‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 106 sur 200 · AT NI OURS · texte numérisé non relu

AT NI OURS

RE fes à da pau à A LITTÉRATURE

meura que peu de temps dans sa patrie (3). Grégo

fois assez longues absences, devait y passer toute sa vie. Pas plus que Basile, Grégoire, rentré en Cappadoce, ne rompit immédiatement avec sa vie passée. Son entourage ne le lui aurait pas permis, et lui-même, sans doute, n'aurait pas pu se transformer si rapidement. Avant de devenir prêtre, il fut rhéteur, sans grande conviction désormais : « Je dansai pour mes amis », disait-il à la fin de sa vie, en rappelant ces souvenirs (1). Mais son ins- tinct le portait maintenant vers la vie ascétique, qu'il ne pouvait d’ailleurs, pas plus que Basile, comprendre véritablement sous les formes parfois excentriques qu’elle avait prises dans les déserts égyptiens. L’isolement des . anachorètes ne lui eût pas été supportable et ne se fût pas concilié avec l'idéal qu’il se faisait du christianisme, dont la vertu essentielle est la charité. Cependant, il sentait le prix du concours que la solitude, au moins momentanée, apporte à ceux qui poursuivent la purification de leur âme; et son tempérament raffiné de lettré, sa sensibilité d’une délicatesse infinie s’accommo-

ment intellectuelle de l'étudiant l’avait enchanté ; la vie asservie à des fonctions régulières et dépensée en des efforts médiocres l’effrayait. Dès son retour en Cappadoce, commence pour lui ce conflit entre la vie contemplative et la vie active, qu'il a formulé dans un de ses quatrains (2), et où il n’a cessé de se débattre, sans arriver jamais à prendre parti. Son œuvre tout entière — discours, poèmes, lettres — en est l’histoire émouvante. Ses premières lettres (I, II, IV, V, VI) nous montrent ses premières velléités de retraite, désirs qui retombent,

projets qui n'arrivent pas à se fixer. Tantôt il semble préférer les environs d’'Arianze, la région Tibérine ;

(1) Carmen de vita sua, 274.

(2) Tetrastichon, I,

out en entrecoupant son séjour de nombreuses et par-

‘daient mal des soucis journaliers. La vie libre et pure-

tn ete donne d'ÉME Le de de. à. nas ctf fast in. w s : 2. deal dc Et de et tt)

ù ’apprête à tenir la promesse qu'il a te AU TE = Basile, de le rejoindre en sa solitude du Pont. Il l'y rejoint * en effet, et c’est alors, nous l’avons vu, qu'il compose ÿe avec lui la Philocalie et qu’il collabore aussi à la pre-

mière rédaction de ses règles monastiques. De ce désert

du Pont, dont Basile nous a laissé une description si de

attrayante, et de l’existence qu’on y menait, 1l emporte | des souvenirs mélangés. Un jour, sa verve moqueuse ne veut voir dans ce vallon, enclos entre la montagne et le fleuve, qui enchantait son ami, qu’un lieu sauvage où l’on peut à peine trouver accès et où l'existence maté- : rielle multiplie les difficultés et les ennuis ; une autre fois, il pense avec une jolie gratitude, au « platane qu'il a planté», et aux travaux rustiques auxquels il s’est associé,

aux exercices religieux aussi, et, en particulier, au chant des psaumes. ù MA J Voilà pour la vie contemplative ; mais le père de Grégoire était âgé; il avait besoin d’un coadjuteur et ne pouvait en trouver aucun qui valût mieux que son fils. Non seulement il se sentait vieillir, mais les temps étaient difficiles. Peu après le moment, semble-t-il, où Grégoire venait de rentrer en Cappadoce, la formule ane hérétique de Rimini et de Constantinople (1) était acceptée par presque tout l'Orient. Le monde — selon ÿ le mot, si souvent répété de saint Jérôme — « s’étonnait ge d'être arien ». Le vieux Grégoire lui-même, cet ancien Hypsistarien qui s’embrouillait facilement sans doute dans les subtilités de la théologie, se laissa convaincre . qu’il n’y avait point de mal à donner sa signature (2).

