‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 137 sur 200 · PARLES · texte numérisé non relu

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teur 4 talent, mais sans ts essaya de se faire une popularité au détriment de l’absent. À son retour, Jean se fâcha, sans que nous sachions bien pour quels motifs, et le chassa.

Jean était l’idole de tous les Lie et il fut accueilli par de vives démonstrations de joie. Mais il avait tout à redouter des grands et de la cour, qu’il ne ménageait pas ; car il continuait âprement à Constantinople la campagne oratoire contre les excès du luxe et les abus

de la richesse qu’il avait déjà menée si vigoureusement

à Antioche. Depuis la chute d’Eutrope, l’impératrice

Eudoxie, qui avait fort contribué à l’événement, avait

pris un empire à peu près absolu sur son médiocre époux. Elle avait d’abord favorisé les entreprises de Jean, comme le prouve le rôle que joua un de ses domestiques dans les processions qu’il organisa contre les Ariens. Mais elle ne valait pas beaucoup mieux que le ministre qu’elle avait renversé ; elle était elle-même ambitieuse, cupide, irritable. Elle se brouilla bientôt avec Jean, et finit par devenir son ennemie la plus acharnée.

Nous ne sommes malheureusement pas très sûrement renseignés sur tous les épisodes successifs du conflit, et nous ne pouvons pas juger d’après un dossier complet et authentique en toutes ses parties quelle fut la responsabilité réciproque des deux adversaires. Palladius nous apprend assez exactement les faits matériels ; il a tu à peu près tout ce qui pourrait nous éclairer sur les mobiles des acteurs. Socrate, qui écrit à une distance déjà plus grande des événements, était tenu à moins de prudence et s’est exprimé plus librement. Mais il était en relations avec les Novatiens, que Jean n'avait pas ménagés, et, s’il a rendu RHpnaes à l’éloquence et au

zèle de Jean, il n’est pas sûr qu’en insistant comme il l’a fait sur la véhémence et l’âpreté dont celui-ci ne fut peutêtre pas complètement exempt au cours de cette crise, il ne lui ait pas gardé quelque rancune de ses démêlés avec l’évêque novatien Sisinnius. Sozomène et Théodoret

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obéissent à des tendances assez différentes, mais dé-. pendent en parti de Socrate pour les faits matériels. Zosime

est un païen qui, encore moins que Socrate, devait être porté à éprouver une sympathie bien vive pour le grand évêque. Les biographes de Jean postérieurs à Palladius ne méritent pas beaucoup de-:crédit. Restent les discours mêmes qu’il a prononcés, aux différentes étapes du conflit. Mais il n’est guère douteux qu’il n’y en ait dans le nombre qui soient apocryphes, ou qui aient été interpolés. Dans l’examen des cas particuliers, il est souvent difficile de décider, quand le ton pris par l’orateur nous surprend ; si l’on doit en conclure que nous sommes en présence d’un faussaire ou d’une rédaction sténographiée trop librement, ou bien si l’Apôtre qui, à Antioche, avait si bien su, en poursuivant sans pitié le vice, garder les ménagements nécessaires envers le pécheur, s’est exaspéré et aigri à Constantinople, quand ïl a joint au ministère de la parole les responsabilités de l’action, et qu'en agissant il s’est heurté au dur contact des réahités.

Le témoignage le plus digne de foi, parce qu’il émane d’un témoin contemporain, est dans la Vie de Porphyre, évêque de Gaza, par un de ses disciple, le diacre Marc (1). La Phénicie est une des provinces de l’empire où, après le triomphe du christianisme, la résistance des païens fut le plus obstinée. Porphyre, dans la lutte qu’il soutint contre eux, désira s’assurer l’appui de l’empereur, et, dans un voyage qu'il fit à Constantinople, avec Marc et avec d’autres, il demanda à Jean d’être son intermédiaire. Jean lui répondit : « Je ne suis pas en état de parler à l’empereur ; car l’impératrice l’a irrité contre moi, parce que je lui ai adressé des reproches, au sujet d’un domaine qu’elle a convoité et qu’elle a ravi à son possesseur. Pour moi, je ne me préoccupe pas de leur colère,

(1) Édition de la Société philologique de Bonn, collection Teubner, 1885. Le texte qui va être cité est p. 33 de cette édition,

et je n’en ai cure ; car ils n’ont fait detort qu’à eux-mêmes, non à moi. S’ils viennent à nuire à mon corps, ils rendent un plus grand service à mon âme. Cependant abandonnons tout cela à la miséricorde de Dieu.» Le morceau est. doublement intéressant ; il nous apprend que la querelle

entre Jean et Eudoxie eut en somme la même origine que,

son différend avec Eutrope, et il donne l'impression qu’en. présence de l’irritation des souverains, son attitude de fière et noble indépendance put comporter quelque raideur.

