‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 82 sur 351 · L'HOMME · texte numérisé non relu

L'HOMME

d’Euripide. Le premier est le plus grand des trois. Plus notre siècle a étudié de près le génie d'Eschyle, plus sa supériorité s’est révélée. Entre tousles poètes créateurs, il n’en est aucun peut-être qui l'ait été avec autant de puissance et d'autorité. Celui-ci a mis son âme dans la tragédie grecque et il lui a imposé la forme même de son esprit !.

Eschyle, fils d’Euphorion, naquit à Éleusis, près d’Athènes, vers l’an 525 avant J.-C. ?. Issu d’une famille d’Eupatrides, il vit le jour dans le dème le plus imbu de religion et le plus sacerdotal de l’Attique, près du sanctuaire vénéré des grandes déesses, foyer des mystères. Dans ce milieu, une nature généreuse et profonde de-

vait s’imprégner de sentiments religieux et patriotiques. L’hérédité mit en Eschyle la hauteur aristocratique de l'esprit et du caractère ; l'influence locale d’Éleusis y développa le sens et le goût des vérités divines, l’habitude de rapporter aux dieux les choses humaines, une piété grave, quelque chose d’antique que rien ne put jamais entamer. La poésie germa en son âme, — comme autrefois. le froment était né du sol de Thria, — sous le regard bienveillant de Déméter et dans le sillon qu’elle avait tracé ?.

4. Pour l’appréciation générale du caractère et du génie d’'Eschyle, on relira toujours avec fruit les pages que Patin a écrites sur ce sujet dans le tome Ie de ses Études sur les Tragiques grecs. Cet ouvrage, malgré les progrès qui ont été faits dans la connaiïssance de la tragédie grecque depuis sa publication, mérite de rester classique par la fermeté délicate du jugement.

2, Les sources de la vie d’Eschyle sont surtout : une Vie anonyme, qu'on trouvera dans la plupart des éditions de ses œuvres; la notice de Suidas, Aioyvlog; les indications du marbre de Paros. Les témoignages anciens relatifs à la vie et aux œuvres d’Eschyle ont été réunis par Fr. Schoell dans l’édition des Sept contre Thèbes donnée par Ritschl, Leipzig, 1815. Article Aischylos, par Dieterich, dans l’encyclopédie de Pauly-Wissowa.

3. Aristoph., Grenouilles, 886 : Afuntes, à Opébacx Tv EUNV ppEva, — elvai pe Toy oûv &érov uuornpiwy. C’est Eschyle qui est censé parler ici.

Tout ce que nous savons de sa vie est simple et grand. Sur son enfance et sa jeunesse, rien que des légendes: il s'endort dans la vigne de son père, et Dionysos lui révèle en songe qu’il est poète. En réalité, si nous 1gnorons quels furent les maîtres qui contribuèrent à l’essor de son génie, nous pouvons du moins deviner avec certitude ce qu’il apprit d’eux. Comme faits, tout ce que les poètes nationaux avaient raconté; comme art, la musique sous ses trois formes, musique des vers dans les récits de l'épopée et dans les chants lyriques, musique de la voix et des instruments par lusage de la cithare, musique des pas dans l’orchestique traditionnelle deschœurs d'enfants ou de jeunes gens. Lesrythmes doriens, la mélodie grave et pure des vieux maîtres, la grandeur naïve d'Hornère et la splendeur du lyrisme, voilà les impressions profondes de sa jeunesse, qui mirent en lui l'empreinte première et définitive.

Très jeune, il est séduit par l’éclat des concours tragiques !. Si faible que fût encore l’élément dramatique dans la tragédie naissante, la puissance de l’art nouveau se révélait déjà. La seule pensée de ces beaux spectacles devait saisir et transporter cet esprit débordant de poésie, qu’un instinct créateur sollicitait. De vingt-cinq à trente-cinq ans environ, acteur et poète à la fois, il rivalise avec les successeurs de Thespis, avec Chœrilos, Pratinas et Phrynichos, cherchant sa voie. Période d'activité féconde, de progrès incessants, de réflexions et d'essais, malheureusement dénuée pour nous de témoignages ?.

Au milieu de ces succès, surviennent les guerres médiques. À deux reprises, contre Darius d’abord, en

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