Mais les moines des alentours de Nazianze étaient,

(2) La date de cette défaillance est contestée. Clémencet veut la placer en 362, sous Julien. Il semblerait beaucoup plus naturel qu’elle se fût produite sous Constance, en 360-1, ce qui est l’opinion d’Ullmann, La question mérite d’être reprise, et la chronologie des premières années qui suivirent le retour de Grégoire en Cappadoce aurait besoin d’être éclaircie par un nouvel examen minutieux des textes.

Ed

(1) Le concile de Rimini est de 359 ; celui de Constantinople de 360. 1

326 LÀ LITTÉRATURE GRECQUE CHRÉTIENNÉ comme tous leurs pareils, ou peu s’en faut, fidèlement attachés au parti d'Athanase. Ils protestèrent âprement. Ce ne fut pas sans peine que Grégoire le fils parvint à calmer cette agitation et à rétablir la concorde.

À quelle date Grégoire fut-il ordonné prêtre ? Nous n'avons pas plus de témoignage positif à ce sujet qu’au sujet de la défaillance momentanée de son père. Il n’y a guère à douter cependant qu’il faille s'arrêter à l’année 361 ; la lettre VIII témoigne que ce fut vers le même temps où Basile « fut pris » lui-même. Nous n’ignorons rien du moins des sentiments qu'il éprouva ; car, si la chronologie des événements, dans les années qui suivirent immédiatement son retour en Cappadoce, n’est pas toujours aisée à établir, rien n’est plus facile à écrire

que sa biographie intellectuelle et morale : tous ses écrits

sont des confidences. Nous savons donc que son père lui fit violence, avec la complicité des fidèles de Nazianze, et qu’il s’accommoda moins bien de cette atteinte à sa liberté que tant d’autres grands chrétiens du 1v® siècle, à qui pareille aventure est arrivée. Il fut victime, a-t-il tenu à nous dire, d’un « acte tyrannique », et si, dans le discours qu'il adresse à ce sujet à ses compatriotes (L), il qualifie aussi cet acte d’une épithète laudative qui corrige la première expression, il parle plus librement, beaucoup plus tard, dans le poème sur sa Vie (2), où il s'exprime ainsi : («Je fus tellement peiné de cette tyrannie (car je ne saurais qualifier autrement une telle conduite et que le Saint-Esprit me pardonne si tel est mon sentiment !) que, m’arrachant à la fois à tout, à mes amis, à mes parents, à ma patrie, à ma race, comme ceux qui ont été piqués par un taon, je m’en allai dans le Pont,

chercher pour remédier à mon chagrin celui de mes

amis que je puis appeler divin. » On entend assez que

c'est Basile.

(1) Or. I, 1.

Il avait été ordonné un jour de fête, que l’on a pensé souvent être le jour de Noël (1) ; il prit la fuite le jour de l’Épiphanie ; il revint, vaincu par les instances de son père, et sans doute obéissant au conseil de Basile, le jour de Pâques 362. Nous verrons, par l’analyse des discours prononcés après ce retour, comment il s’excusa, en disant qu'il n’avait pas cédé à un mouvement d’égoisme et de faiblesse, mais à la crainte qu’il avait de ne point être assez préparé à une fonction dont il comprenait toute la grandeur. Nous le connaissons trop bien, tant

il a si souvent ouvert pour nous, avec une sincérité par-.

faite, le fond de son cœur, pour ne pas croire qu’il a un peu atténué, dans son Apologie, la part qu’eut à ses hésitations sa répugnance innée pour la vie active ; mais, pour la même raison, nous pouvons croire sans peine que le motif plus noble qu’il invoque y contribua davantage encore. di

Dès lors, il demeura à Nazianze et devint, pour son père, ce collaborateur de tous les jours que le vieux Grégoire avait tant souhaité trouver en lui. Les hommes de talent ne peuvent guère éviter, quand ils se confinent dans d’humbles tâches, que vienne s'offrir à eux, au moins de temps en temps, l’occasion d’étendre leur rayon d'action. Nous ignorons sans doute plus d’une circonstance où Grégoire se rendit utile en dehors de Nazianze ; nous en connaissons au moins une, c’est son intervention

heureuse auprès d'Eusèbe, l’évêque de Césarée, au mo-

ment où s'étaient produits, entre celui-ci et Basile, ces dissentiments assez graves, à la suite desquels Basile avait repris le chemin de sa solitude pontique (2). Cet homme si sensible, si facilement irritable même, à été souvent un pacificateur. Cet ami du repos a accompli

