‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 111 sur 200 · IT · texte numérisé non relu

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à : UF EEE CUUrE à deux conciles, celui d’Éphèse Chalcédoine. E contient cette phrase, qui suffira à en indiquer l'esprit : : « Si quelqu'un ne regarde pas Ja sainte Marie comme la mère de Dieu (@eoréwy), il est séparé de la divinité. » L'exposé qu'il y a donné de la doctrine orthodoxe sur l'union des deux natures, a exercé une influence considérable non seulement dans les controverses relatives à l’apollinarisme, mais plus tard dans celles que suscitèrent les thèses de Nestorius et d'Eutychès. Grégoire se vante d'y avoir réfuté les hérétiques par des démonstrations | géométriques et invincibles, telles qu'ils les exigent eux-. mêmes, et il promet — promesse qu'il a tenue — de faire concurrence, par les poèmes qu’il écrira, à ceux d’Apollinaire, aujourd’hui si en vogue que l’on en vient à les considérer comme un troisième Testament. La seconde Épître, qui a suivi de près la première, répond au désir que beaucoup lui ont exprimé de posséder un formulaire encore plus précis, « une définition concise et une règle de notre croyance ». 1 la commence en déclarant | que la vraie foi est la foi de Nicée, précisée sur l’article du Saint-Esprit ; c’est la formule cappadocienne que nous | ‘avons déjà eu mainte occasion de connaître. Il s’explique ensuite de nouveau sur l’incarnation, et termine par la déclaration que voici : « Si quelqu'un pense que nous écrivons ceci ou le disons spontanément et sans y être . contraints, pour porter atteinte à l’union et non parce | que nous la voulons de tout cœur, qu'il sache qu’il se trompe, et qu’il ne se rend pas compte de notre désir, à nous qui ne trouvons rien de préférable à la paix,

comme les faits eux-mêmes le démontrent, quoique ce :

que des adversaires entreprennent et machinent contre :

nous exclue absolument la concorde. » Quelques années 4 après, il était obligé de semoncer pour son indolence son

successeur à Constantinople, Nectaire, et, en s’adres- |

sant à lui, il signalait de nouveau le péril que l’apollina- | risme faisait courir à la foi, en termes d’une précision» — et d’une énergie telles qu’on en retrouve l'équivalent

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a loi de 388, qui semble s’en être inspirée (1). #4 Beaucoup de lettres sont naturellement de la caté- | gorie qui, dans toutes les correspondances du 1ve siècle, | compte toujours le plus grand nombre de spécimens, celle des lettres de recommandation (ErioTohai ouorarixaut). Fat Elles sont adressées soit à des magistrats, pour leur * demander un appui en faveur d’ opprimés, È l'indul-

__ à des rhéteurs, pour leur présenter un nouvel élève. D’autres sont des lettres de consolation, par exemple la CXCVII, à Grégoire de Nysse, pour la mort de sa sœur, Théosébie (3); ou de félicitations, comme la CXCIIIE, à Procope, pour le mariage de sa nièce, Olympias. Nous insisterons de préférence sur celles qui nous à )

montrent Grégoire faisant parade de son talent, ou demeurant en relations amicales avec le monde des rhé- | teurs et des lettrés, le plus souvent encore païens. Les lettres où Grégoire a mis le plus de coquetterie et fait le plus étalagé de son esprit et de son talent, datent également de toutes les périodes de sa vie pour lesquellés . nous en avons conservé. Il ne s’était pas dépris de ses jeux savants, à son retour d'Athènes, quand il traitait plaisamment de «trou à rats » ce vallon de l’Iris où Basile trouvait tant de charmes, se plaignait qu’on n'y. vit le soleil que comme par l’orifice d’une cheminée, ou

(1) D’autres lettres, relatives à des questions moins généralés, ont été aussi utilisées par des conciles ; par exemple l’ Épôtre CLXIII, par le Ve {sur les vœux écrits et non écrits). Je ne rappelle pas, ayant eu 4 déjà occasion d’en parler antérieurement, les lettres écrites au moment du différend entre Basile et son évêque Eusèbe, ou au moment de l'élection de Basile (ces dernières, écrites au nom de Grégoire l'Ancien) : elles font le plus grand honneur au caractère de Grégoire. à (2) Un groupe important, parmi les lettres de ses dernières années, . - est formé par celles qu’il a ésrites en faveur du prêtre Sacerdos, direc- * teur d’un asile de pauvres, et accusé de malversations.

