1.
On a longtemps admis comme une chose certaine que le théâtre grec n’avait pas de rideau. De nos jours, la
question a été posée de nouveau; et il faut reconnaitre
que, malgré l’absence de témoignages précis, il y a de fortes raisons de croire que la vue de la scène devait
être cachée aux spectateurs avant l’ouverture de la
pièce ?.
En somme, l’arrangement du théâtre, au v° siècle, nous
apparait comme quelque chose de fort simple. On se ras-
semblait dans une enceinte sacrée, on profitait de la disposition naturelle du lieu, on élevait [à une scène en bois entourée de quelques constructions accessoires, on la décorait à peu de frais, et cela suffisait. Un tel théàtre pouvait sans doute avoir sa beauté, mais ce qu’on lui demandait surtout, c'était d’être commode et approprié à son objet. Il ne s'agissait pas de procurer aux spectateurs l'illusion de la réalité, à laide d’artilices savants et compliqués. Un beau spectacle religieux, des
danses, des chants, une action simple et forte, voilà ce
que demandait le public. Il lui fallait un vaste espace disposé de façon que tout le monde pût voir et entendre, une place assez large pour les évolutions du chœur, une scène devant laquelle les acteurs fussent bien en vue et d’où leur voix pût retentir au loin. Cela était né-
cessaire et paraissait suffisant. Cette simplicité même
1. E. Bethe, ouv. cité, c. VIIT, Flugmaschine. Dôrpfeld, p. 227 et suiv.