(1) Clémencet et Ullmann notamment ; après eux, on l’a contesté, en se fondant sur l’opinion d'Usexer (Religiongeschichtliche Untersuchungen, t. I), d’après lequel la fête de Noël n’a commencé à être célébrée qu’en 379, à Constantinople, sur l'initiative de Grégoire.

(2) Voir les lettres XVI-X VIT (de Grégoire à Eusèbe, écrites en 365).

if FAT 4 Le ; ' PART

beaucoup de bonnes œuvres, et, lors de son épiscopat Constantinople, une grande œuvre. Îl se connaissait très | ï bien lui-même, et il savait se prescrire, quand il le fallait, | de valoir mieux que lui-même. À Parfois, cependant, il n’arrivait pas à se vaincre ; il avait alors au moins des excuses. Sept ans plus tard, Basile était devenu évêque de Césarée, depuis 370, et la Cappadoce venait d’être divisée en deux provinces ; Anthime, évêque de Tyane, prenait l'attitude d’un voisin peu conciliant. C’est alors que Basile, comme nous l'avons conté, pensa à créer un évêché à Sasimes, et à y | installer Grégoire. Grégoire n’osa pas d’abord résister, : et se laissa consacrer à Nazianze. Son meilleur ami « lui fit violence, aidé de son père, qui, une seconde fois, le foula sous son talon » (1). Mais il fut impossible de le décider à résider dans ce « relais, situé au milieu de la grande route de Cappadoce, qui la voit se diviser en trois directions ; dans ce lieu sans eau, sans verdure, indigne d’un homme libre ; dans cette bourgade terrible- ment odieuse en son étroit défilé, qui n’est que pous- sière et bruit de chars, plaintes, gémissements, bour- reaux, tortures, chaînes ; pour population, rien que des étrangers et des vagabonds, voilà mon église de Sasimes ! (2) » Ces vers sont postérieurs à l'événement d’une dizaine d'années ; la rancœur de Grégoire y est aussi vive qu’elle put l’être aux premiers jours.

Après s'être dérobé de nouveau par une retraite mo- __ mentanée (3), Grégoire rentre à Nazianze, où, deux ans | après, au printemps de 374, son. père, chargé d’ans, mourut après avoir occupé son siège pendant près d’un demi-siècle : Nonna le suivit bientôt. L'excuse qu'il pouvait faire valoir pour ne pas aller occuper son évêé-

de. “HER d'en RS SE net dt ofions nul

es. db taf. son dés Do di

PR

(1) Carmen de vita, 424-25.

(3) Pour le détail, cf. les discours XI, XII, XIII, et leslettres XXXI, XXXIL, XXXIIT. — Grégoire se retira « dans la montagne », carmen de vita, 490,

LE, 07, 2

léguant MM son père ne pouvait s se passer | de lui, cessait d’être valable. « Il était libre, fort mal à pro- | pos » (1), mais il ne consentit pas davantage à partir pour Sasimes. Il ne se refusa pas, au contraire, à gérer provisoirement l'évêché de Nazianze, tout en deman- - dant instamment, nous dit-il, aux évêques voisins de donner, sans tarder, un successeur à son père. Comme ceux-ci se montraient peu disposés à l'écouter, 1l recourut

