S'ASTENCT CRE COUR BAD ÉMIS SI
BrocraPure. — Les sources sont les écrits de GRÉGoIRE DE Nysse luimême, ceux de Basire et de GRÉGOïIRE DE NAzrANZE (principalement
: leur correspondance). — SainT JÉRÔME, De Viris, 108 ; — Tirre- Mont, Mémoires,t. IX ; —J.Rupr, Gregors des Bischofs von Nyssa Leben und Meinungen, Leipzig, 1834 ; — le tome VIII, seconde partie, du grand ouvrage de BœnrinGer, Die Kirche Christi und seine Zeugen, 2° édition, Stuttgart, 1786; — l’article de Fr. Loors, dans la Protestantische Realenzyklopædie, tome VII.
Éprrrons. — Les œuvres de SAINT GrÉéGoIRE DE NyssEe n'avaient pas la Révolution ; les travaux préparatoires qu’ils avaient entrepris furent perdus. Te texte que donne la Patrologie (P. G., XLIV, XLV XL VI), d’après les anciennes éditions de Fronton pu Duc, GRETSER, Aacacnr, CarAGcroLrx, GazLAnNDI (Bibliotheca vet. Patrum, 6, Venise, 1770), est médiocre dans l’ensemble et parfois même déplorable. L'édition de G. H. Forges, Burntislandiæ, 1855-1861, plus satisfaisante, n’a pas été poussée plus loin que les deux premiers fascicules (repi ris Étanpépou ; mepi xatacxevÿs àvÜpwrov ; une partie de la Vie de Moïse). Il faut citer quelques éditions spéciales : celles de KrAB1INGER, De precatione orationes V, Landshut, 1840 : Grande Catéchèse, Munich, 1838 (avec, en appendice, l’oraison funèbre de Mélèce) ; celles de SrawzLey, Cambridge, 1903, et de MÉRIDIER (collection LEsay), Paris, 1908, pour la grande Catéchèse ; celle de sœur JAMES ALoysius STEIN (Washington, 1928), pour l’oraison funèbre de Basile. Une édition critique a été entreprise en Allemagne, grâce aux fonds recueillis par une souscription en l’honneur de Wicamowirz. Ont paru : le Contre Eunomios, éd. V. Jxcer, Berlin, 1921 ; et les Lettres, éd. Pasquazr, 1b., 1925.
Sur GréGoire DE Nvysse écrivain, L. MÉériprer, L’Influence de la
seconde sophistique sur l’œuvre de Grégoire de Nysse, Rennes, "1906.
Biographie. — Nous avons appris à connaître, en étudiant les origines de saint Basile, ce qu'était la vie chré-
tienne au commencement du 1ve siècle, dans les régions de la Cappadoce et du Pont (1). Nous avons dit comment des femmes telles que Macrine l’Ancienne et Emmélie avaient élevé leurs fils et leurs filles. On se rap- - pelle qu'Emmélie et Basile l’Ancien avaient eu, avec plusieurs filles, quatre fils, dont le grand Basile fut l’aîné ; le second était ce Naucratios, dont Grégoire de Nysse a conté, dans sa Vie de Macrine la Jeune, la vie ascétique et la fin lamentable ; le quatrième, et de beaucoup le plus jeune, Pierre, était le futur évêque de Sébaste. Le futur évêque de Nysse, Grégoire, était le troisième. De bonne heure, il se soumit docilement à l’influence de son grand aîné, qu’il aime à appeler son père ou son maître (2). Comme :1l ne nous a pas laissé des confidences aussi détaillées et aussi fréquentes que celles de Grégoire de Nazianze sur, ses états d’âme successifs et sur le progrès qui le détacha définitivement du monde, pour le donner à Dieu aussi pleinement que celui-ci, nous apercevons moins bien les premières années de sa vie. Il commença par s'engager dans les premiers degrés de la hiérarchie :cclésiastique (3), puis hésita, et nous savons par son propre témoignage qu'il se maria : « Heureux », nous dit-il dans son traité sur la Virginité (4),« ceux qui ont le pouvoir de choisir le meilleur, et qui.n’en ont pas été exclus pour s’être laissés prendre d’abord par la vie commune, comme nous, qui sommes séparés par une sorte de fossé de cette gloire de la virginité, que ne peut plus retrouver celui qui, une fois, a mis le pied dans la vie du monde. Nous en sommes donc réduits à contempler les mérites des autres, et à rendre témoignage de leur félicité. » Dans une lettre, qui peut se dater approximative-
(1) C£. chapitre 1.
