Horace, ad Pisones
Neve minor, neu sit quinto productior actu Fabula, quae posci vult et svectata reponi.
Voir l’art. Actus 6, dans l’eneycl. de Pauly-Wissowa. 2, « Voltaire disait qu'il fallait regarder les cinq actes d’une
tragédie comme cinq provinces, dont chacune devait avoir sa capitale. » (Racine, éd. Lefebvre, Phèdre, acte IIT, se. vr, note.)
s'éloigne ou s'il en survient un nouveau, une scène nou-
velle commence. Les Grecs ont eu aussi ce genre de division, qui lient à la nature même de l'art dramatique, mais ils n’ont jamais donné à ces parties de la tragédie un nom distinclif. En outre, ils en ont pratiqué un autre,
. plus délicat, qui tient au mélange du chant et de la pa-
role dans leur drame. Les mêines personnages restant en scène, leur dialogue peut ètre iuterrompu, soit par une réflexion du coryphée, soit par un chant du chœur. Si ce chant est bref, s’il se lie intimement à l’action, s’il est dramatique, il fait [lui-même partie de l'épisode : ce n'est pas un stasimon, c'est, comme on dit, un chant épisodique. De tels chants, réduitsle plus souvent à une simple phrase musicale, marquent des divisions légères, et les groupes qui en résultent sont distingués nettement les uns des autres, mais sans dureté. Il y a dans tout cela quelque chose d'aisé, de naturel, qui est char-
mant. C’est un tableau où tout est à la fois nuancé et
fondu. Souvent aussi, le dialogue des acteurs, sans même s'interrompre, passe de la parole au chant, pour revenir ensuite à la parole. Ainsi sont caractérisées les phases successives d'une même situation. Enfin les monodies, intercalées à propos, peuvent encore servir à
produire le même effet. Ce qui fait le mérite et la gràce
propre de ce genre de divisions, c’est qu’elles naissent du mouvement des idées et des sentiments, c’est-à-dire du fond même du drame. En outre, elles comportent toute une fine gradalion, grâce à laquelle les parties, plus ou moins distinguées les unes des autres, apparaissent tantôt comme des scènes proprement dites, tantôt comme de simples moments d’une même scène. Si les Grecs n’ont jamais eu un terme spécial pour les désigner, c’est justement parce qu’elles ne se laissent pas ramener à un type unique. La division de la pièce en épisodes, bien qu’assez libre, était constante dans ses procédés; au contraire, celle des épisodes en
parties secondaires était essentiellement changeante; elle avait quelque chose d’indéfinissable, comme les impressions mêmes}sur lesquelles elle se modelait. L’étendue des tragédies semble avoir été déterminée chez les Grecs, bien moins par des considérations esthétiques, que par les condilions matérielles des concours. Aristote a fort bien reconnu ce fait !. Si le concours n’eût imposé à tous sa loi, étendue des pièces aurait varié avec les sujets, dans de certaines limites tout au moins. Au lieu de cela, on remarque qu’elle ne varia guère qu'avec les conditions de la représentation. Au temps d’Eschyle, où l’élément lyrique avait plus d’importance, les tragédies étaientrelativement courtes. Cela tenait sans doute à ce que l’exécution des parties chantées demandait plus de temps. Quand la part proportionnelle faite au chant devint plus petite, on se trouva avoir du temps de reste, et on en profita pour donner à l’action plus de développement. C’est ainsi que les pièces de Sophocle et d’Euripide sont en moyenne plus étendues, d’un tiers environ, que celles d’Eschyle *.
Tout cela se rapporte à la forme de l’action tragique. Si nous passons maintenant à sa structure intime, nous constatons d'abord que, selon la loi même du drame, elle implique un progrès à partir d’une situation initiale vers une situation finale. Mais ce qui importe, c’est de faire ressortir ce qu’il y a de particulier dans la façon dont les Grecs ont conçu ce progrès. Mettons-nous pour Je moment au-dessus des différences propres aux divers poètes, et considérons sous ce FAPORE l’art hellénique dans son développement.