| au moyen dont il abusait pour sortir d’embarras : il fit + une nouvelle fugue, cette fois dans une région un peu plus éloignée, jusqu'à la frontière de la Pisidie et de la Phrygie. Il s ‘établit à Séleucie, où il aimait à rencontrer le souvenir de Thécla (2). Il y resta plus de trois ans, sans s’y être trouvé beaucoup mieux qu'ailleurs (3). : Basile était mort le 127 janvier 379 ; Grégoire se sentait libre de tout souci, du côté de nue Mais voici < que vint s'offrir à lui une tâche plus difficile, plus glorieuse aussi, et il comprit qu’il n’en pouvait refuser cette fois ni l'honneur ni le fardeau. Sous le règne de Valens, 18 Constantinople était devenue presque entièrement arienne, Toutes les grandes églises — Sainte-Sophie, l’église des __ Apôtres — étaient aux mains des hérétiques. Un petit noyau de fidèles, très réduit, résistait seul à la conta- | gion, sans avoir à sa tête un chef capable de faire sentir à ceux qui, pour le moment, triomphaient, la menace de l'avenir. Cette petite communauté catholique songea à appeler, pour la diriger, l’homme qui, depuis la mort de Basile, n'avait point de rival dans le clergé d'Orient. Grégoire regretta amèrement plus tard d’avoir accepté son offre ; mais, si bien que ces regrets s expliquent par les injustices dont il fut victime, nous devons le louer de sa résolution courageuse (4), et, s’il finit par s’avouer |

u) Ib., 528.

(2) Voir t. I, p. #10, l'analyse des Acta Pauli.

(3) Carmen de vita, 551 et suiv.

(4) Naturellement, il parle encore (1b., 607-8) comme s’il n'avait

cédé qu’à la violence.

vaincu, ce ne fut pas sans avoir lutté courageusement et obtenu des résultats.

Au moment où on l’appelait, si médiocre que fût la situation de la communauté nicéenne à Constantinople, l'horizon commençait à s’éclaircir pour elle. Valens avait disparu, pendant l’été de 378, dans le désastre d’Andrinople. Théodose fut associé à l’Empire par Gratien, le 19 janvier 379, vers le moment même où Grégoire prit sa décision. Il reçut en partage l’Orient ; mais les Goths

menaçaient surtout l’Illyrie et la Thrace. Ce fut à Thes- -

salonique qu’il établit d’abord son quartier général, et il eut bien d’autres soucis que les affaires religieuses. Il ne reçut le baptème qu’en février 380, après une grave maladie (1), et ne fit son entrée triomphale à Constantinople qu’au mois de novembre. Aussitôt baptisé, le 28 février, il prit le fameux édit par lequel il prescrivait à tous ses sujets de se conformer à la foi du pape Damase (2). L’orthodoxie était rétablie en principe ; restait à déposséder les Ariens de la situation qu’ils occu- paient en fait (3), et ce ne fut pas chose aisée ; Grégoire en fit l’expérience.

Il a raconté, ainsi qu’il suit, ses débuts : « Une maison pieuse m’accueillit, une maison amie de Dieu, qui

fut pour moi comme celle de la Sulamite pour Élisée, :

maison qui m'était apparentée par le sang, apparentée par l’esprit, et pleine de générosité ; c’est là que prit consistance ce troupeau, obligé encore de dissimuler sa foi persécutée, non sans crainte, non sans péril (4). » C’est là, sans doute, que se trouvait la petite chapelle où il réunissait ses fidèles, et où il prêcha, en particulier,

(1) Sozomène, VII, 4 ; à la fin de 380, selon Socrare, V, 6.

(2) Cod. Théod., XVI, 1, 2.

(3) À côté des Ariens (Anoméens), d’autres sectes, Macédoniens (ou Pneumotomaques), Novatiens, avaient de nombreux adeptes. L’apollinarisme commençait à devenir redoutable, et préoccupait particulièrement che (Carmen de vita, 609 et suiv..).

(4) Or, XXVI,

les cinq fameux Discours théologiques qui lui ont valu le surnom de T'héologien. Son éloquence, son zèle, le charme qui se dégageait de toute sa personne, agirent heureusement autour de lui. Le troupeau s’augmentait. D'illustres disciples venaient écouter la parole de Grégoire et s’instruire à ses leçons. C’est alors que Jérôme, qui n’était pas beaucoup plus jeune que lui, quitta la Syrie pour Constantinople. Il s’est toujours complu, dans la suite, à reconnaître pour son maître ce Cappadocien « auquel les Latins ne pouvaient opposer aucun égal (1) ».

