‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 84 sur 351 · Welcker, Æschyleische Trilogie, t. I, p · texte numérisé non relu

Welcker, Æschyleische Trilogie, t. I, p

5. Aristoph. Grenouilles, 831 : ’AvBpwnoy &ypromouov, avfaddTomov. Cf. 814 et tout le passage.

SON ŒUVRE ini

hautaine à ses principes de toute nature, préoccupé de son art au point de ne s'intéresser que médiocrement aux choses ordinaires de la vie, aristocrate de tradition et plus encore de tempérament, mais trop patriote toutefois pour s’enfermer dans le dédain et dans la haine, un homme d’idéal, une âme très haute et quelque peu impérieuse, un grand solitaire au milieu même de la foule. La nature l'avait fait pour être admiré plutôt qu’aimé. Ce qu’elle lui avait refusé en fait de bonne gräce, de douceur et d’agrément, elle le lui rendit en force d’äme et en puissance d'imagination.

Avec ces qualités, il était le représentant prédestiné de la génération qui fit alors la gloire d'Athènes. Contemporain de Cimon et d’Aristide, instinct de la grandeur lui est aussi naturel qu’à eux. Son âme est pleine de foi, sa morale est toute faite de principes. Mais avec le respect religieux du passé, il a un élan de cœur et d'imagination qui est admirable. Il personnifie la vieille Attique, mais au moment où elle se transforme.

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L'œuvre d’'Eschyle comprenait environ quatre-vingts pièces (tragédies ou drames satyriques ‘). De cette tollection, ses tragédies seulement subsistent avec un bon nombre de fragments.

C’est en embrassant d’un coup d'œil ce large ensemble qu’on peut tout d’abord se faire une idée du génie qui l’a

1. Selon la Vie anonyme, soixante-dix tragédies et cinq drames satyriques,; selon Suidas, quatre-vingt-dix tragédies. Le catalogue du Mediceus (dans l’Eschyle de Dindorf, en tête du tome II, et dans celui de Wecklein, en tête du vol. des Fragmenta) contient soixantetreize titres; mais il est incomplet ; il y manque sept pièces qui nous sont connues d’ailleurs. En outre, il est souvent impossible de décider si une même pièce n’est pas citée sous plusieurs titres; de là, l’incertitude.

conçu et réalisé. Une si longue série de tragédies devait offrir l’aspect d’une sorte de cycle, où toutes les grandes parties de la légende étaient représentées. La théogonie, la légende de Bacchus, l'expédition des Argonautes, les traditions thébaines et argiennes, et enfin la guerre de Troie y formaient comme autant de groupes principaux, complétés par des groupes secondaires. Ignorantaujourd'hui les sujets précis d’un certain nombre de pièces perdues, nous ne pouvons déterminer qu'imparfaitement l'enchaïînement de ces groupes et leur importance relative !. Toutefois, il semble bien que les légendes du cycle troyen aient formé la partie principale de l’œuvre dramatique d’Eschyle. Imbu des Chants cypriens, de l'Iliade, de l'Éthiopide, de la petite Iiade, des Retours et de l'Odyssée, il en avait tiré une quinzaine de pièces, dont trois seulement sont venues jusqu’à nous ?. Aux légendes dionysiaques se rattachaient une dizaine de pièces ?, parmi lesquelles brillait surtout Le groupe tétralogique de la Lycurgie. Thèbes et Argos n'avaient guère moins d'importance dans son œuvre: les Sept contre Thèbes et les Suppliantes nous restent comme une petite portion d’un magnifique édifice, aujourd’hui en ruines #. Du groupe inspiré par les légendes des Argonautes, rien ne subsiste que les noms et les fragments de cinq tra-

1. Le classement des tragédies d’Eschyle a été une des tentatives principales de Welcker (Die Æschyleische Trilogie et les articles réunis dans les Kleine Schriften) et de G. Hermann (nombreuses dissertations réunies dans les Opuscules). On doit beaucoup dans cet ordre d’études à ces deux savants, à côté desquels il faudrait en citer encore un granl nombre d’autres.

2. Iphigénie, Télèphe, Palamède, les Mysiens, les Myrmidons, les Néréides, les Phrygiens, Memnon, la Pesée des âmes, le Jugement des armes, les Femmes thraces, Philoctète, Agamemnon, les Choéphores, les Euménides, Pénélope, et peut-être quelques autres.

3. Sémélé, Pentheus, les Xantries, les Bacchantes, les Edones, les Bassarides, les Jeunes gens, Lycurque, les Nourrices de Dionysos.

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