‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 95 sur 351 · Poélique, c · texte numérisé non relu

Poélique, c

2. Aristoph., Grenouilles, 914 : ‘O dE yo26c y” fperdsy dopañods dv que- Aov Éps£nc técrapas Evvey®c dv. — Les yopxx d'Eschyle ont souvent de huit à neuf strophes, quelques-uns en ont jusqu’à treize et seize. Consulter le tableau dressé par R. Westphal, Prolegomena zu Æschylus Tragædien (Leipzig, 1869), p. 10.

Hist. de la Litt. grecque. — T. III. 1

l'abondance des images qui lui venaient à l'esprit, pour l'expansion complète de sesidées.

Héritier direct des maitres du lyrisme grec, Eschyle

se plaît à faire valoir comme eux dans de larges compositions musicales sa science et son instinct profond des rythmes!. Nulle comparaison à cet égard entre lui et ses successeurs. Chez lui, le chant a encore tout son élan et toute sa liberté. Une certaine uniformité prolongée ne l’effraye pas, quand elle est justifiée par le sujet. Il en tire même d’admirables effets. Nul ne sait comme lui soutenir un rythme fondamental à travers une longue série de strophes, en le variant légèrement. Il a par exemple des chants dactyliques de toute beauté. Dans les Perses, quand Darius vient de rentrer pour jamais dans son tombeau, ses Fidèles chantent la gloire qu'il a donnée jadis à l’Asie. Leur chant a quelque chose d’épique ; et voilà pourquoi il se déroule avec une sorte de monotonie antique comme un récit d'épopée, mais un récit découpé en strophes, qui tour à tour s’élancent en énumérations superbes et retombent, appesanties par la douleur, sur les mêmes notes graves :

« O dieux, qu’elle était grande et bonne, notre vie d’autrefois dans la paix des cités, — au temps où notre vieux roi, — le très puissant et très bon, l’invincible souverain, — Darius égal aux dieux régnait sur nous!

» Avant tout, la gloire brillait sur nos armes, et nos lois, solides forteresses, — tenaient tout sous leur empire; et les retours, — ramenant de la guerre nos soldats sans fatigue et sans blessures, — les faisaient rentrer triomphants au foyer.

» Combien de villes il a prises, sans franchir les eaux courantes de l’Halys, — sans quitter son foyer royal, — cités lacustres des étangs du Strymon, — non loin des villes de Thrace,

» Et, hors de ces étangs, combien d’autres sur la terre

4. F. Maury, De cantus in Æschyleis tragædiis distributione, Paris,

ferme, dans leurs enceintes de tours, — obéissaient à notre roi, — soit aux bords du large passage d’Eellé, soit dans les golfes de la Propontis, — soit aux bouches du Pont,

» Et, en face de nos promontoires escarpés, ces îles que battent les flots, — assises près de nos rivages, — Leshbos, puis Samos, avec ses champs d’oliviers, et Chios, — Paros, et Naxos, et Myconos, — et, tout près de Ténos, terre contre terre, Andros, qui s'attache à elle.

» Puis, dans la mer encore, il avaitdompté sur leurs propres rivages — Lemnos, et le sol d’'Icare, — Rhodes et Cnide et les villes de Cypre, Paphos, — et Soli, et Salamis, — dont aujourd’hui la métropole est la cause de nos gémissements.

» Et ces riches cités du domaine Ionien, ces villes populeuses des Hellènes, il les avait assujetties — par ses seuls conseils ; car, sous sa main, se tenait, infatigable, la force de ses hommes d’armes,— et, avec eux, mélange bruyant de nations,

la foule des auxiliaires. — Mais, à présent, voici que se révèle la volonté des dieux — dans l’écroulement qu'il faut subir, dans la défaite qui nous dompte, — cruellement frappés au

milieu des mers!. »

11 y a peut-être plus d’uniformité encore, et par conséquent un part pris plus apparent, dans certains chants ioniques. Quand les vieillards, au début de cette même tragédie des Perses, rappellent le départ de l’armée qui a suivi Xerxès, c'est précisément sur ce rythme à demi oriental. Un témoignage ancien nous apprend que, bien des années après, cet admirable chant était encore dans toutes les mémoires ; car Eupolis le parodiait dans son Maricas’. On ne saurait être surpris de ce succès : la mollesse du rythme est ici tout aussi expressive que la poésie. Tandis que ces vieillards disent l'aspect terrible de cette armée de l’Asie, leur voix monte et s’abaisse tour à tour avec une sorte de monotonie lente, qu’aug-

1. Perses, 854. J’ai suivi la stichométrie du Mediceus. Défectueuse peut-être cà et là, elle a du moins pour elle de faire bien sentir certains effets de coupes métriques, qui sont tout à fait en rapport avec la pensée.

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