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Grenouilles, 825 : ynyevet 2uonuart

yeux en gerbes éblouissantes et retomber avec une sorte de fracas.

Mêmes observations sur le développement et la liaison des idées. L’accumulation est la forme naturelle de la phrase d’Eschyle. L'image chez lui projette l’image, la pensée rayonne et se réfléchit dans la pensée. Ses alliances de mots, ses appositions inattendues ne sont que l’effet de cette fécondité. Il aime, pour ainsi dire, l’énumération dans le détail des idées, comme il l'aime dans leur groupement général. Mais, chose remarquable, il sait allier ce besoin d'expansion avec la concision la plus saisissante : les choses s’assemblent dans sa phrase en groupes compacts, qui se complètent ou s’ S Opposent entre eux. C'est qu’il y a en lui, dans le poète dithyrambique, un raisonneur, un attique à l’esprit vif et pénétrant, saisissant les rapports intimes des idées et les dégageant avec force. Le lyrique se précipite, crée les formes, les jette à profusion; le raisonneur les analyse et les éclaire. La plupart de ses dialogues stichomythiques sont bien remarquables à cet égard; le vers y répond au vers avec une symétrie qui n’est pas exempte de raideur ; mais cette symétrie même crée des ressemblances et des contrastes qui éclatent à l'improviste; et, pour les accuser davantage, la pensée se condense, tantôt avec force, tantôt avec adresse.

Ce qui manque encore à cette langue, au point de vue dialectique, c’est la souplesse. Elle ne sait pas se détendre à volonté; elle met trop de choses ensemble et des choses trop discordantes; elle soupçonne à peine l’art de coordonner les aspects successifs des idées et d’y répar : tir également la lumière‘. Mais il faut bien le dire : ce qui lui faisait défaut ne pouvait être acquis qu’en perdant en partie ce qui lui donne son grand caractère. La

À. Grenouilles, 927 : Eaupès d’ av elmev ovdë y, et plus loin, 1045 : yap énnv Ts "Appodirns oùdév œoc.

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langue de Sopaocle aura Justement cette aisance, cette perfection du savoir-faire encore absente de celle d’Eschyle : aura-t-elle, malgré sa force, la même puissance et la mème originalité ?

Ces dons variés ont fait d’Eschyle la plus grande figure de poète du v° siècle. Dans l’histoire de la poésie srecque, son œuvre se place immédiatement au-dessous de celle d’Homère. Il a créé la tragédie, comme l’auteur de l’{ljade avait créé l’épopée. Ses chefs-d'œuvre, en s'imposant à l'admiration de ses contemporains, firent oublier tout ce qui avait précédé et déterminèrent tout ce qui parut ensuite. Pendant plus d’un siècle, on les reprit sur la scène d’Athènes!. Ses grands successeurs, Sophocle et Euripide, modilièrent bien certains aspects de son art, mais, dans ses grands traits, la tragédie grecque resta ce qu'il l'avait faite. L’imagination athénienne l'avait vue apparaître tout à coup, gràce à Jui, si grande et si belle, qu’elle ne pouvait plus ia concevoir autrement. Cet empire d’Eschyle est particulièrement curieux à observer chez Euripide, dont le génie est si différent. Malgré lui, le poète novateur revient sans cesse aux exemples du maître. Il le critique, et pourtant il l’imite ; 1l essaie de se révolter, et il retombe sous sa domination. Au 1v° siècle, il est vrai, la popularité d’Eschyle semble diminuer; on ne joue plus ses pièces que rarement ; mais alors même, aucune grande innovation ne se produit en dehors de la tradition qu’il a fondée. Plus tard, quand un certain goût d'archaïsme se mêle à toutes les tentatives de

À. Vie anonyme : *Afnvaïor dë tvoodrov ny4rnouv Alcyvdhov &s Vnptoucar meta Davarov adToÿ Tov Boubwevoy Gdaoxesv Ta AicyÜdou yopdv hap- Gaveiv. Cf. Quintilien, X, 1, 66.

SON INFLUENCE eR1

l’art, on revient à lui. Callimaque lui emprunte des expressions, Lycophron s'inspire de sa pensée. Par les Alexandrins, ses œuvres passent aux Romains, et elles revivent chez leurs poètes tragiques.

A l’influencelittéraire, siproforde, s'ajoute l'influence morale. Aristophane, dans une scène célèbre des Grenouilles', a fait ressortir très vivement l’impression que les œuvres du grand poète avaient produite dans l’âme athénienne. On ne peut douter qu’elles ne l’aient en effet exaltée merveilleusement. Et cette exaltation était pleine d'énergie. Quelle que fut la terreur qui pesait souvent sur ses drames, un idéal d’héruïsme s'élevait encore au-dessus de tout. L’âme humaine, bien que soumise à un pouvoir supérieur, se montre chez lui comme un ensemble de forces moralesd’une puissance extraordinaire. On est saisi d’admiration en voyant, dans ses drames, tout ce que l’idée et la passion peuvent obtenir d'elle. Dans le crime ou dans l’affirmation du droit, dans l’action ou dans la souffrance, il la représentée comme capable d’un effort qui la fait vraiment grande. Entre tous lescréateurs d’idéal, 1l n’en est aucun Ets être qui l’ait égalé à cet égard.

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