(2) Cf. le Contre Eunomios, où il renouvelle ces déclarations presque à chaque page, et l’Épütre XIII à Libanios.
(8) Il fut lecteur, selon GrÉGorre DE Naz. Ep. XI,
(4) Ch. mr (P. G., XLVI, 325).
ment de 385, Grégoire de Nazianze
. blement sainte et de véritable épouse d’un prêtre ». Après avoir éprouvé ce deuil, il renonça au siècle et chercha ‘un asile dans ce monastère fameux que Basile avait fondé sur les bords de l’Iris. C’est du moins ce que l’on
semble pouvoir conclure d’une lettre (Ép. IX), où il invite, dans le style le plus précieux, le sophiste Stagire à venir le voir dans sa solitude.
Basile n’avait pas une confiance entière dans les apti- tudes de son cadet au gouvernement des fidèles. Il ne le trouvait pas doué, à un très haut degré, de cet esprit de
conduite qu’il possédait éminemment lui-même. Quand
il eut avec un vieil évêque cappadocien, qui était son
oncle, quelques difficultés que nous avons relatées, Gré-
goire ne paraît pas avoir mis beaucoup d’ardeur dans le rôle d’intermédiaire qu'il assuma. Il ne se montra pas beaucoup plus habile, quand il s’entremit de même pour calmer l’irritation qu'avait ressentie Grégoire de Nazianze, élevé, malgré lui, à l’épiscopat par Basile (2). Mais il était savant ; il était sincère et dévoué. Basile, qui n’a jamais négligé d’utiliser aucun des hommes distingués qui l’entouraient et se flattait sans doute de suppléer à leurs défauts, s’ils en avaient, par la direction qu'il leur donnait, ne pouvait manquer de faire appel à son frère. Il le fit élire évêque de la petite ville de Nysse, située dans la région orientale de la Cappadoce qui s’avance en pointe entre la Lycaonie et la Galatie, et voisine du cours de l’Halys, encore assez proche de sa source. Ce fut sans doute en 371, en tout cas avant que l’autre Grégoire eût été contraint à devenir évêque de Nazianze (3).
L’évêque de Nysse pouvait être un médiocre diplo-
(1) Ép. CXLVII.
(2) Cf. chapitre.
(3) Cf, Gréc, pe Naz,, début de l’Oratio XI.
(4) le console de la mort de sa femme, Théosébie, qu’il qualifie de « vérita-
trouva nous entouréer de ses rangs épais, de façon qu’il
«| Ile
a mate, mais sa foi était sans Doc be nl fut un des lieu tenants les plus zélés de Basile pour la défense de l’orthodoxie. Pour se débarrasser de lui, les Âriens le firent accuser par un certain Philocharés d’avoir dilapidé ses
biens ecclésiastiques (1). Ce fameux vicaire du Pont, qui
portait si mal le nom de Démosthène (2), le fit déposer
par un synode qu’il réunit à Nysse ; il l’aurait même fait
arrêter si Grégoire n’avait réussi à s’échapper (376). Gré-. goire dut attendre la mort de Valens (378) pour pouvoir
rentrer dans son église, qui l’aimait et lui était restée
fidèle. I1 a raconté, dans une lettre à l’évêque Abla-
bius (3), ce voyage de retour, commencé désagréable-
ment au milieu d’une violente tempête, mais terminé
par une ovation qu'il reçut de tout son troupeau : «A peine
Le”
avions-nous déjà pénétré dans le portique, tandis que
notre voiture retentissait sur le sol sec, je ne sais d’où ni comment, par une sorte de coup de théâtre, le peuple se
nous devint même difficile de descendre du char ; car il n’y avait pas moyen de trouver un emplacement vide. Nous eûmes de la peine à les persuader de nous per-
mettre de rentrer et de laisser passer nos mules, et nous
avancions, pressés de tout côté par la foule qui se ruait autour de nous, au point que, par les marques excessives de leur affection, ils faillirent nous étouffer. Quand nous fûmes à l’intérieur du péristyle, nous vîmes comme un torrent de feu se précipiter dans l’église : c’était le chœur des vierges qui, tenant en main des cierges, s’avançaient en rangs vers l’entrée de l’édifice, sous l’éclatante lumière des flambeaux.» La petite bourgade de Nysse mettait autant d'enthousiasme à recevoir son pasteur, persécuté pour la foi, qu’Alexandrie en avait mis, dans des circonstances analogues, à applaudir Athanase.