Il fallait à Eudoxie, pour abattre Jean, des alliés ee. 28 le haut clergé ; elle n’ignorait pas qu’elle en trouverait

facilement un en la personne de Théophile. L'occasion de

mettre celui-ci en désaccord ouvert avec Jean s’offrit quand vinrent se réfugier à Constantinople quatre moines égyptiens, quatre frères, Dioscure, Ammonios, Eusèbe et Euthymios, que l’on appelait les Grands Frères. Théophile avait eu des démêlés avec eux (1), et les avait accusés d’origénisme, accusation qui commençait à devenir périlleuse. Les Grands Frères, après qu'ils eurent été obligés de s’exiler, trouvèrent bon accueil auprès de Jean, mais aussi d’abord auprès d’Eudoxie. Au contraire, un théologien très orthodoxe, mais d’un esprit étroit et brouillon, l’évêque de Salamine, dans l’île de Chypre, Épiphane, prit violemment parti contre eux, convoqua à la fin de 402 un synode où il fit condamner |’ origénisme, et vint à Constantinople, au commencement de 403, faire à Jean une opposition assez inconsidérée. Le séjour d’ Épiphane dans la capitale fut bref ; mais trois autres évêques manœuvrèrent aussi contre Jean, d’abord ce Sévérien avec lequel il s'était fâché au retour de son voyage en: Asie, ensuite Acace, évêque de Bérée en Syrie, et Antiochos de Ptolémaïs.. Un moine, Isaac, et trois veuves, Marsa, Eugraphia, Castricia, entrèrent, aussi dans le complot. Il

4) Ces démélés sont racontés en détail par Palladius, soit dans son Dialogue, soit dans l’Histaire Lausiaque.

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476 LA UT ÉRATURE GRECQUE CRRÉTIENNE

sembla pendant quelque temps que Théophile fût en mauvalse DEEE Arcadius le convoqua à Constantinople, pour s’y soumettre au jugement d’un concile que devait ‘présider Jean. Mais, avant qu'il fût arrivé, Eudoxie avait changé d’ attitude et pris nettement position contre

«* Jean (1). Théophile débarqua au commencement de 403

d’abord à Chalcédoine (2), ensuite à Constantinople, refusa d’entrer en rapports avec lui (3), renversa en quelques jours la situation et d’accusé qu’il était apparut en accusateur. Aux évêques qu’il avait amenés avec lui, il sut en rallier un certain nombre d’autres que Jeanavait mécontentés, ainsi que deux diacres déposés par lui et désireux de se venger. Un synode, réuni à Chalcédoine, dans un domaine qui avait appartenu à Rufin et qu’on appelait le Chêne, écarta la question de l’origénisme, où Théophile

. était impliqué, et examina une longue liste de griefs contre

Jean. Cette liste nous a été conservée par Photios (3), et il suffit de la parcourir pour comprendre que le procès

fut conduit avec parti-pris. Chrysostome essaya d’abord

d’opposer synode à synode ; renonça ensuite, sans doute à tort, à sa tentative, et, sommé de comparaître devant l’assemblée du Chêne, posa comme condition que les | quatre évêques qu’il regardait comme ses ennemis personnels, Théophile, Sévérien, Antiochos et Acace se hmiteraient à leur rôle d'accusateur, sans figurer parmi les

juges (4). Le synode déclara que cette exigence équivalait

à un refus de comparaître et à un aveu. Jean fut déposé avec des considérants qui attiraient l'attention du pouvoir civil sur certains griefs que le concile se reconnaissait

(1) Ce fut peut-être à la suite de cette Put contre l’avarice dont parle Socrate, et où le public crut reconnaître des allusions à l’impératrice.

(2) Mc. Ducxesne, loc. cit., croit qu ’il se rendit directement à Constantinople.

(3) Voir le récit de Jean lui-même dans sa lettre au pape Innocent,

(4) Sur l’attitude de Jean en cette affaire, cf. Ducnesne, loccit. ; elle fut probablement plus honnête que politique,

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- incompétent à juger, parce qu’ils tombaient sous le coup

de la loi de majesté. Il attendit, pour se soumettre, d’être sûr qu’on allait employer contre lui la force, et le troisième jour après la sentence, il se livra au Curiosus chargé de le conduire en exil.

Ce premier exil fut court. Le peuple ne cacha pas son

mécontentement. Le hasard d’un tremblement de terre effraya Eudoxie (1). Elle écrivit elle-même à l'évêque

une lettre de repentir, et le fit rappeler. Jean n’était pas encore arrivé plus loin qu’une bourgade de Bithynie, Prenetum. Il revint et fut accueilli par une foule enthou-

siaste, qui exigea son rétablissement immédiat, quoique

lui-même, avec une prudence trop justifiée, eût préféré attendre que, conformément aux canons du concile d’Antioche en 341, il eût été régulièrement réhabilité par un concile plus nombreux que celui qui l’avait déposé.