Mais le milieu de Constantinople était encore moins favorable aux saints que celui d'Alexandrie ou celui d’Antioche. Même réduite en nombre, la communauté catholique n’y était pas toujours très umie, et elle le fut de moins en moins à mesure qu’elle s’augmenta. Grégoire éprouva beaucoup d’ennuis de la part d’un personnage peu recommandable, qui, par lui-même, n’eût guère pu être que gènant, mais qui devint, un moment,

dangereux par l’appui que lui prêta l’évêque d’Alexan-

drie, Pierre. Celui-ci, comme Théophile plus tard, au temps de saint Jean Chrysostome, n’eût point été fâché de voir à la place d’un homme supérieur une de ses créatures. Maxime appartenait à une espèce qui n’a malheureusement pas été rare au 1v€ siècle. C’était un de ces aventuriers qui s'étaient vite aperçus qu'on pouvait exploiter le christianisme comme d’autres avaient souvent exploité la philosophie. Pérégrinus avait déjà fait cette remarque deux siècles auparavant ; mais 1l y avait de bien plus gros profits à en tirer maintenant. Maxime se présenta d’abord, ainsi que Pérégrinus, comme un philosophe cynique (2). Il avait, selon Grégoire, quelques petits péchés à se reprocher. Cependant Grégoire n’en

(1) Contra Rufinum, I ; cf. De Viris, 117 : « Præceptor meus, quo ‘scripturas explanante didici. »

(2) Sur l’affaire de Maxime, voir avant tout le long récit du Carmen ; voir aussi lé poème IT, I, 41 (Contre Maxime) ; et Jérôme, De Viris, 127, — Ducuesne, Hist. anc. de l’Église, &. Il, éh. xur.

fut. averti que élue: tard ; avec sa spontanéité Detereuses Dhestine qui. venait s'offrir comme un collaborateur ; il le loua même publiquement dans un discours. Il ne s’aperçut pas que Maxime intriguait derrière son dos. Une nuit, avec le concours d’un certain nombre de matelots égyptiens que les convois de blés envoyés d'Alexandrie amenaient régulièrement à Constantinople, avec la complicité de je ne sais quel évêque, le personnage qui jouait tour à tour si bien le rôle de cynique et celui de moine, tenta de se faire consacrer évêque dans l’église d’Anastasie (1). Dès que la chose fut connue, le lendemain, il y eut un beau | tapage. Grégoire avait suscité des jaleusies, mais la masse des fidèles laimait et l’admirait. Maxime fut Ÿ chassé ; il essaya vainement de se maintenir en gagnant

la faveur de Théodose, qu’il alla trouver à Thessalo-

nique. L'empereur prit parti pour Grégoire. L’évèque

manqué se réfugia à Alexandrie, d’où le préfet dut bientôt

l’expulser, et quand (uégone, après avoir renoncé à

l’évêché de Constantinople et s'être retiré de Cappadoce,

composait en trimètres iambiques le récit de cette | histoire, il craignait encore que Maxime ne méditât

it ol ut mis Does

hote. bé ie de he à 2 à de

ei mot ttes es

Este

| quelque mauvais coup. La situation un peu fausse où Grégoire se trouvait ‘allait se dénouer en sa faveur ; mais son triomphe devait être de courte durée. Théodose vint prendre résidence à Constantinople le .14 novembre 380. Nous avons vu comment, quelques mois auparavant, 1l avait enjoint à tous les évêques d'Orient d’accepter la foi de Nicée et de se mettre en accord avec celui qu’il considérait comme son représentant attitré, le pape Damase. L’évêque arien de Constantinople, Démophile, ne se soumit pas, et le 26 novembre l'empereur décréta que les ééuses de

(1) Il faut se souvenir que Grégoire ne était | pas encore ; il était resté chef d’une communauté qui, tout orthodoxe qu’elle était, vivait en marge de l’organisation ecclésiastique. L’évêque de Constantinople était un ÂArien,