(8) On peut y joindre le groupe des lettres à Philagrios, éternel malade, que Grégoire n’a pas cessé d’exhorter, avec une amicale patience,

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rappelait, avec une raillerie un peu amère, ces horribles brouets, qu’on lui servait pour toute pitance, et où nageaient des croûtons durs à casser les dents (1). Il savait retrouver la même ironie — en y ajoutant plus de véhémence — quand il se refusait, quelques années plus tard, à aller résider à Sasimes « pour y défendre les poules

‘ou les porcelets » de l’évêque de Césarée (2). La même

verve pétille dans d’autres lettres de sa vieillesse. Avec les principaux sophistes contemporains, il a entretenu des relations espacées sans doute, mais excel-

lentes. Il avait beaucoup d’admiration pour Thémis-

tios (3), dont il est possible qu'il ait été l'élève. Voici en quels termes il s’adressait à lui, vers 369/70, pour lui recom-. mander Eudoxe, qui devait devenir lui-même un rhéteur brillant, à qui fut confiée l'éducation de Nicobule le Jeune : « On reconnaît les Spartiates à la lance, les Pélopides à leur épaule, et le grand Thémistios à sa parole (4). Car, bien que tu l’emportes en toutes choses, je sais que de tes mérites celui-là est le plus éclatant. C’est ce qui, dès l'origine, nous a unis l’un à l’autre (si ma propre parole peut compter pour quelque chose), et ce qui m’a encouragé aujourd’hui encore à m'adresser à toi... » Céleusios était un magistrat, chargé d’administrer Nazianze, et les

hauts fonctionnaires avaient beaucoup de goût pour la

rhétorique. Grégoire déploie toutes ses grâces, dans un billet écrit en 382 (5), pour s’excuser d’avoir paru trop taciturne à un homme qui se gardait de l’être. Il lui conte agréablement une fable, celle des hirondelles qui se moquaient des cygnes, parce qu’ils s’isolent, loin des hommes, et sont avares de leur chant. Que ne font-ils comme elles

GNÉp. IV,

(2) Ép. XLVIII.

(3) Ép. XXXVIII.

(4) Application du précepte qui recommande le ton sentencieux ; ce précepte s’applique particulièrement aux exordes épistolaires.

(5) Ép. CXIV. — Tout un groupe de lettres voisines, écrites pendant le carême, sont autant de jeux d’esprit sur la théorie du silence,

Des

NA RS, à SAINT GRÉGOIRE DE NAZIANZE. CORRESPONDANCE 373

les babillardes ? Les cygnes leur répliquent en artistes à

qui il suffit de s’enchanter de leur propre talent, avec une citation de Pindare et une allusion à la légende de Pandion. Mais Grégoire ne s’est peut-être jamais plus appliqué que quand il a prêté sa plume (1) à une mère, désireuse de présenter son fils à Libanios : « Je suis une mère œui envoie son enfant à un père, une mère selon la nature qui Penvoie au père selon l’éloquence. A ton dévouement de

s’associer au mien. » Deux lignes, où les mots sont joh-

ment opposés et balancés, c'était alors le comble de l’art :

les courts billets que Libanios lui-même affectionne en

font foi.

Cela n’empêche point que Grégoire connaisse le principal défaut des sophistes, cette vanité intéressée qui suscite entre eux des rivalités si ardentes. Son oraison funèbre de Basile prouve assez à elle seule qu’il avait

emporté d'Athènes des souvenirs qüi ne pouvaient pas

s’effacer. [Il ne manquait point lui-même de quelque vanité, mais qui était plus innocente. Le jeune Nicobule avait choisi pour maître Stagire, et Grégoire, qui nie avoir inspiré ce choix, avait pris au moins la responsabilité de le recommander à ce sophiste, par une lettre très soignée qui commence ainsi : « Tu es un attique par l’éducation ; nous aussi, nous sommes attiques (2). » Un autre sophiste, Eustochios, en prit ombrage. Grégoire lui écrivit (3) pour l’apaiser, avec non moins de recherche. Il lui cite comme entrée de jeu un demi-vers du chant XIV de V’Iliade (104), se plaint qu'il l’accuse de Stagirisme (4), mais le loue de la franchise avec laquelle il a confessé son déplaisir. Il se défend d’avoir donné conseil à Nicobule ; car il aurait paru oublier ainsi Athènes et l’amitié contractée là-bas. Puis, il passe à l’attaque, se moque des termes rares qu'Eustochios avait employés pour mal-

(1) Ép. CCXXXVI ; la date est incertaine.

