Suidas, Xo:pihos, Ppovryoc, Aioydhos
mettait, en fait de particularités individuelles, que des indications diserètes, et laissait beaucoup à faire à l’imagination des spectateurs. Plus tard, quand les sculpteurs, au temps de Scopas et de Praxitèle, recherchèrent davantage la variété précise de l’expression, les masques des acteurs subirent nécessairement une modification conforme au goût nouveau. Elle aurait été bien plus sensible encore, si la force des choses ne s’y était opposée. Ceux que nous connaissons par les monuments appartiennent en général ou à ce temps ou à la période romaine. Ils ne nous donnent peut-être qu’une idée imparfaite des effets qu’un art plus réservé avait pu produire au temps des chefs-d’œuvre de la scène. Encore est-il qu’ils gardent presque tous ce caractère typique !.
Si l’usage du masque supprimait les jeux de physionomie, 1l avait l’avantage de supprimer aussi les défectuosités du visage de l’acteur. Quel que fut son âge, quelle que fut sa physionomie propre, quand il représentait Achille, il était toujours jeune et beau. Et peut-être, après tout, ne fallait-il pas beaucoup plus de complaisance de la part du publie pour animer ce visage coloré, qui laissait paraître l’éclat des yeux et qui permettait de deviner le frémissement des lèvres, qu’il ne nous en faut à nous pour ne pas voir les perruques, les fausses barbes ct tout le placage artificiel qui les accompagne ?. Le masque a d’ailleurs permis à l’art tragique en Grèce de mettre sur la scène les personnages féminins, bien qu’il n’eût pas d’actrices à sa disposition. Nous lui de-
4. Wieseler, Denkmäler d. Buhnenw., tab. V. 18 et 22-26. Énumération des masques tragiques nécessaires pour jouer le répertoire classique dans Pollux, IV, 133.
2, Les masques n’ont commencé à paraître ridicules qu’au temps où la pantomime manifesta un art tout nouveau, qui donnait au corps ce que l’art ancien donnait à l’âme. On peut voir les plaisanteries de Lucien à ce sujet, Danse mimique, 21; Anarcharsis, 23 ; Coq, 26; Nigrinus, 11.
vons Électre cet Antigone, Polyxène et Iphigénie, Alceste, Hécube et Andromaque, la meilleure moitié peut-être de ses créations. Enfin, c’est grâce au masque qu’un même acteur pouvait remplir plusieurs rôles. Sans le masque, le petit nombre des acteurs eût élé un obstacle à tout progrès dramatique. C’est par lui que s'est maintenue la simplicité d’action, alors que le drame devenait pourtant de plus en plus varié !.
Le costume des acteurs tragiques présentait, lui aussi, un aspect conventionnel ?. C’est Eschyle, dit-on, qui en fixa le caractère. Il paraît constant qu’il prit modèle sur les vêtements pompeux des hiérophantes et des dadouques d’Éleusis ?, Tout tendit à donner aux personnages une sorte de majesté religieuse. De longues tuniques talaires, ornées de bandes et de broderies, d’amples manteaux à larges plis, qu’on pouvait draper de plusieurs façons, des manches flottantes, de hautes chaus-
sures, des tiares ou des diadènies #. On grandissait l'acteur artificiellement, on le grossissait même à l’aide de coussins, pour le rendre plus imposant, et sans doute aussi pour que sa taille fût moins disproportionnée avec l’immensité du théâtre.
Tout cela imposait au jeu des acteurs grecs des conditions spéciales. Un mouvement trop animé aurait contrasté durement avec cet appareil. D’ailleurs, pour se faire entendre d’un public aussi nombreux, non seule-
4. On a aussi considéré le masque, sur la foi d’Aulu-Gelle (Nuits Altiques, V, 7), comme un moyen propre à donner à la voix plus de sonorité. Cela ne peut convenir en tout cas au masque primitif en toile, ni même probablement aux masques tragiques en général.