Me

pe }

ne | fl n’eût pas été rte à étre et à son

petit troupeau d’expulser Démophile et ses fidèles, si Théodose ne s’était chargé de ce soin, et si le lendemain, 11 ns 27 novembre, il n’avait mis sur pied toute la garnison os ie de la capitale (1), tandis que lui- même venait prendre té Grégoire et les siens à l'Anastasie, pour les conduire en : 11 procession jusqu’à Sainte-Sophie. | Rx: Mn à

Toutes ces luttes, pour lesquelles il était si peu as er avaient déjà épuisé Grégoire. Après l'affaire de Maxime, il eut un premier accès de faiblesse, qui ne dura pas ;. | il se borna à prendre un peu de repos à la campagne (2). "a Après l’acte décisif de Théodose, la conclusion naturelle Ne" était qu'il fût régulièrement consacré évêque, en rem- Le placement de Démophile. Il s’en défendait, quoique la | foule réclamât à grands cris son acceptation. Nous allons A d: voir que ce n’était pas sans raison qu’il hésitait. La situation religieuse de l'Orient était devenue si confuse sous | le règne de Valens que Théodose ne crut pas pouvoir | 4 remettre un peu d'ordre dans les églises sans la convocation d’un grand. concile, qui se réunit en mai 381, sous la mi présidence de l’évêque d’Antioche, Mélèce (3). L'une des premières affaires dont l'assemblée s’occupa, fut celle de l’évêché de Constantinople. Le cas de Maxime n’était pas encore définitivement réglé ; car le philosophe nn avait cherché et trouvé un appui à Rome ; Damase, a Que assez mal inspiré comme il l'avait été déjà dans ses rapports avec Basile, avait pris parti contre Grégoire. 1 1e Le concile oriental exécuta Maxime et intronisa régulièrement Grégoire, dont Grégoire de Nysse prononça A à cette occasion le panégyrique. Le revirement suivit

4) Dans les premiers temps de son séjour, Grégoire avait failli être nee lapidé (Carmen de vita sua, 665). Les Ariens étaient tout prêts à re- #ù ds commencer. — Peu après, Grégoire fut victime d’une tentative d’as- : ae 7 sassinat. LR de

(2) C£. le discours XXXVI. Der en (3) Socnare, V, 8 ; Taéoporer, V, 8 ; SOZOMÈNE, VII, 7.

EG dd) à " :

EP ta SN EN

334 LA LITTÉRATURE | de près le triomphe. Grégoire ne semble pas, dès le début, avoir été très satisfait de la manière dont se conduisit le concile, et il semble qu'il eût même en principe beaucoup de défiance pour ces assemblées, qui, pour la plupart, en les cinquante dernières années environ, n'avaient pas fait grand honneur à la tradition de Nicée. Des difficultés se produisirent en tout cas aussitôt que Mélèce, qui avait présidé les premières séances, vint à mourir. Elles furent relatives à sa succession. Grégoire intervint en pacificateur, comme c'était son habitude ; en homme

sage et loyal, il recommanda la solution la plus propre à

effacer les souvenirs du schisme, le ralliement de tous autour du survivant, Paulin. Mais les Méléciens ne voulurent pas l’écouter, et opposèrent à Paulin, que soutenaient les Occidentaux, un nouveau rival, Flavien. Grégoire, fâché, recommençait à parler de retraite, quand vinrent prendre place, sur les bancs du concile, certains retardataires, parmi lesquels Timothée, qui avait succédé tout récemment à Pierre sur le siège d'Alexandrie. Les nouveaux venus étaient bien partisans de Paulin, mais ils ne l’étaient pas de Grégoire. Ils se mirent à prétendre que Grégoire était régulièrement évêque de Sasimes, quoiqu'il n’y eût jamais exercé sa charge, et que son élection à Constantinople violait le canon d’Antioche qui interdisait le transfert d’un évêque d’un siège à un autre. L’acte plus politique qu’amical, par lequel Basile avait infligé à son ami un honneur que celui-ci ne souhaitait pas, servait encore de prétexte pour le tourmenter. On comprend que Grégoire n’ait jamais consenti à le pardonner. Cette fois, sa patience, mise à une si rude épreuve depuis plusieurs semaines, était à bout. Dans un admirable discours, il déposa les pouvoirs qu’il tenait du concile, fit ses adieux à son église, et reprit le chemin de la Cappadoce. On le remplaça sans tarder par un haut personnage, qui était un aimable homme, mais qui avait peu de titres au sacerdoce et n’était même pas encore baptisé, Nectaire ; puis le concile

