Voir en particulier Perses
Égisthe, le meurtrier, rappelle aux spectateurs épouvantés comment son père, Thyeste, a voué jadis à la mort toute la race de Plisthène. Et lorsque Étéocle, dans les Sept, sort pour aller au combat, en proie à une sorte d’exaltation délirante, ilse sent poussé, comme il le dit lui-même, « par le vent fatal de la haine qu’Apollon a vouée à la race de Laïos ». Presque toujours, cette hé: rédité du crime est associée à une malédiction ancienne (do&), dont Eschyle, avec sa très grande force de transfiguration, fait une puissance vivante et passionnée. Il montre ainsi le passé dans le présent, à la fois en théologien et en poète, et, dans ledescendant maudit, ilévoque dramatiquement l’âme de l'ancêtre, criminelle et condamnée.
Il est bien entendu d’ailleurs qu'aux yeux d’Eschyle comme de ses contemporains, ce que nous nommons ici des lois n’en était pas au sens absolu que nous attachons
à ce mot. On ne croyait pas en Grèce qu’elles fussent
éternellement appliquées, partout et toujours. Songeons que, pour des Grecs, toute conception théologique prenait plus ou moins une forme humaine, c’est-à-dire mobile et contingente. [l a fallu que l'intelligence humaine vécût longtemps dans labstraction pour concevoir l’absolu. La nécessité elle-même, l'éviyxn, n'était nécessaire pour ces esprits très souples que jusqu'à un certain point. On la proclamait en principe, mais on Poubliait en fait à chaque instant, ou l’on s'arrangeait avec elle, selon les besoins de l'imagination. De la sorte, même en ce temps de théologie affirmative, une large part pouvait'être faite, dans le gouvernement du monde, aux passions et aux idées contradictoires des dieux ; et ceuxci restaient en somme, malgré des différences sensibles, les dieux d'Homère et d'Hésiode.
Toutefois, à travers ces notions vagues et ces fortes
conceptions mal analysées, une tendance remarquable
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se laisse entrevoir chez Eschyle, comme chez Pindare, comme chez d'autres poètes, mêm: antérieurs. On éprouvait alors le besoin d'admettre que tout ce qui est divin tend vers une certaine perfection. On sentait que le monde où l’on vivait valait mieux que le monde à demi barbare des ancêtres, que la violence allait diminuant dans l'humanité, que l’idée d’ordre et de justice se dégageait plus nettement, de siècle en siècle. Cette observation, on l’appliquait instinctivement à la mythologie, c’est-à-dire à l’histoire même des dieux. Parmi les pièces qui nous restent d'Eschyle, il en est quatre sur sept qui portent la trace manifeste de cette tendance. Prométhée enchaîné nous montre un état de lutte violente entre Zeus et le plus noble des Titans, représentant idéal de l’humanité. Mais déjà, dans ces violences même, nous entrevoyons au loin la certitude d’un apaisement, garanti par la destinée ; et cet apaisement, nous ne pouvons guère douter qu’il ne füt représenté, à la suite même de cette tragédie, dans le Prométhée délivré et dans le Prométhée porteur de feu. Mème direction de pensées et de sentiments dans l'Orestie. Le meurtre d’abord et l’adultère, le crime suscité par le ; crime, la loi du sang dans toute son horreur; puis une crise, une sorte de lutte entre les dieux, et enfin, après un jugement, un traité solennel, qui promet un avenir de paix. Ce serait une exagération, à coup sür, que d’ériger cette tendance en doctrine etde l'imposer en quelque sorte à Eschyle, malgré lui. Nous ne connaissons qu’un bien petit nombre de ses tragédies, et, parmi celles qui nous restent, si les Suppliantes, grâce à une combinaison trilogique qui reste incertaine, ont pu se prêter àce genre de conception, il n'en est pasde même assurément des Sept. Cette pièce même y contredirait plutôt: car nous savons qu’elle formait le dénouement d’une trilogie, et nous voyons que, de Laïos aux fils