EUSTATHE. FRAGMENTS
‘trologie grecque, et postérieurement, avec plus de méthode,
par le Père Cavallera (1). Ils appartiennent surtout à des
| œuvres dogmatiques ou à des œuvres exégétiques. Nous
pouvons regretter d’avoir perdu le grand traité contre les Ariens, qui avait au moins huit livres. Nous apercevons un peu ce qu'a pu être le traité sur l’âme, dont il reste un où deux extraits assez significatifs. Les extraits d’un traité contre Photin, ou Morin, s'ils visent bien Photin de Sirmium, ne peuvent guère être authentiques, vu la date où Photin a commencé à attirer l’attention (2). Si le commentaire sur l'Hexæméron, cité plus haut, est apocryphe, il résulte du témoignage d’'Anastase le Si-
naïte qu'Eustathe avait cependant traité des premiers |
chapitres de la Genèse. Il avait aussi commenté les Psaumes, ou tout au moins certains d’entre eux, notamment ceux qu’on appelle Psaumes des degrés (119-133). Théodoret a cité quelques morceaux de son livre sur le verset VIII, 22 des Proverbes, le texte arien par excellence.
- On a, en syriaque, quelques débris de deux homélies, et
il reste un extrait curieux d’une des Lettres, qui était adressée à Alexandre d'Alexandrie, et traitait de Melchisédec. ù Tous ces fragments, ou la plupart d’entre eux, ont un intérêt théologique. Ils ne nous montrent cependant que des aspects particuliers de la pensée d’Eustathe ;
ils ne suffisent pas pour nous permettre de reconstituer
l’ensemble de sa doctrine, ni de définir ses mérites litté-
| raires.
Le traité contre Origène. — Il faut donc le juger d’après celui de ses écrits qui nous a été conservé, et qui est tout au moins un document significatif pour l’histoire de l'opposition entre l’école exégétique d'Antioche et celle d'Alexandrie. Le titre exact en est : Contre Origène,
(4) A la suite de son édition de l’homélie ; se reporter à cette publication pour le contrôle des brèves indications qui suivent. (2) Cf. supra, p. 232.
| triloque (4). n s’agit de l'épieds. Fer. cneux qui est. Ra, conté dans le chapitre xxvim du 1er livre des Rois. Saül, x rayé de l’attaque que ses ennemis dirigent contre lui, et qui vient cependant de proscrire les devins et les ventriloques, se décide à faire rechercher une femme ven- . triloque, et va consulter celle que ses émissaires ont trouvée. La femme, sur sa demande et après avoir reçu l'assurance qu’elle n’a rien à redouter, évoque pour lux : l'ombre du prophète Samuel, qui lui prédit la catas- trophe qui l’attend. Par sa contexture générale, par un certain nombre de détails aussi, ce récit devait nécessai- ment attirer l’attention des exégètes, comme 1} intriguaït les simples fidèles qui le lisaient, et les choquaït même violemment, s'ils étaient tentés de le prendre à la lettre. Co à indique seulement un ou deux points : : Samuel, dit le texte, vient de l Hadés ; peut-on imaginer un prophète dans l Hadés ? Une sorcière peut-elle être regardée comme ayant le pouvoir d'évoquer l’âme d’un prophète ? I n’était évidemment pas très aisé de répondre à ces ques-. | tions inévitables.