k ls “ AUS % ER K, 3 { CHEN SAINT GRÉGOIRE DE NAZIANZE. BIOGRAPHIE 335 | ‘continua « à jacasser comme une troupe de geais, ou à s’acharner comme un essaim de guêpes (1) ». Grégoire s’est vengé de lui en lettré, dans les vers mordants et . pittoresques où il en a tracé une peinture qui ne s’oublie pas.

Avant de quitter Constantinople, avant de résigner son évêché, le 31 mai 381, Grégoire avait rédigé son testament, que nous possédons encore. Il confirmait sa volonté, qu’il avait déjà fait connaître, delaisser toute sa fortune « à l’église catholique de Nazianze, pour le soin des pauvres, qui sont du ressort de la dite église ». Il désignait à cet effet trois curateurs, Marcel, diacre et moine, Grégoire diacre, son ancien serviteur, Eustathe, moine, qui avait aussi fait partie de sa maison, et choisissait comme légataire universel l’un d’entre eux, Grégoire ; suivaient quelques disposition généreuses (legs ou fidéi-commis), relatives à d’anciens esclaves ou à des parents. Six évêques et un prêtre ont contresigné la pièce, qui nous est parvenue par une copie prise sur l’original, conservé dans les archives de l’église de Nazianze (2). Rentré en Cappadoce, Grégoire reprit d’abord la direction de l’église de sa patrie, puis se fit donner un successeur, en 383, en la personne de son cousin Eulalios. I est vraisemblable qu’il se retira alors dans sa terre d’Arianze. Jérôme (3) écrit en 392 « qu’il est mort depuis trois ans environ », donc en 389 probablement ; au plus tard au commencement de 390.

(1) Carmen de vita, 1681-87.

(2) La pièce est instructive à bien des égards. Micne la donne, P. G., XXXVII ; Prrra l’a rééditée dans ses Juris eccl'siastiei Græcorum historia et monumenta, t. II.

(3) Carmen de vita, 112-113. — Les Cappadociens réfugiés en Macédoine, à la suite des événements récents, prétendent posséder encore ses reliques (M. Pernor, Revue des Deux-Mondes, 15 octobre 1928, p. 743).

L'œuvre de Grégoire de Nazianze. Les discours. — L'œuvre de Grégoire se compose de discours, de lettres, et de poèmes. Elle ne comprend pas de traités, mais certains discours et certaines lettres ont leur place dans

dénuée d’importance dogmatique ; l'intérêt littéraire en est extrêmement vif.

Les plus remarquables parmi les autres Pères de l église es Basile ou Chrysostome — sont comme Grégoire de grands lettrés ; ils. aiment sans doute ardemment l’élo- quence, mais ils font profession de la subordonner toujours à la religion ; ils se conforment, au moins du bout des lèvres, à la tradition chrétienne, qui était indifférente LR Na l'art et à la poésie, hostile à l’art païen et à la poésie | paienne. Grégoire prend bien la précaution de dire, en nous confessant « qu’il avait déjà un amour brûlant pour les lettres, quand sa joue était encore sans duvet », et en ï s’apprêtant à nous conter son départ pour les grandes écoles de Palestine, d’ Égypte et de Grèce, que s’il recher- chaïit l’éloquence profane, c était « pour la donner comme auxiliaire à la vérité ». Il a lui aussi, à l’occasion, fait comme les autres ces déclarations de mépris pour la littérature qui étaient alors de style (1). Mais son sentiment intime, qui le portait vers elle avec un élan passionné, était trop violent pour ne pas faire explosion ; et, à vrai dire, il ne se souciait guère de le réfréner. Dans ses Invectives contre Julien, il ne trouve rien de plus odieux à reprocher à l’Apostat que son fameux décret excluant les maîtres ‘chrétiens de l’enseignement, et | à la fin de la première, quand il revient à ce sujet,