La paix dura seulement deux mois. À l'automne de 405,

Jean était de nouveau brouillé avec Eudoxie. Ce second conflit avait eu pour cause l’érection, sur la grande place de Constantinople où se trouvait le Sénat, en face de la cathédrale, d’une statue en argent de l’impératrice, pour l'inauguration de laquelle furent célébrées des réjouissances dont Chrysostome bläma vivement le ca-

ractère païen (2). Nous examinerons, en passant en revue

les discours de cette période, si l’on peut déterminer

jusqu’à quel point se porta la violence de son langage, et, en particulier, si l'on peut croire qu’il ait traité Pim-

pératrice de Jézabel et d’Hérodias. Quoiqu'il en soit, Eudoxie se débarrassa d’un adversaire qu’elle devait juger irréconciliable par le moyen mème que Jean avait redouté ; il fut déposé de nouveau pour avoir repris illégalement possession de sa charge, et de nouveau exilé.

{1) Le tremblement de terre est une hypothèse. Palladius (ch, 1x) s'exprime en termes vagues. O. SErCK croit qu'il s’agit de la mort de Flaccilla, la fille aînée d’Arcadius et d'Eudoxie.

(2) Sur la statue, cf. Socnare, VLÿ8; le piédestal existe encore; les inscriptions dédicatoires sont reproduites C. I. L. III, n° 736,

Ïl partit avec une escorte de soldats, qui se montrèrent d’ailleurs pour lui respectueux et serviables (1). On l’envoyait dans une bourgade, Cucuse, située aux confins de la petite Arménie. Sa correspondance avec Olympias nous permet de suivre presque jour par jour les péripéties de son voyage, au début duquel il cherchait encore à exercer son activité, en contribuant à organiser l'envoi d’une mission en Phénicie. Mais à mesure qu'il s’éloigna de la côte, il sentit davantage la dureté de l’exil ; il fut malade ; il reçut parfois mauvais accueil des évêques qui gouvernaient les églises qu’il traversait (2). Il fut assez bien reçu à Cucuse ; mais la région était infestée de brigands. On crut prudent de l’expédier dans une forteresse voisine, à Arabissos (3). Plus tard même, ses ennemis (4), mécontents de la popularité qu’il conservait à Constantinople, où après son départ un grand incendie, qui dévora Sainte-Sophie et le palais du Sénat, fut attribué à ses partisans, et où une petite églisede Johannites s'était constituée en manière de protestation, crurent prudent de l’éloigner encore, et le firent envoyer à Pityonte, sur la côte orientale de la mer Noire, dans la région qui avoisine au nord la Colchide. À la fin de juin 407, Jean se mit en route, assez lentement, puisqu’en septembre il atteignait seulement le Pont. La fatigue l’avait épuisé. Quand il arriva à Comane, il dut s’arrêter la nuit auprès de la ville, dans une chapelle où était enseveli le martyr Basilisque. Il repartit cependant le lendemain, mais il était si faible qu’on dut le ramener sur ses pas. Auprès du tombeau du saint, il communia, pria et mourut après

UV ÉRX.

(2) Ép. XIV.

(8) Ép. VI-IX.

(4) Eudoxie était morte peu après l'exil de Jean, à qui un successeur avait été donné ; ce successeur, Arsace, ne vécut que quelques mois, et fut remplacé par Atticus ; celui-ci a laissé des témoignages d’une assez grande activité littéraire et théologique, mais qui s’est exercée au delà de la date où s’arrête notre exposé. C£ à son sujet BarpeNnewer, Geschichte, TI, p. 361 ; Christ-Siæhlin, 1467.

| avoir prononcé ces dernières paroles : « Gloire à Dieu pour toutes, choses ! » C’était le 14 septembre 407 (1).

Le schisme des Johannites dura une trentaine d’années, au cours desquelles la réhabilitation de Jean s’accomplit progressivement. Atticus dut d’abord rétablir son nom sur les diptyques de l’Église. En 438, ses restes furent ramenés triomphalement à Constantinople et déposés dans l’Église des Apôtres par le fils même ee Théodose II (2).

Le surnom de Chrysostome (Bouche d’or) apparaît d’abord en Occident, vers le milieu du vi® siècle, et est devenu d’usage courant au cours du vrri® (3).

L'œuvre de Chrysosiome. — Les premiers traités. — L'œuvre de Chrysostome se compose de traités, de discours et de lettres. Les traités appartiennent, pour le plus grand nombre, aux temps qui ont précédé sa prétrise ; quelques-uns cependant, comme les Lettres, sont de ses dernières années. Les discours se, partagent entre ses douze années d’Antioche et ses cinq années de Constantinople. Il nous sera donc assez aisé de concilier dans notre étude l’ordre de matières et l’ordre chronologique. Nous étudierons d’abord les premiers traités.

Ce sont les deux livres adressés à Théodore, qui datent sans doute du temps où Jean était encore ascète (4) ; le traité Contre les adversaires de la vie monastique, antérieur sans doute aussi à sa prêtrise ; la Comparaison du moine et du Roi; le livre adressé à Stagire, qui est

(1) Parranrus, Dialogue, 11.

(2) Tnéoporer, H. E., V, 36.

(3) Cf. Baur, p. 58-91.

(4) 369 selon Tillemont et Montfaucon ; 371-78 selon Rauschen,

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