‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 136 sur 200 · SE · texte numérisé non relu

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ecclésiastiques avec des femmes autres que leurs mères, sœurs ou tantes. Il institua des hôpitaux et des maisons de retraite. Il prit à cœur l’évangélisation des campagnes, moins pénétrées encore par le christianisme en Thrace que

dans la Syrie. Il entra en lutte contre les sectes hérétiques,

Novatiens ou Ariens, parfois avec une vigueur un peu rude, par exemple quand, scandalisé par les processions que les Ariens, chassés par Théodose des églises qu'ils avaient occupées sous Valens, faisaient dans la ville en chantant des cantiques, pour se rendre aux réunions qu’ils tenaient à la campagne, 1l leur opposa des processions catholiques, conduites par un eunuque de l'impératrice ; d’où résultèrent des rixes assez graves (1). Avec plus de succès, il se proposa de ramener à l’orthodoxie les Goths, fort nombreux dans la région depuis le règne de Valens, en recrutant dans leurs rangs un clergé, et en leur donnant des églises. Une des homélies que Montfaucon a publiées (2) le premier nous renseigne très complètement sur cette entreprise. PAL

On imagine aisément combien cette activité réformatrice étonna d’abord, puis troubla une ville accoutumée à la direction nonchalante de Nectaire, et où les fidèles étaient devenus fort experts à concilier les exigences du christianisme avec celles du monde. L’émotion fut d'autant plus vive que Jean semble avoir pris en général aussi peu de ménagements qu'il le fit dans l'affaire des processions ariennes, et qu’il semble aussi que bientôt, devant les résistances qu’il rencontra, il se soit aigri et obstiné.

Nous verrons rapidement comment une ligue enragée se forma contre lui. Le premier conflit. auquel il s’exposa le mit aux prises avec celui-là même qui l'avait fait élire, Eutrope. L'année qui suivit son avènement à l’épiscopat marqua le comble de la puissance de l’eunuque. Ce fut cette année 399, où celui-ci se fit octroyer

(4) Palladius, cbid, (2) La huitième, :

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le consulat, et que Claudien a immortalisée par son vers fameux : e

Omnia Jam fent eunucho consule monstra.

Eutrope était fort avide ; on l’accusait de vendre les emplois, d'autoriser ensuite ses protégés à récupérer par des exactions les sommes qu’il avait exigées d’eux, de provoquer lui-même des confiscations de biens, dont il savait tirer parti. Jean protesta assez clairement, dans certains de ses sermons (1), contre ces pratiques, et fit même des remontrances, dans certains cas, au ministre tout-puissant. Le heurt décisif se produisit quand celuici prétendit violer le droit d’asile, que les églises avaient hérité des temples païens (2); l’évêque résista; Eutrope irrité obtint d’Arcadius la suppression de ce droit. Peu de temps après, la révolte d’un officier Goth, Tribigilde, eut pour résultat ultime la chute d’'Eutrope, qui fut contraint de se réfugier à l’église et de se réclamer du privilège qu’il avait fait abolir. Ce fut pour Chrysostome l’occasion du plus beau triomphe oratoire qu’il eût remporté depuis la sédition d’Antioche.

Après Tribigilde, un autre chef Goth, Gaïnas, fit l’indocile. Le rôle qu'avait joué Jean dans l’affaire d’Eutrope, quoiqu'il n’eût pas été du goût de tous, avait grandi son, prestige. Quand Gaïnas, campé à Chalcédoine, en face de Constantinople, réclama qu’on lui livrât trois hauts personnages, Aurélien, Saturnin et un troisième qui portait aussi le nom de Jean (3), quand Aurélien et ses deux

(1) Par exemple dans la VII homélie sur l'Ép. aux Colossiens, ou dans la Ile sur l’Ép. aux Philippiens.

(2) Cf. Marrroye, L’asile et la législation impériale du IVe au VIe siècle. (Mémoires de la Société des Antiquaires, 1919). Il peut se faire que le droit eût donné lieu à des abus ; mais il est douteux qu’Eutrope en fût gêné à cause des abus.

(8) Qu’on soupçonnait d’être trop bien avec l’impératrice ; Zosime du moins (V, 18, 8) dit que beaucoup le regardaient « comme le père du fils d’Arcadius »,

compagnons s’ofirirent à se (re ‘eux-mêmes pour

apaiser le Barbare, l’évêque s’entremit, eut une entrevue avec Gaïnas devant l’empereur, et obtint que les victimes exigées fussent seulement bannies. L'intérêt qu il prit à cette nouvelle affaire s’explique au moins en partie parce. que Gaïnas était arien, qu’il demandait pour ses coreligionnaires une église dans l'intérieur de la capitale, et que Jean redoutait de voir compromettre les avantages que l’orthodoxie s’était assurés depuis Théodose.

Le prestige personnel de Jean était grand, et le siège de Constantinople valait à celui qui occupait une sorte de primauté sur les régions voisines de l’Asie Mineure (1). Au mois de mai 400, un synode d’évêques thraces et asiatiques se tint sous sa présidence, et eut à examiner, entre autres cas, celui du métropolitain d’ Éphèse, Antonin, contre lequel des plaintes assez graves avaient ‘été portées. Antonin mourut quelque temps après, et, à la fin de l'hiver 401, Jean dut se rendre lui-même à Éphèse, où s’assembla un nouveau synode, devant lequel comparurent six évêques simoniaques ; il fit élire évêque de la ville un moine austère, Héraclide, et, en revenant à Constantinople, régla aussi une situation délicate à Nicomédie, où l’évêque Géronce fut déposé.

L'absence de Jean, qui dura plus d’un trimestre, lui fut fatale. Elle permit à ceux que ses réformes avaient blessés de s’organiser et de ruiner son influence ; il se fit en Asie de nouveaux ennemis. Son diacre Santos qui le remplaçait, avait un caractère difficile et commit certaines maladresses. Un de ces évêques ambitieux, qui, au lieu de résider dans leurs diocèses, venaient si volontiers intriguer dans la capitale, Sévérien de Gabales, prédica-

(1) Au concile de 381, le siège avait été mis immédiatement audessous de celui de Rome, tandis qu'auparavant la Pre d’Alexandrie était reconnue généralement en Orient et n’avait àcompter qu'avec la rivalité d’Antioche. Sur cette question, et sur les canons relatifs aux droits des évêques dans leurs diocèses, voir le chapitre xx de l'Hist. de l’Église de Mgr. Duchesne, tome II,

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