SA VALEUR MORALE
pouvait manquer de se refléter longtemps sur les actions el les paroles quotidiennes.
Malgré cela, la tragédie a été vivement critiquée. Elle l’a été par les poètes comiques et par les philosophes. Les poètes comiques, à vrai dire, ne se sont pas attaqués au genre lui-même, mais à quelques-uns de ses représentants, à Euripide surtout. Nous aurons donc lieu de parler ailleurs de leurs critiques. Fussent-elles justes dans telle ou telle application particulière, elles avaient tout au moins le tort de s’en prendre à des détails et de méconnaître l’influence totale des grandes œuvres, si heureuse et si féconde alors même qu’elle n'était pas entièrement pure. Quant aux philosophes, il faut bien le dire, leur point de vue était plus étroit encore, parce qu’il était plus théorique. Ce que Platon a reproché à la tragédie en plusieurs passages de ses œuvres, comme d’ailleurs à l'épopée, c’est de représenter les héros selon la vérité de la nature humaine, avec leurs passions, leurs aveuglements et leurs misères. Un tel reproche est en rapport avec un idéal d'éducation et de vie philosophique, qui vise à faire de la société une sorte de confrérie, préservée par un chimérique artifice de Loute impression non conforme à la pure doctrine. Pour nous, c'est Justement parce que la tragédie grecque a mérité ce reproche qu’elle est le plus digne d’être admirée, même au point de vue moral, Condamnés aux combats, aux difficultés, aux rudesses et aux épreuves de la vie, c’est dans la vie aussi que les hommes doivent trouver les leçons dont ils ont besoin. L'art des grands poètes est de leur faire aimer ce qui Les élève, alors même qu'ils leur montrent ce qui les humilie. On peut dire sans hésitation que la tragédie grecque a compris cette tâche et l’a remplie noblement.