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LANGUE DE LA TRAGÉDIE

dialogue tragique. Et comme la langue d'Eschyle, malgré les modifications que lui ont fait subir Sophocle et Euripide, est restée en somme le type même du langage tragique, on ne peut nier que celui-ci n’ait prolité des exemples et des traditions du lyrisme. Certaines qualités remarquables, la concision forte et hardie des expressions, surtout Le goût des images éclatantes et des alliances de mots, paraissent lui être venues de là plutôt que de l’épopée.

Toutefois, après le Ivrisme, l'épopée aussi a eu son influence profonde et constante sur la langue tragique. La poésie homérique constituait en Grèce une sorte de fonds commun où tous les poèles étaient autorisés à venir puiser !. Ceux de la tragédie continuèrent à user de ce droit; seulement, ils le tempérèrent eux-mêmes par un sentiment très juste des convenances de leur art. Les formes ioniennes de la langue d’Homère avaient une sorte de gràce archaïque, qui était en désaccord avec l'esprit de la tragédie. Ils les rejetèrent donc absolument. Au contraire, 1ls gardèrent beaucoup d’expressions épiques, que le langage commun n’avait jamais adoptées. Ces façons de parler, anciennes et poétiques, en se mêlant, dans le dialogue même, à d’autres plus courantes, prètaient à la langue des héros de la scène un caractère idéal, qui était en rapport avec leurs sentiments et leur costume. Cela les distinguait immédiatement du vulgaire et faisait sentir qu'ils appartenaient à une humanité supérieure, presque divine.

Mais, en définitive, ni l’élément épique ni l'élément lyrique ne constituent le fond du langage tragique. Celui-ei est atlique, et c'est à son alticisme qu’il doit son

4. H. Weil, préface des Sept tragédies d’Euripide, p. XLVI1: « Homère est le père de la langue littéraire de la Grèce, et il serait bon de le savoir par cœur, afin de bien comprendre tous les auteurs qui ont écrit dans sa langue, »

caractère dominant et ses mérites principaux. Il est attique, sauf les exceptions signalées, par les formes des mots, par les tours de phrase. Bien qu'idéalisé, le langage de la scène est l’image de celui de la bonne société athénienne; et s’il s'en distingue visiblement par la hardiesse, par l’éclat, par la couleur poétique, il limite de près par la précision des termes, par la saveur de l’expression, par la vivacité des tours, par l’élégance forte et concise !. Cette ressemblance vive avec la réalité, partout sensible sous la pompe tragique, c’est justement ce qui l’empèche de paraître, malgré l’artifice, une langue artilicielle. Ces héros majestueux ont à chaque instant des mots simples, vivants, qui faisaient vibrer toute âme athénienne. Leur langage imitait l’élocution naïve, mais il se tenait au-dessus du parler commun {70 idwruxéy). Les poètes comiques s’en moquaient fréquemment, et rien n’était plus facile, car mainte expression ou construction de mots, prise isolément, avait quelque chose d’insolite qui excitait le rire ?. L’art des poètes était de composer,avecces mots et formes de provenance diverse, un tissu poétique aux vives couleurs et sans disparate.

Il n'est pas surprenant qu’un genre littéraire si complet, qui s'était ainsi formé de tous les autres en ab-

1. Aristote (Poélique, c. 22) distingue, en fait de langage, ce qui convient au dialogue iambique, à l’épopée, am dithyrambe, etil ajoute : ’Ev dE vois iaubetous, Où To tt pakiora XV puustolar, Taûta GpOTTEL TOY dvouaTwy Gaotc XAY ÉV ÀAYOL Ts Ypoato ‘ ÉGTt DE TA TOLaÙÜTa To AVpLOY HA erapopà XX} AO0GELOS.

2. D’après Aristote (même passage), un certain Ariphradès tournait en dérision les poètes tragiques. parce qu’ils s’exprimaient comme personne ne le faisait en Grèce, par exemple quand ils disaient êoxuarwv äro au lieu d’äro dpauatwy, Où encore séfev, OÙ yo dE viv, OU ’Ayiews ment. Aristote ajoute : A:à yap To mn civar Ev toïs Aoploic motet To Un (diwrixov Ev TA ÉËes Gmavra Ta TouuDra * neïvos dÈ ToŸTO AyvOEL.

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