L'HOMME
490, puis contre Xerxès, de 480 à 479, la Grèce doit défendre son indépendance. Beaucoup de peuples grecs hésitent ; mais Athènes et Sparte font leur devoir héroïquement, et leur courage assure la victoire. Eschyle est partout où l’on combat. Il y est, peut-être avec ses frères, au milieu des hommes du dème d’Éleusis. Marathon et Salamine resteront, dans son extrême vieillesse, les deux souvenirs de sa vie. Il rappellera le premier dans son épitaphe, laissant à sa tragédie des Perses le soin de conserver l’autre !.
Il n’est pas douteux que ces grands événements, en remuant, comme ils le firent, l'âme nationale, n’aient imprimé à celle du poète un élan vigoureux. D’ailleurs, c’élait aussi le temps où, en pleine maturité, il devenait complètement maitre de son art. Huit ans après Salamine, peut-être au retour d'une expédition en Thrace où 1l avait servi sous les ordres de Cimon, il fit représenter les Perses (472). IL était alors vraiment le maître de la scène. Ses premiers rivaux, Chœærilos, Pratinas, Phrynichos, disparaissaient l’un après l’autre. Sophocle n’était encore qu’un débutant. Le grand poète, représentant incontesté de la gloire nationale, obtenait de la
‘bonne volonté des magistrats et de l’empressement des
chorèges tout ce qu’il voulait : il dut en profiter pour donner à la tragédie la pompe qui répondait à son idéal. Déjà son renom ne se conlinait plus dans Athènes. Gomme Pindare et Simonide, il était invité par Hiéron à la cour brillante de Syracuse. Et à partir de ce temps, la Sicile devenait pour lui presque une seconde patrie ?.
4. La part prise par Eschyle et par ses frères aux diverses batailles des guerres médiques est rapportée diversement par les divers auteurs qui en parlent. Voir l’art. cité dans l’encyclopédie de Pauly-Wissowa, I, 1066.
2. Il paraît y être allé trois fois au moins; la première, peu après la fondation d’Ætna en 476; la seconde, entre 471 et 469; la troisième, après l’Orestie, en 458.
Toutefois, Athènes restait toujours le théâtre de ses grands succès. Vaincu, il est vrai, par Sophocle en 468, il y remportait Le prix en 467, avec sa tétralogie thébaine. Peu après sans doute, il y faisait jouer sa Lycurgie. En 458 enfin, il y était vainqueur pour la dernière fois avec l’Orestie. Retiré ensuite en Sicile, il y mourait à Géla en 456 {. Il laissait deux fils, Euphorion et Bion, poètes tragiques eux aussi, dont nous parlerons ailleurs.
L'antiquité semble avoir admis généralement qu’Eschyle ne quitta pas son pays sans des motifs douloureux. Selon les uns, il aurait été offensé par la faveur dont l'opinion publique entourait son jeune rival, Sophocle ?; selon d’autres, il se serait vu accuser d’avoir révélé les mystères ÿ. Ce dernier fait paraît certain, quelle qu’en ait été d’ailleurs l’occasion; le premier n’a rien d’invraisemblable. Mais il n’y a aucune raison d'expliquer par l’un ou par Pautre les voyages d’Eschyle #. Sa dernière représentation à Athènes, celle de l’Orestie, fut une victoire, et, s’il se vit accusé ensuite, on ne peut douter qu’il n’ait été absous; car, à coup sûr, sa condamnation n'aurait pas été passée sous silence par ses biographes. En réalité, ce fut sa gloire seule qui l’appela d’abord en Sicile; les succès qu'il y obtint l’engagèrent à y relourner.
Son caractère nous est révélé par son œuvre plus encore que par sa vie. Nous nous le représentons comme fier et un peu rude ÿ, attaché avec une certaine raideur
4, Marbre de Paros, ep. 59. Légendes relatives à sa mort dans la Vie anonyme, dans Suidas, etc.