PROGRESSION DE L’INTÉRÉT
introduisit dans la tragédie une action proprement dite, parce qu’il v introduisit la pensée constante Tune volonté divine qui menait les événements vers une fin. Par là même, le progrès dramatique devint bien plus réel et plus profond, car il résulta désormais de ce que le spectateur sentit approcher, avec un intérêt toujours croissant, cette fin mystérieuse, mais prévue. Sophocle ajouta au spectacle de la volonté divine un autre spectacle, bien plus émouvant et plus varié, celui de la volonté humaine, qu'il mit au premier plan. Ce fut alors seulement que la notion de péripétie se dégagea nettement, soit pour les poètes, soit pour le public. Dès qu'il y eut deux volontés en présence, l’une, mystérieuse, patiente, sûre de son fait et toute-puissante, l'autre, pressée, sujette à l'illusion, et profondément faible dans son énergie même, le va-et-vient des prévisions humaines devint le fait tragique par excellence. C’est de là justement qu'Aristote tire sa définition de la péripétie (resuréreux). Elle n’est autre chose pour lui que le moment où l’action parait changer de cours !. Ce moment fut nécessairement le point capital de la tragédie ?. IL la divisa en deux parties, le nœud et le dénouement. Le nœud (déc) fut tout le groupe des événements antérieurs à la péripétie; le dénouement (sw), celui des événements qui suivaient *. Chez Sophocle, la péripétie est en général peu compliquée, et
‘elle vise moins à surprendre le spectateur qu'à varier
la situation morale des personnages. Chez Euripide,
4. Poélique, ©. 11 : "Eotr dé mepinéteux pÈv h els To ÉVAVTIOV TV Tpat- TOHLÉVWY pLeTAG ON.
2. Poélique, ©. 6 : Ta uéyiora oîc Voyaywyet à Tpaywbta ToÙ pU0ou Léo ÉOTIV, Qi TE HEpiRÉTELXL HA dVAYVWPpIGELS.
3. Poétique, ©. 18 : "Eort dë nüons tpaywdtæc To pèv déouc, To DE Adous... ÂAëyw dE déouv pv elvar tav dt” dpyns Leyot Toûrou ToÙ mépouc à Écyatôv éoTiv, EE 09 miraBaiver eiç edruyiay (il faut probablement suppléer ici N Ovotuyiav), Adorv D Thv an Tâs dpyhs The era oews LÉ TÉAOUG.
quelque chose de plus se manifeste. Il est visible qu’on commence à aimer la péripétie pour elle-même, pour la secousse qu’elle donne à la sensibilité, pour la surprise qu’elle cause à l'esprit. Dès lors, il faut la compliquer pour la rendre plus étonnante, plus brusque, pour la faire désirer ou craindre vivement. On voit naitre ce que nous nommons intrigue, c’est-à-dire une complication d'événements concertés à dessein par le poète en vue d'effets inattendus. Les reconnaissances (4væyvopics), à peine entrevues par Eschyle, rarement, mais admirablement employées par Sophocle, deviennent un élément nécessaire du drame. Dès le dernier tiers du ve siècle, l’art tragique est maitre de tous ses moyens, et la progression des effets atteint alors en Grèce son plus haut degré de perfection.
Mais si l’art de compliquer et de conduire l’action va en se perfectionnant, il est incontestable que jamais pourtant, jusqu’à la fin, Pinfluence des habitudes primilives n’a complètement disparu. Elle a été assez forte pour imposer à la tragédie grecque des caractères propres très persistants. La simplicité chez elle est fondamentale. Même quand les Grecs eurent délaissé ce qu’Aristote aapelle la tragédie simple (är\à rpayodtæ) pour créer celle qu’il qualifie d’implexe (cuuterkeyuévn), leurs combinaisons furenttoujours bien moins savantes que celles des modernes. Non qu'ils n’imaginent des rencontres aussi extraordinaires; mais ce qui distingue leur manière de la nôtre, c’est qu’ils semblent bien moins préoccupés que nos poètes soit de renouveler constamment l'intérêt par des faits nouveaux, soit de faire en sorte que la situation se tende de plus en plus. À cet égard, les définitions d’Aristote, si l’on n’y prenait garde, seraient même de nature à nous tromper. Elles se rapportent à la tragédie grecque idéale, mais par là même elles ne conviennent complètement qu’à