Nous possédons l’homélie d DB (2) ; il était nécessaire de la transcrire, pour que celle d’Eustathe fût intelhgible, et elle nous est parvenue avec celle-ci. J'ai dit que nous avons là un document précieux sur les tendances de deux écoles d’exégèse rivales. I faut cependant noter tout d’abord — et Eustathe lui-même n’a pas manqué d’en faire la remarque — que, dans le cas particuher qu’il s’agit d'examiner, Origène, pour une fois,
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(1) Kara ’Opuyévous diayvworwxd: eiç rù ts éyyaotptu0o0 Bewpruaz; à le terme Duxyvwstexés (sous-entendu X6yoc) est sans autre exemple | dans un titre, mais ne paraît pas devoir être suspecté. (2) Elle débute — disons-le en passant — par un trait curieux. 4 Origène énumère les textes qui viennent d’être lus, et ils sont assez | nombreux. Il prie l’évêque de choisir celui sur lequel il doit parler | de préférence ; l'évêque choisit l'épisode de la ventriloque, et. Origène. commence, — Le texte est dans À. Jan. }
Mères Faits nu qu AU a Fun de l’interprétati allégorique, qu’il superposait à l’autre, ne lui a jam fermé les yeux. sur l’explication obvie des textes. Il
ce à Le: RL 4:
aueun scepticisme. Le narrateur a tout l’air de croi À que l'évocation a eu lieu. Or quel est ce narrateur 1 Avec le souci de précision qu’il apporte en ces matià À Origène analyse le morceau : il a le tour dialogué, dra D. matique ; mais qui garde la parole ? ce n’est pasla sorciè | si elle parle, ainsi que Saül, c’est ique le narrateur F; fait bé Ce narrateur est RS du livre des HOT Ê 4 ie qu'il est toujours, ‘Orifène ae son per D d expliquer littéralement ce qui scandalise les fidèles. !. Oui, Samuel a pu être dans l’Hadés ;le Christ n'y est-il à pas descendu, après sa résurrection ? Oui, une sorcièr 4 °a èr évoquer un prophète ; car, si toute la scène n’était x qu’une fantasmagorie, comment expliquer la prophéti 1 conforme à l'événement, que reçoit Saül ? Des considé-
rations sur le séjour des justes, après la mort, aux temps. de l’ancienne et de la nouvelle Loi, terminent l’ opuseule. Eustathe est, en principe, l'adversaire déeidé de Ja méthode allégorique, et il partage, sur lexégèse d’Ori gène, l’opinion de Méthode d’Olympe, dont il cite le nom avec éloge (2). Mais, pour une fois qu’Origène a cru devoir # ; s’en tenir au sens littéral, il ne le trouve pas mieux inspiré que quand il subtilise. L’évêque d’Antioche a les mêmes scrupules qu ’Origène prête, au dé ut de son homélie, à un grand nombre de ses auditeurs. Un prophète
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. (f} Cf. t. IT, p. 381.
(2) « Méthode de sainte mémoire »,. dit-il au chapitre xr1.
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: 444 LA LITTÉRATURE GRECQUE CHRÉTIENNE or
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| de l'Hadés, une sorcière qui dispose à son gré de l’âme
d’un prophète, tout cela ne saurait supporter un instant l'examen. Le Saint- -Esprit n’est pour rien dans l'affaire;
ou plutôt le narrateur inspiré nous indique bien vérita- blement que cette évocation, quoi qu’en pense Origène,
n’est qu’une fantasmagorie, où la sorcière se joue de Saül. Le narrateur, dit Eustathe, nous l'indique souvent
par certains détails, et Eustathe recherche alors assez
habilement un indice dans tous les traits obscurs que présente le récit, qui, d’ailleurs, nousle suggère par ce qu'il ne dit pas (par aposiopèse) ; l'emploi de ce second argument révèle que le commentateur n’a pas réussi à trouver dans toutes les parties l'indice qu’il cherchait. Quant à la prophétie de Samuel, Eustathe allègue adroitement d’une part que les éléments essentiels s’en trouvent dans un chapitre antérieur du livre I des Rous, où le démon, qui a revêtu l’apparence de Samuel, n’a eu qu’à les prendre, d’autre part, qu'il n'est pas exact que la prophétie se soit réalisée sur tous les points ; là où les événements la démentent, elle trahit l’apport propre du démon.
La thèse d’Eustathe est celle d’un homme de bon sens, qui part de principes tenus pour évidents : rien de bon ne peut venir de la sorcellerie ; devins et ventriloques sont proscrits dans l’Écriture ; l’Écriture né peut pas paraître patronner ailleurs une opération de sorcellerie. Il considère donc a priori que l’évocation ne peut être qu’un prestige. Il ne lui reste qu’à trouver des arguments pour le démontrer, et il y réussit avec une ingéniosité habile, qui ne va pas au fond des choses. Quant au problème historique, qui consiste à essayer de se représenter quelles pouvaient être les idées
du narrateur, il ne songe pas un instant et ne peut pas
songer à le poser.
Origène ne le pose pas davantage ; nul ne croit, on Pa vu, plus fortement que lui à l'inspiration du texte. Néanmoins, en tant qu'il est philologue, Origène a des
sis