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«Il est naturel de penser que Grégoire a fait ses pre-
mières études à Césarée de Cappadoce, et, comme il connaissait déjà Basile au moment où ce dernier arriva en Grèce (1), il n’a guère pu le connaître que là. Ils se séparèrent ensuite, et Grégoire fit plus tôt que son ami l'indispensable voyage en Palestine et en Égypte. Tandis que son frère Césaire, qui devait devenir médecin et qu’attirait de préférence l’étude des sciences, se rendait à Alexandrie, lui, « par amour pour l’éloquence », alla visiter « les écoles de Palestine, florissantes alors » (2). Selon Jérôme (3), il y eut pour maître. Thespésios. Mais il alla aussi ensuite en Égypte ; car c’est d'Alexandrie qu’il se rendit en Grèce. Il fit une traversée périlleuse ; le bateau qui devait le conduire à Égine rencontra une
violente tempête aux environs de l’île de Chypre. Gré-
goire, en danger de mort, se souvint que sa mère, dans son désir d’avoir un fils, l'avait voué d'avance au Seigneur, et il renouvela alors en son propre nom, la promesse maternelle (4). Ce n’est cependant que plus tard qu’il se consacra entièrement à la vie religieuse. Il accorda encore quelques années à l’étude de l’éloquence. Ce furent celles du séjour à Athènes, et nous avons vu déjà avec quel enthousiasme il a rappelé, dans son Oraison funèbre de Basile, ce temps heureux. Il s’est tellement complu dans ces souvenirs qu'il nous a conté jusqu'aux plus menus détails de la vie universitaire, les brimades que les étudiants infligeaient aux nouveaux venus, aussi bien que la variété des études auxquelles ils se livraient ; mais il a insisté avec une force particulière sur la fidélité que tous deux gardaient aux bonnes traditions chrétiennes qu’ils avaient reçues à leurs foyers cappadociens.
les subtilités auxquelles ont dû recourir ceux qui n’ont pas voulu accepter le sens naturel des vers 512-3 du carmen.
(1) Or., XLIII, 15.
(2) Or., VII (Oraison funèbre de Césaire),.6.
(3) De Viris, 113.
(4) Carmen de vita sua, 128 et suiv.
€ Deux routes nous étaient connues, l’une, première et
plus précieuse ; l’autre, deuxième et d’une moindre valeur ; celle-là conduisant à nos demeures sacrées et aux maîtres qui s’y trouvent, celle-ci aux maîtres du dehors (1). »
Grégoire nous a raconté, dans le même morceau, comment 1l se laissa retenir à Athènes plus longtemps que Basile. Il ne nomme pas les maîtres qu’ils écoutèrent avec tant d’admiration. On'a pensé souvent à Himérios et à Prohærésios (2). De ce dernier, nous ne savons rien,
sinon la réputation extraordinaire dont il a joui. Il y a
certainement un rapport entre la manière de Grégoire et celle du premier. Grégoire n’est pas un attique ; c’est un asiatique, et Jérôme l’a assez justement indiqué en disant qu’il prit pour modèle, parmi les sophistes du ri siècle, Polémon.
Puisqu’il approchait ‘de la trentième année quand il quitta Athènes, et qu’il est très vraisemblablement né en 329, Grégoire n’a pu quitter la Grèce avant 358 au plus tôt. Pourquoi ses camarades et ses maîtres voulaient-ils l’y retenir ? On devinerait sans peine que c’était pour lui faire occuper à son tour une chaire d’éloquence, et Grégoire le dit lui-même (2), en racontant comment, donnant un premier exemple de faiblesse, il se laissa
‘tenir quelque temps encore, le jour où Basile, qui n’était pas homme à revenir sur une décision prise à bon escient, repartit pour la Cappadoce, quoiqu’on l’accablât des mêmes instances. Il ne prolongea pas, d’ailleurs, très longtemps son séjour ; il se mit en route, vers 358/9, sans prévenir cette fois personne, et regagna l’Asie en passant par Constantinople, où il retrouva son frère Césaire, qui. avait terminé ses études scientifiques à Alexandrie, et rentra avec lui à Nazianze. Césaire ne
(1) Or., XLIII, 21. (2) Carmen de vita sua, 257.
(3) Zb. et Orat., VII, 8,