(1) Basice, Ép. XOXXC et CCXXXVIII.
(2) Cf. page 248.
(3) Ép. VI.
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Grégoire, surtout après la mort de Basile, apparut comme un des défenseurs les plus autorisés de l’orthodoxie, à l’intérieur de l’Asie-Mineure. Nous savons par lui-même qu’il prit part, en 379, à un synode tenu à Antioche (1). Il fut alors chargé d’une sorte d'inspection des églises du Pont, au cours de laquelle il s’occupa particulièrement de remettre l’ordre dans celle d’Ibora, et fut élu, malgré lui, métropolitain de celle de Sébaste, dans la petite Arménie, siège que devait occuper plus tard son jeune frère Pierre. Mais il ne voulait pas quitter Nysse, et, après quelques mois, il réussit à se faire rendre sa liberté (2). Il intervint aussi, dans des conditions et à une date (3) qui sont assez difficiles à déterminer, dans les affaires ecclésiastiques de l’Arabie. Son crédit était au plus haut point lors du concile tenu, en 381, à Constantinople, et la loi de Théodose, du 30 juillet de ladite année (Cod. Theod., XVI, 1,3), désigne, comme garants de l’orthodoxie dans le diocèse du Pont, Grégoire de Nysse, avec Helladius de Césarée et Otréius de Mélitène. La considération dont il jouissait est également prouvée par les nombreuses oraisons funèbres qu'il a prononcées pendant cette période, notamment celle de la jeune princesse Pulchérie et celle de l’impératrice Flaccilla. Sa présence à Constantinople est encore attestée pour le concile de 394. Après cette date, on ne sait plus rien de lui. Il a dû mourir cette année même ou peu après ; il se plaint souvent de la vieillesse dans ses derniers écrits, et on peut placer sa naissance aux environs de 335.
Son œuvre. — L’œuvre de Grégoire de Nysse est ample, et elle est variée, tout au moins par les matières qu’elle
(1) Vie de Macrine (P. G., XLVI, 973).
(2) Ép. XIX. Nous suivons l'interprétation de Drekamr, Theologische Quartalschrift, 1908.
(3) Dans la seconde moitié de 380, selon BARDENHEWER, qui se fonde sur ce que dit GrÉGoïrE dans sa Vie de Macrine (P. G., XLVI, 960); par décision du concile d’Antioche de 379, selon Rauscmen (Jahkrbücher, p. 79), du concile de Constantinople de 381, selon Loors (loc, cit,),
assez de génie pour apporter dans 1 spéculation philo-
* l’homme (repl raracnevñs avépwrou) et Apologie pour l'Hexæ-
comprend. Prusse) théologie élu sous Ta forme de la. controverse aussi bien que sous celle de l’exposé doc-
toutes les ressources de la culture profane. Louons-le
trinal — ascétisme et morale, biographie édifiante, homélies et panégyriques, correspondance, tels sont les principaux cadres entre lesquels elle se répartit. Quel que soit le sujet qu’il traite, Grégoire apparaît également riche de toutes les connaissances eq qui com-, Posaient l’enseignement de son temps ; il n’est pas moins ! 1 Savant en philosophie ou en histoire naturelle qu'il n’est “. habile à appliquer les recettes des rhéteurs. On peut presque dire qu’il est, depuis Origène, celui qui, entre tous les Pères, se montre le plus largement pourvu de.
d’avoir eu, comme Origène, le goût de la recherche scientifique ; d’avoir estimé qu’il faut donner satisfac- HER tion aux besoins de l’intelligence aussi bien qu’à ceux du 554 cœur, et qu'il est légitime d'associer à la foi, qui se puise a { dans l’Écriture et dans la tradition apostolique, une expli- 404 cation rationnelle des choses, qu’on ne doit pas cependant se flatter de pousser au delà des limites où l'esprit
humain reste nécessairement enfermé ; mais il n’avait pas
sophique l'originalité et la puissance du grand Alexan 1) 741 drin. Il est plus complet et plus précis qu'aucun de ses contemporains dans la polémique contre les hérésies ; mais il ne sait pas, avec la vigueur d’un Basile ou d’un Athanase, dégager les. points essentiels du fatras des questions secondaires. Il possède aussi pleinement que Grégoire de Nazianze la technique de l’art oratoire, mais il l’applique en bon élève, sans jamais éveiller en nous ce vif intérêt que nous inspire, dans les discours ou les poèmes de celui-ci, le contact avec une âme si délicate et si personnelle. | Exégèse. — 19 Les deux traités sur la Formation de
mérbn (Amoloynrime meot Tic ‘Eéanuépou), composés peu de temps après la mort de dpi en 379, et dédiés par Tu HUsre 26, — te III
Grégoire à son frère Pierre, rendent témoignage du zèle avec lequel, aussitôt Basile disparu, Grégoire s’institua le continuateur de son œuvre et le défenseur de sa mémoire.
