‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 4 sur 351 · FORMATION DU GÉNIE ATTIQUE · texte numérisé non relu

FORMATION DU GÉNIE ATTIQUE

À partir d’un temps mal défini, l’ionisme y apparaît et s’y fait reconnaître comme la forme même du génie de la race !: résultat certain d’un fait obscur, probablement d’une simple transformation spontanée. Le propre de Pionisme, c'est l'absence de tout caractère spécifique trop dur ettrop exclusif. Tandis queles Doriens, formant vraiment une variété distincte entre les Hellènes, accusent leur individualité ethnique en se cantonnant dans leurs mœurs et leurs traditions, les Ioniens au contraire ne nous montrent guère, partout où on.les trouve groupés, que le pur naturel hellénique, légèrement modifié en divers sens, soit par l'influence des pays qu'ils habitent, soit par la façon dont on y vit, soit par les relations qu'ils entretiennent avec des peuples voisins. Cela est vrai de l’Attique comme de l’Asie Mineurc. L’atlicisme ne sera en réalité que la forme la plus simple du génie hellénique, dégagée et perfectionnée peu à peu par des circonstances spéciales ; et, sous celte forme, nous trouverons moins une race distincte, fortement caractérisée, qu'un certain état moral et intellectuel, dont le degré supérieur seul sera vraiment localisé.

Deux choses surtout ont façonné le génie atlique: le labeur intelligent et les révolutions politiques. Pendant des siècles, les habitants de l’Attique ont gagné Jeur pain à la sueur de leur front. Bien différents par là des loniens d'Asie, ces loniens du Parnès et du Pentélique n’ont pas connu la mollesse. Chez eux, n1 Pactole, ni vastes plaines, ni vignobles renommés. Point de Méandre, large et fécondant, point de Tmolos ou de Phanéos aux flancs” couverts de vignes. Des montagnes Sèches, peu de bon-

les formes sont précises et pures, chaque objet nous révéle tous ses détails et revêt la nuance qui lui est propre, depuis la couleur la plus brillante jusqu’à la teinte la plus fugitive, et de tout cela résulte un ensemble proportionné, harmonieux et animé. »

4. Strabon, pass. cité : Kai yan "Ilwves &xadlodvro ot Tôte Arzt:x0!.

nes terres, peu d’eau; des oliviers dans la plaine, des chènes verts et des arbousiers sur les pentes pierreuses où broutent les chèvres. Une population de laboureurs, de bücherons, de pêcheurs, groupée dans des villages ou des bourgs, autour des grandes familles d’Eupatrides qui possèdent le solet qui ont chacune leur vieux sanctuaire. Par conséquent, le travail partoutet toujours, maisuntravail intelligent, dur sans excès, et, en somme. la vie la plus propre à faire un peuple vigoureux et sobre. Ces vieux Attiques d'avant Solon n’avaient guère de temps à donner aux Muses. On ne voyait pas dans les maisons des Eupatrides ces poètes délicats, ces aulèdes ou ces citharistes, hôtes aimés des riches marchands d'Éphèse ou de Milet. Ni la volupté ni la mélancolie de Mimnerme n'aurait convenu à ces esprits actifs et pratiques, à ces natures fines, sèches et fortes. Des hymnes dans leurs fêtes, quelques rhapsodies épiques à l’occasion, peut-être l'élégie raisonneuse et l’iambe moqueur dans des réunions intimes, puis, pour le peuple rustique, des chants dionysiaques, des danses turbulentes, des invectives en guise de poésie, voilà de quoi s’alimentait alors le sens du beau dans ce groupe d'hommes, où allait se révéler le goût de la perfection. On y faisait des économies d’esprit et de sentiment ; on y gardait, dans l’extrême simplicité de la vie, la jeunesse du cœur et la naïveté de l’imagination, précieux trésor, qui attendait Sophocle et Platon.

Nous connaissons médiocrement leur histoire politique . jusqu'à Solon. Ce qu’on y voit de plus certain, c’est qu’il n’y a pas eu chez eux, comme à Sparte, une race dominante, pesant de tout son poids sur une race asservie. Il y a eu des groupes rivaux, organisés d’une manière aristocratique, qui se sont souvent heurtés et froissés, puis accommodés mutuellement par de sages concessions. Un régime fédéral et oligarchique s’y est établi peu à peu. Dans cette fédération, l'unité est devenue de jour en jour

Page 1