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LA LITTÉRATURE CHRÉTIENNE AU IV® SIÈCLE

Actes et quelques autres écrits analogues ; sur le second siècle lui-même, tout au moins en sa première moitié, on n'avait trop souvent que des traditions incomplètes et incertaines. Un homme se rencontra, Eusèbe, qui, doué d’une curiosité universelle, muni d’une érudition immense, capable d’un labeur infatigable, nous a transmis à peu près tout ce que nous savons des origines chrétiennes, en dehors du Nouveau Testament, et a droit à la

reconnaissance de tous les historiens, quoique son His-

toire ecclésiastique ne soit qu’une compilation sans art et que sa critique ne fût pas toujours exigeante. Il s’est appliqué aussi vaillamment qu’à l’histoire proprement dite à la chronologie, qui, entre tous les éléments de la connaissance du passé, était, nous l’avons vu, celui qui avait paru le plus important aux chrétiens, dès l’époque des ‘Apologistes. D’autres, parmi ses écrits, intéressent l’histoire la plus récente ; ce ne sont point les meilleurs ; car Eusèbe était courtisan, et nous sommes tenus d’examiner rigoureusement ses allégations, quand il parle de son temps ; il ne nous en apporte pas moins un témoignage précieux. Beaucoup d’autres parmi ses contemporains, soit du côté des orthodoxes, soit du côté des Ariens, ont également fait de l’histoire, en vue de l’avenir lointain, et encore plus de l’avenir immédiat ou même du présent. Les théologiens ont tous été obligés d’en faire, puisque l’argument de la tradition devenait de plus en

plus dirimant et était appelé à compléter la parole des

Livres Saints. Ils n’ont pas, en général, composé des récits suivis, mais ils ont constitué des dossiers, où ils ont fait entrer les documents les plus divers : formules des conciles, actes impériaux, textes littéraires. Le triage de ces dossiers et l’estimation des pièces qui les composent sont une des tâches les plus utiles et les plus délicates de la critique moderne.

L'histoire, telle que l’ont comprise les chrétiens du 1ve siècle, intéresse plus la science que la littérature. Un genre littéraire, qui a joui d’une grande faveur en ce

temps, et qui a été cultivé avec un art minutieux, c’est

le genre épistolaire. Je n’entends pas ici les longues

lettres qui traitent de matières historiques ou dogma-

tiques, et qui ne sont guère qu’une sorte de traité ; on en ‘trouve un grand nombre dans l'œuvre de tous les grands écrivains chrétiens. J'entends les billets, plus ou moins

étendus, mais toujours de dimension moindre, qui sont l'élément constitutif d’une correspondance normale :

ettres d’amitié ou lettres d’affaires. Les rhéteurs avaient donné des règles générales de Part épistolaire, et analysé subtilement les diverses catégories possibles de lettres, ‘en indiquant pour chacune le ton qui convient, comme aussi les modifications qu'il faut apporter aux règles

générales selon le rang et le caractère de celui à qui la lettre est destinée, aussi bien que de celui qui l'envoie. … Recherche de la concision, simplicité apparente du style, en réalité élégance raffinée, habileté à insérer dans le -

sujet propre de la lettre quelques anecdotes ou quelques mots d'esprit, adresse à formuler un compliment ou à présenter une supplique, telles étaient les principales qualités requises d’un bon épistolier. L'immense correspondance de Libanios donne des spécimens de toutes les variétés possibles, et, si nous regrettons de n’y pas trouver ces libres épanchements, cette verve familière, ce jaillissement spontané de la pensée et du sentiment que nous préférons, nous modernes, aux raffinements de la technique, nous devons reconnaître l’art sûr et précis avec lequel les billets les plus insignifiants y sont ciselés. Les correspondances des chrétiens, celles d’un Basile ou d’un Grégoire de Nazianze, laissent mieux apercevoir l’homme derrière l’auteur, et traitent habituellement de matières plus considérables. Cependant elles contiennent aussi un assez grand nombre de pièces où les évêques lettrés, soit qu'ils écrivent à des rhéteurs, soit qu'ils s'adressent à de hauts personnages auxquels on ne saurait parler sans leur faire la politesse d'apprèter son langage, s'appliquent à démontrer leur talent, et dans

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