On se rappelle que, dans ses Homélies sur l’œuvre des six jours, Basile n'avait pas traité de la création de l’homme. Dans le premier de ses deux ouvrages, Grégoire se propose de donner au commentaire de Basile sa conclusion nécessaire. Il expose ses intentions dans une préface un peu grandiloquente, aux phrases amples et balancées selon la manière isocratique, en faisant l’éloge de Basile et en insistant sur la difficulté du sujet. Après une récapitulation générale des thèmes traités dans les Homélies — récapitulation où interviennent souvent des idées platoniciennes — il montre, dans un morceau très oratoire, le monde préparé pour recevoir l'hôte auquel il est destiné ; explique en quoi consiste la ressemblance de l’homme avec Dieu, ce qui lui permet d’attaquer en passant les Anoméens ; comment la faiblesse apparente de l'homme a eu pour conséquence le développement de la civilisation ; comment sa supériorité sur les animaux se révèle par sa stature et par l’usage qu'il sait faire de ses mains, par le langage et par le rôle des sens, qui ne sont plus, chez lui, que les serviteurs de l'esprit. Étant l’image de Dieu, dont l'essence est incorporelle, l’homme est donc, lui aussi, en sa véritable essence, incorporel. Mais l’âme est revêtue du corps. Où réside, dans ce corps, la faculté directrice, l’hégémonicon, pour employer le terme qu’avaient mis à la mode les stoïciens ? Après un assez long examen du problème des rapports entre le physique et le moral, où Grégoire fait usage, comme il s'y complaît d'ordinaire, de notions et de théories médicales, il note que l’Écriture ne nous impose aucune localisation spéciale, et cet examen lui fournit l’occasion de toucher déjà au problème de la nature du mal, dont il indique une solution d'inspira tion platonicienne. Il étudie encore, en recourant de nou-
veau à la médecine, le sommeil et l’insomnie ; les rêves, les pressentiments, et leur relation avec les dés tempéraments. Après avoir conclu tout ce développement en soutenant que l'esprit n’est pas enchaîné à une partie déterminée du corps, il donne de la différence des sexes (1! les créa mâle et femelle) une explication allégorique, qu'il confesse lui-même être tirée d’un peu loin et qu’il ne propose, à la manière d’Origène, qu’à titre d’essai. Cette difficulté et celles qui touchent à la génération
une fois réglées tant bien que mal, Grégoire examine les
rapports de la passion et de la raison. C’est une introduc: tion à son interprétation de la chute, à laquelle se relie immédiatement l’exposé du remède que Dieu y a apporté. Car, si Grégoire a rejeté les idées d’Origène sur la préexistence des âmes, il a gardé celles qui sont relatives au triomphe universel du bien, à l’apocatastase ; la mort appelle la résurrection, et la preuve en est fournie par une sorte de nécessité naturelle plus clairement encore que par les textes de l’Écriture. Le bien doit l'emporter finalement : « Le mal ne progresse pas indéfiniment, mais doit nécessairement être contenu dans
certaines limites ; il s’ensuit que, quand le mal est à sa
limite, c’est le bien qui lui succède (1). » Le mal n’a pas plus de réalité que l'ombre. La limite de la durée de ce monde est en relation avec l’entrée en ce monde du nombre d’âmes déterminé par Dieu. Mais l’hiver qu'est la vie présente passera ; l’été viendra ; le monde finira comme il a commencé ; l’éternité de la matière est une erreur de Manichée. L’analyse ramène la matière à n'être qu'apparence et la dissout en qualités.
Grégoire démontre ensuite la résurrection tant par des textes scripturaires que par une argumentation logique, parfois analogue à celle des Apologistes du 11° siècle, souvent aussi plus raffinée. Il combat — avec une certaine modération de langage — les vues origénistes sur