‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 102 sur 200 · SAINT BASILE. CONCLUSION · texte numérisé non relu

SAINT BASILE. CONCLUSION

Une tendance à ne pas pousser trop loin l’analyse des questions obscures, à garder beaucoup de réserve sur les points où la tradition était muette ou insuffisante, à conserver le mystère comme un élément indispensable de la foi religieuse, était bien en harmonie avec la sagesse dont il fait preuve en toutes choses, et son ami, Grégoire de Nazianze, quoique plus ardent, l’a lui-même partagée.

Nous devons ici apprécier surtout l’écrivain et l’orateur. L’un et l’autre sont de premier ordre. Saint Grégoire de Nazianze et saint Jean Chrysostome peuvent seuls, au 1v® siècle, lui être comparés ; ils sont très différents de lui; peut-être ne lui sont-ils pas supérieurs, quoiqu’il y ait chez eux comme un jaillissement plus spontané et plus riche du talent. Par la maîtrise de soi, par l’équilibre et la justesse, il regagne ce qui lui manque quand on le compare à eux, d’abondance fraîche et d'imagination hardie. Sa langue d’abord — expression et syntaxe — est remarquablement pure pour l’époque. Elle suit assez exactement les traditions de ceux qui, par réaction contre la négligence et la laideur de la langue commune, s'étaient remis à atticiser, de ceux du moins qui atticisaient sans pédantisme. Elle révèle un lecteur assidu des grands prosateurs classiques, et principalement de Platon et de Démosthène. IL s’y introduit naturellement, dans l’emploi des modes ou d'autre manière, un certain nombre de tours qui auraient été des incorrections à la bonne époque. Mais ce sont généralement ceux qui étaient le plus entrés dans l’usage et qui pouvaient paraître le plus tolérables à un puriste ; les vulgarismes choquants sont exceptionnels et, le plus souvent, complètement évités. La tendance à atticiser apparaît, comme on peut Sy attendre, plus ou moins marquée selon le genre des œuvres. Il y a, dans les lettres, tantôt plus de liberté, tantôt, au contraire, plus de recherche, selon les destinataires et selon les sujets. Les traités sont fort soignés, en particulier l’opuscule sur la lecture des auteurs profanes, Telle homélie, par

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exemple celle qui a pour titre : Qu'il ne faut pas s’attacher aux biens de ce monde, témoigne d’une recherche

particulière. Celles sur l’Hexæméron se distinguent aussi,

sinon par quelques termes rares qu’on trouve dans la précédente, du moins par leur élégance. Les homélies

sur les Psaumes sont plus négligées. Mais Basile suit le plus souvent une voie moyenne, sans affectation irritante et sans incorrection malséante (1).

Le style a des qualités analogues. Le goût était moins sévère, au 1v°® siècle, en matière de style qu'en matière de langue. Libanios est à peu près seul à garder une sobriété dont le mérite revient en partie à la pauvreté de son imagination. Tous les autres partagent plus ou moins les défauts violents que la seconde sophistique avait mis à la mode. Il y a, dans certaines homélies de Basile, un pathétique qui n’évite pas quelque outrance. Il ÿ a parfois aussi, dans ces mêmes homélies, dans les panégyriques, dans certaines lettres, plutôt que dans les traités, un emploi de ce style coupé, construit en membres de phrase parallèles ou antithètiques, et relevé par des effets de sonorité ou de rythme, qui remonte, en dernière analyse, à Gorgias et que nous avons trop souvent déjà caractérisé pour y insister. C'était le goût du jour, et devant le public auquel il s’adressait, Basile eût été obligé de lui faire des concessions, s’il y eût été lui-même tout à fait réfractaire ; mais il ne l’était pas. D’ordinaire, la rectitude de sa pensée, la sincérité de son émotion, la considération du but à atteindre réussissent à le dégager des faux ornements à la mode, et l’élèvent à la grande éloquence. Il a le souffle, et il sait construire la période avec une ampleur vigoureuse. Il sait trouver l’expression vraie qui agit par sa simplicité même et sa justesse. Comme tous les Orientaux, il se plaît aux images. Il ne les sème pas à pleines mains, comme Grégoire de Na-

(1) Je résume, avec quelques nuances parfois, les conclusions de a bonne dissertation de Trunx (p. 68-9).

laisse partout la parole de Das Une A une volonté si bien conduites ont fait de lui le grar po et le grand orateur, auquel la ville de Césarée tout entière rendit hommage dans des funérailles émouvantes (1), et qui manqua à tout le monde chrétie quand, le 1er janvier 379, ee mal physique sions

son énergie.

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