(2) Ép. CLXXXVIII, écrite en 384.

(3) Ép. CXC.

(4) Comme Démosthène accusait les adversaires de philippiser,

traiter son rival « puisqu'il est de mode d'appeler rivaux ses confrères. Jusques à quand cela durera-t-il ? où s’ar- rêtera la jalousie entre sophistes ? qu'attend-elle ? que Ja mort interrompe notre malice ? Quand on est jeune,

*: ‘136 quand on lutte pour le gain, si du moins on y.apporte

quelque modération, cela peut avoir quelque excuse (car Fe tu me permettras de citer pour te faire plaisir un peu de ! Démosthène) (1). Mais à ton âge, dans ta situation, don-

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ne ner des coups de corne et en recevoir, c’est une ardeur belliqueuse tout à fait hors de saison, non seulement parce qu’elle est inconvenante et illibérale, mais parce qu’il n’y a rien de plus banal : « Les mots que vous dites ‘ : on vous les rend (2). » La réprimande était juste ; aussi

. Fustochios ne l’accepta-t-il pas de très bon cœur. C'est ce dont témoigne la lettre suivante (3) : « Ignorant que | j'étais ! ai-je été assez maladroit et incivil ! J’ai blâmé un sophiste de son orgueil, et je n’ai même pas écouté la leçon de ce proverbe banal : Un chauve ne doit pas heurter un bélier front contre front. Je n’ai pas pris

Qu garde à ne pas exciter un guêpier contre moi, ce guëêpier qu'est une langue trop prête à médire. Ce n’est cependant pas là ce qui me fâche ; car je suis en bonne compaà gnie, autant que Je sache, et, si Dieu te prête vie, la compagnie s’accroîtra ; je suis surtout peiné que mon intention bienveillante ait été méconnue. En tout cas, porte-toi bien, de corps et d’esprit, et contiens ta langue, situ le peux. Désormais, je saurai rester à ma place. »

: Un autre jour, Grégoire avait tracé à Ablabios ce portrait du sophiste : « J'apprends que tu es entiché de la (LE sophistique. La belle affaire ! Parler avec emphase, se 2 donner grand air, prendre une démarche hautaine et Ne comme aérienne, ne respirer que Marathon, Salamine, | toutes ces merveilles qui vous appartiennent, ne penser. |

Fa (1) La formule qui précède est familière à Démosthène. (2) Iliade, XX, 250. YQ | (3) ÉpiCXCI.

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4 lui envoie aussi, sur une demande nouvelle (2), la Rhé- Le torique, «ou, du moins ce qui a échappé aux vers et à la PA

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trer sophiste le plus exactement qu’on peut ! Si, avec. cela, tu sais tenir quelque compte de la vertu, tu es des nôtres, et ta réputation sera méritée. Si tu ne veux plus être qu’un sophiste, exclusivement, et si tu oublies notre

| Fa nos entretiens Fe sur le beau et le Prene oi

‘avoir joué quelque temps avec les EE gens, tu auras

bien plus longtemps à te jouer de toi-même, quand la

raison te sera venue. Mais cela, c’est pour plus tard (1).»

Il y a sans doute dans cette attitude un peu nouvelle

de Grégoire une assez large part à faire au juste senti

ment de ce qui convient à la vieillesse. On ne doit pas

prendre ce qu’il écrit tout à fait à la lettre quand, après

avoir déjà prêté à Olympianus les Épîtres d’ Aristote, il

suie ; car il l'avait placée au-dessus de son foyer, comme

font de marins du gouvernail, quand la saison a mis fin

à la navigation (3). » Il connaissait, en tout cas, assez

bien ce que contenait la Rhétorique, pour pouvoir laisser à sans danger se détériorer le manuscrit. Grégoire s’adressait d’ailleurs à des correspondants capables d'apprécier Y les plus fines nuances. Il ne faut pas lire ses lettres en

pédant qui se préoccupe seulement d'y dénombrer les figures et d’y analyser les procédés ; après avoir pénétré

les secrets de son art, il faut se laisser aller au plaisir

d'écouter cette parole toujours vive, spirituelle, élégante, et de retrouver, sous l'apparence d’un des plus

habiles ouvriers du style que l'antiquité ait connus,

l’homme sincère et bon qui entr'ouvre pour nous son

âme si riche et si délicate.

(1) Ép. CCXXXIII ; date incertaine ; mais le ton indique une époque tardive.

(2) Ép. CCXXXIV et CCXXXV.

(3) Aime à Hésione, Travaux, 629.

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