(1) On les trouvera soigneusement recueillies deus le livre de Gur- GNET,

l’histoire de la théologie. Elle est donc fort loin d’être

honte fchtE EL d ode. nt nt De és te,

Le RS so" a tu os

È 7 * AVAST ” { {

CAE

+ de

qui lui fournit la matière de sa péroraison comme il lui avait fourni celle de l’exorde, il s’écrie (1) : « Que monindignation soit partagée par tous ceux qui aiment les 4. lettres et qui s’adonnent à leur culte, ceux dont je ne nierai pas que je sois moi-même. Car j'ai abandonné tout le reste à qui l’envie, richesse, noblesse, gloire, +0 pouvoir, tout ce qui est superfluité terrestre et jouissance +. (4 vaine comme un songe. Mais je revendique l’éloquence, Ke elle seule, et je ne regrette pas les peines, ni sur terre, A

ni sur mer, qui me l’ont acquise. Puissé-je donc avoir, et # puissent avoir ceux que j'aime, la force de l’éloquencel té de l’éloquence que j'ai embrassée et que j'embrasse, Re après ce qui est au premier rang de toutes les choses, dé Net

je veux dire les choses divines et les espoirs qui vont au-delà de cé monde visible. Si chacun, comme le dit Pindare (2), souffre de ce qui le touche personnellement, je ne puis me taire sur ce point, et il est juste, plus qu'on ne peut dire, que je rende par l’éloquence à l’éloquence le tribut qui est dû à l’éloquence ». Grégoire venait de dépasser la trentaine, quand il écrivait ces lignes révé- +. latrices. Près de vingt ans après, quand il résignait, entre les mains des Pères du concile de Constantinople, cette dignité épiscopale qui lui avait valu tant de soucis et ue lui avait permis de faire beaucoup de bien, sinon tout le bien qu’il avait rêvé, dans les émouvants adieux qu'il adresse à cette chère chapelle de la Résurrection où il

avait vraiment ressuscité la foi nicéenne dans la capitale,

avant que Théodose eût rendu aux catholiques Sainte- LÉ Sophie, il n'oublie pas de rappeler qu’il avait remporté

là ses plus beaux triomphes oratoires : «Adieu, vous qui

aimiez mes discours ; adieu, cet empressement, ce con-

cours de la foule, ces stylets que je voyais et que je ne ; voyais pas (3), et le grillage qu’on forçait, que forçait |

(1) Or., IV, 100.

(2) Prwpare, J'e Néméenne, 54.

(3) Il s’agit, d’une part, des notes que prenaient les sténographes - 22, — t. III ; '

Xe

en Ted. dans une de ses ane nous rappelle un propos presque inquiétant, qui témoigne de cette griserie, à laquelle Grégoire comme tous les vrais ora-

teurs, se laissait aller peu à peu, quand il se sentait maître de son auditoire : « Comme je lui demandais

un jour de m'expliquer », nous dit Jérôme, « ce que

signifie chez Luc Île sabbat second-premier (2), il dé-

tourna spirituellement ma question,en me répondant :

Je t’instruirai sur ce sujet à l’église, où, tandis que

tout le peuple m’acclame, tu seras obligé de savoir

malgré toi ce que tu ignores, ou du moins, si tu es / : : NES seul à te taire, tu seras taxé par tous de stupidité ».

N’abusons pas d’un mot échappé au cours d’une conver-

sation familière, et qui n’était qu’une façon plaisante

de confesser son ignorance ; mais ni Origène ni Renan

n’ont ainsi compris l’exégèse.

Certes Grégoire est profondément chrétien. Si certaines

idées néo-platoniciennes ont contribué à développer sa Le. théologie, si ce qu’il y avait eu de plus élevé dans le cynisme et le stoïcisme entre pour une part dans son

idéal ascétique, sa pensée et sa vie ont toujours été diri-

gées par sa foi. Mais il gardait, enraciné en son cœur,

l’amour antique, l'amour hellénique des lettres, l’amour

de la poésie et de la rhétorique. Il n’a jamais pensé à y

Page 1