P. G, XLVI, 79 B
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certaine parole divine de commandement, puisque
Moïse nous a enseigné historiquement ces vérités sublimes, nous l’avons exposé dans ce qui précède, où nous avons expliqué que la parole divine n’est pas un commandement donné oralement ; la force technique et savante qui est en chaque chose créée, selon laquelle se réalisent les merveilles de la nature, voilà ce qui est et ce que l’on appelle parole de Dieu ; toute la plénitude de la création s’est réalisée d’un coup, par le premier acte de la volonté divine, et l’ordre qui résulte nécessairement du principe immanent aux choses pour la production de chacun des éléments correspond à la suite des commandements divins. » Ces hautes conceptions étaient faites, sans doute, pour dérouter les simples croyants ; elles n’allaient pas sans exiger une interprétation souvent fort libre du texte, bien que Grégoire prenne de nouveau, dans sa conclusion, la précaution d’affirmer qu'il en a toujours respecté le sens. Mais elles attestent, beaucoup plus nettement que certaines déclarations de Basile, la louable persistance de l'esprit hellénique dans la recherche d’une explication rationnelle des choses (1).
20 La vie de Moïse. — La vie de Moïse le législateur, qui porte, en sous-titre, dans nos manuscrits, dela perfection selon la vertu, a été composée beaucoup plus tard, pendant la vieillesse de l’auteur, qui, dans la préface, parle de ses cheveux blancs (2), et s’adresse à un jeune homme du nom de Césaire, qui lui a demandé un tableau de la vie parfaite. Répondre à cette exigence est difficile, dit Grégoire, car la vertu est toujours en progrès ; s’arrêter
(1) Les deux discours sur le thème de la création de l’homme, qui suivent dans la Patrologie les deux traités et nous sont parvenus aussi avec le nom de Basile, sont apocryphes. Le premier est parfois un peu puéril et le style en est plus commatique que celui de Grégoire ne l’est d'ordinaire ; celui du second est plus périodique, mais ne favorise pas non plus la croyance à l’authenticité.
(2) On en possède des fragments sur un papyrus du v® siècle, édités d’abord dans le Philologus (1885) par Lanpweur, et qui figurent maintenant dans les Berliner Klassiker Texte, tome VI.
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dans ce progrès serait un vice ; ce ne serait plus la vie, ce serait la mort. Toutefois, il est possible de se faire quelque idée d’une perfection qui est, par définition, inaccessible, en contemplant la vie réelle des grands serviteurs de Dieu, dont le plus grand a été Moïse. Déjà Philon avait présenté Moïse comme l'idéal du souverain et du législateur, en s'inspirant souvent d'idées stoïciennes ou néopythagoriciennes (1). Moïse, sur le Sinaï, est pour Grégoire le symbole de l’ascension néoplatonicienne qui nous ramène vers le monde des intelligibles : « Il nous enseigne, j'imagine, par ce qu'il a fait, que celui qui veut s’unir à Dieu, doit s’échapper hors du, monde des phénomènes, et tendre sa pensée vers l’invisible et l’incompréhensible comme vers la cime d’une montagne, en ayant foi que Dieu est là où l'intelligence ne peut pénétrer (2). Parvenu là, il reçoit les commandements. » |
Le plan est d’abord un récit, ensuite une méditation sur les faits exposés. Ces faits sont interprétés symboliquement, et il suffira de quelques indications pour faire comprendre la méthode : la naissance de Moïse nous apprend à nous attendre, quand nous entrons dans la vie vertueuse, aux embüûches du diable. Le coffre où Moïse vogue sur les flots signifie l'instruction que nous devons recevoir, et les vagissements de l’enfant, les remords du pécheur. D’autres allégories sont moins élémentaires. C’est ainsi que la vision du buisson ardent recoit une explication qui sait y découvrir de hautes pensées platoniciennes, ou que le miracle de la main de Moïse, devenue pareille à la neige tout en restant une main, fait comprendre la relation du Fils avec le Père. La réponse de Dieu à son serviteur, quand celui-ci demande à le voir face à face, est surtout pleine d’instruction ; elle nous enseigneïqu'il n’y a pas d'arrêt ni
(1) Cf. Brénier, Philon, p. 18-25.