‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 77 sur 351 · VA EI · texte numérisé non relu

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Comme la tragédie avait ses rythmes préférés et ses formes de dialogue traditionnelles, elle avait aussi sa langue, distincte de celle des autres genres littéraires. Si celle-ci a varié d’ailleurs assez sensiblement, selon les temps et selon les poètes, elle a néanmoins présenté toujours certains caractères généraux, qu'ilimporte d’indiquer ici sommairement.

Procédant du lyrisme dorien par ses parties lyriques, il était naturel qu'elle fit au dialecte dorien une part

dans son langage !., Mais dès ses origines, semble-t-il, elle le confina exclusivement dans les parties chantées, et jusqu’à la fin elle maintint cette loi. Les formes doriennes sont donc entièrement exclues, non seulement des parties purement rétitées, c’est-à-dire des dialogues et des récits, mais encore des morceaux qui étaient soumis à la déclamation mélodramatique, tels que les anapestes. Au reste, là même où elles sont admises, il s’en faut de beaucoup qu’elles ne donnent à la langue tragique un caractère entièrement dorien. Le ‘poète attique fait son choix parmi ces formes, et ce choix est fort discret. En réalité, tout le dorisme de la tragédie, dans ses parlies chaniées, se réduit à peu près à la substitution de l’« long au son attique de l'n. Cela donne à ces parties une teinte dorienne, mais rien de plus. Si d’ailleurs la tragédie n’emprunte que peu de formes au lyrisme dorien, en revanche elle lui doit beaucoup quant au vocabulaire et aux habitudes du langage. Dans les parties chantées, cette influence est évidente. Les mots composés, les épithètes sonores, les accumulations d’adjectifs, les constructions hardies, les enlacements de phrase, en un mot presque tout ce qui en fait la beauté extérieure vient de la tradition dont Stésichore, Arion, Ibycos, Simonide et Pindare étaient les représentants. Non que l'originalité de l'esprit attique n'apparaisse jusque dans l'emploi de cette richesse. Elle y est manifeste, au coniraire; mais elle ne crée point les ressources dont elle dispose; elle se contente de les approprier à son goût. Dans les parties non chantées, l'influence de la poésie dorienne est naturellement beaucoup plus faible. Pourtant, nous verrons plus loin que, au temps d’Eschyle, elle a certainement contribué à la grandiloquence du

1. I. Schæfer, De Dorismi usu in tragædiis græcis, Cottbus, 1866. Althaus, De tragicorum græcorum dialecto ; TI, de Dorismo; Berlin, 1866. Cf. Curtius Studien, I, 2, 263.

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