‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 46 sur 351 · Aristote, Poélique, ©. 1V, 16. Cf. Dioz. Laerce, IIT · texte numérisé non relu

Aristote, Poélique, ©. 1V, 16. Cf. Dioz. Laerce, IIT

période classique, à partir des débuts de Sophocle en 468. Eschyle ne put profiter du troisième acteur que dans ses dernières pièces. Mais, après lui, tous les poètes dramatiques en firent usage. D’autre part, ce chiffre de trois ne fut jamais dépassé, sinon peut-être dans des cas tout à fait exceptionnels; c’est encore le seul qu’Aristoté ait en vue dans sa Poétique.

Le nombre des rôles dans chaque pièce a été constamment très supérieur à celui des acteurs. A lorigine, quand le poète ne disposait que d’un seul acteur, il lui attribuait déjà plusieurs rôles. Lorsqu'il y eut plusieurs acteurs, les rôles se partagèrent entre eux, et le partage se fit naturellement dans des conditions d’inégalité qui donnèrent lieu à une véritable hiérarchie. Les rôles longs et difficiles, qui exigeaient un talent supérieur, furent le lot du meilleur acteur, quiprit le nom de protagoniste. Souvent même, ce protagoniste n’eut qu’un sculrôle, assez étendu pour remplir presque toute la pièce, tel que celui de Prométhée, par exemple. Les rôles secondaires furent dévolus d’abord au deutéragoniste seul; puis, partagés entre lui et le #rifagoniste, toujours d’après le même principe. Dans cette répartition, la dignité du personnage n’était rien, et la valeur dramatique du rôle était tout !. Outre ces trois acteurs, il pou-

1. Les rôles de tyrans étaient souvent attribués au tritagoniste : Démosth, Ambass., 241; Couronne, 180. Le protagoniste pouvait être par conséquent le sujet ou le serviteur du tritagoniste; Plut. Préceptes sur le gouvern., p. 816 F. — Si le principe est incontestable, l’application.qu’on en peut faire aux pièces subsistantes, en l’absence de témoignages précis, est toujours conjecturale. Les princis pales monographies sur ce sujet sont : K. Fr. Hermann, De distribulione personarum inter histriones in tragædiis græcis, Marburg, 1842; J. Richter, Die Vertheilung der Rollen unter die Schauspieler der griech, Tragædie, Berlin, 1842. En outre, on trouvera des indications et des discussions sur ce point dans un grand nombre d’éditions des tragédies grecques. J’ai moi-même étudié ce sujet dans un mémoire sur le second acteur chez Eschyle (Académ. des Inscript. et B. Lettres, Mémoires des savants étrangers, 1r° série, t. X, 1re partie).

vait se faire, par exception, qu’un poète eût absolument besoin d’en faire intervenir un quatrième. L’OEdipe à Colone, par exemple, semble ne pouvoir être joué que par quatre acteurs. Le fait était si rare que les anciens en parlent à peine. Quand il s'agissait d’un rôle proprement dit, comme dans OŒdipe, il fallait bien que celui qu'on en chargeait fût un véritable acteur ‘. Mais, le plus souvent, tout se réduisait soit à des paroles dites ou chantées derrière le théâtre ?, soit à un rôle très court, soit même à un jeu muet. On pouvait alors recourir à un simple figurant. Cela était d'autant plus facile que, dans presque toutes les pièces, on avait de ces figurants en assez grand nombre. C’étaient eux qui formaient les foules, les cortèges des grands personnages, les gardes des rois ?. Une chose remarquable, c’est qu'il n’y avait point de femmes dans tout ce personnel. L’usage athénien ne leur permettait de figurer en public que dans certaines fêtes déterminées. Elles n'avaient jamais été admises dansles chœurs dithyrambiques, et par suite elles ne le furent pas davantage dans les genres dramatiques qui en sortirent. On prit dès le début l'habitude d’attribuer leurs rôles à des hommes, et cette habitude persista.

Au vi° siècle, et plus tard encore, les poètes étaient en général acteurs dans leurs propres pièces #. On pourrait supposer même qu’ils le furent seuls, tant que chaque tragédie n’exigea qu’un acteur unique. Toutefois, comme ils pouvaient être empêchés au jour voulu, il y

4. Voyez plus loin, dans le chapitre sur Sophocle, $ 2, ce qui est dit de cette tragédie et la note sur la répartition des rôles.

2. C’est ce qu’on appelait, à ce qu’il semble, rapacxnviov, Pollux, IV, 109.

8. De ce dernier emploi venait leur nom de Gopupépor où Gopupopauara, Schol. Lucien, Man. d'écrire l'hist., k; Etym. Magn. Gopu90pov ; Hésychius, Gopvp6pos. Harpocration, s. v. vôuoc.

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