‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 138 sur 200 · ABOU L A) LITTÉRATURE GRECQUE · texte numérisé non relu

ABOU L A) LITTÉRATURE GRECQUE

vh

QE

du temps du diaconat (1) ; le traité sur la Componction; le livre Pour une jeune veuve (2) ; le traité du Sacerdoce,

qui doit être aussi de la période du diaconat, et que saint Jérôme mentionne déjà comme célèbre dans son De Viris, en 392 ; le traité sur la Virginité, dont il est difficile de préciser la date ; et le traité sur Babylas, qui est une sorte d’apologie contre les païens, et qui est postérieur au règne de Julien d’une vingtaine d'années (380 environ) (3).

On voit qu’un assez bon nombre de ces écrits sont relatifs, comme il est naturel, à la vie ascétique, soit qu’ils remontent à l’époque où Jean la menait encore, soit qu’ils soient postérieurs de peu à sonretour à Antioche. C’est déjà le cas de l’Exhortation à Théodore après sa défaillance (4). Théodore, ami de jeunesse de Jean, est

généralement regardé comme celui qui devint plus tard

évêque de Mopsueste. Il avait délaissé la vie ascétique, après l’avoir embrassée, séduit par la beauté d’une certaine Hermione. Jean entreprend de l’y ramener et paraît avoir réussi. Ce premier écrit porte encore assez fortement la marque de l’éloquence profane, notamment au début du 1°7 livre, où des souvenirs de Démosthène se mêlent à des réminiscences homériques ; où l’emploi des petits membres de phrase (côla) montre l'auteur habile à se servir des procédés de la sophistique; mais où

(1) Socrate, vi, 3.

(2) Postérieur en tout cas à la mort de Valens.

(3) Il faudrait ajouter à cette liste — s’il est authentique — le traité sur la vanité et l'éducation des enfants publié par Comgeris (Paris, 1656) ; étudié par Haipacmer, Des heiligen, J. Ch. Büchlein über Hoffahrtund Kindererziehung, Fribourg, 1907 ; réédité par Fr. SCHULTE, De inani gloria et de educandis liberis, Munster 1914 (programme de Gæsdonck). J’ai, pour ma part, des doutes sur l’authenticité.

(4) Le 2e livre diffère un peu du premier par le ton; l’auteur le qualifie à la fin d'érioroh. SozomÈne (H. E., VIII, 2) ne parle que d’une lettre de Chr. à Théodore ; le premier qui parle de deux est LÉoOncE (Adversus Nest. et Eut., III, 7). Il y a donc quelque obscurité sur la relation des deux livres entre eux ; il semble cependant qu’ils se rapportent au même personnage.

apparaissent aussi déjà les qualités propres à Jean, l’am-

pleur et l’élan, de vives images ou des comparaisons pittoresques, des traits de mœurs bien observés (1). Dans! les trois livres Contre les Adversaires de la vie monastique (2), il répond aux objections que les païens ou les gens du monde ne manquaient pas d’adresser à l’ascé-

tisme, et 1l émet une idée nouvelle et intéressante, en proposant aux pères de famille de confier leurs enfants.

aux moines,pendant les années périlleuses de l’adolescence, jusqu’au moment où ils seront assez préparés à affronter les tentations. L'influence de la philosophie hellénique est encore très sensible dans beaucoup de ces pages, où tantôt l'inspiration platonicienne apparaît dans les idées comme dans la forme, tandis qu'ailleurs on croit entendre Dion de Pruse ou Épictète. Les morceaux à

effet — descriptions, parallèles, tableaux pathétiques —

sont fréquents, très soignés, et le goût-n’y est pas toujours d’une pureté parfaite. La Comparaison entre le!

Moine et le Roi, qui est déjà esquissée dans un de ces livres, est devenue la matière d’un écrit particulier;

- il est facile d’y reconnaître la transposition d’un vieux

thème stoïcien, où le sage tenait la place du moine, et le genre du Parallèle (Evyxpioux) est assez connu par lexemple des Vies de Plutarque pour qu'il n’y ait nul besoin d’insister sur ses origines profanes (3). Les deux

livres sur la componction, adressés le premier à Démétrius,

le second à Stéléchius (sur la pénitence), sont remarquables

par l’élégance de l’expression et par la maîtrise avec

(1) Pour les objections que l’on peut faire à l’authenticité de l’un au moins des deux livres, cf. infra, p. 567 et suiv., le chapitre sur

Théodore de Mopzueste.

(2) Datés de 376 par Tillemont et Montfaucon ; de 381-5 par Raus-

” chen.

(3) Malgré le rapprochement que je viens de faire avec le traité pré-

j cédent, il faut noter que, si le thème est le même, le ton est sensible-

- ment différent. Le style est surtout 1socratique. Savile a été tenté un moment de douter de l’authenticité de ce petit ouvrage, et il n’est

… peut-être pas mauvais de le rappeler.

She te LIT

- s’il était encore dans l’enivrement de la vie monas-

quitter le monde et de se retirer au désert. - À

"1 £ LA ‘44 ‘| Due l’auteur manie le style pat Peut-être la | composition de l’un et celle de l’autre ont-elles été séparées . par un certain intervalle. Jean parle dans lepremier comme

tique, et, dans certains passages du second, comme s'il » attachait plus de prix à la solitude intérieure, que l’on doit savoir s’assurer partout, qu'au fait même de

L'histoire du jeune Stagire est assez curieuse. Il. était né, comme Jean, d’une famille riche et notable. Entré dans un monastère à l’insu de son père, avec la complicité de sa mère, il trouva l'épreuve trop dure, ® quoique ses supérieurs eussent pour lui de grands ménage- | ments, et succomba à une maladie qui le jetait alternativement en des accès violents, convulsifs, et dans une! prostration profonde. Quand il sortait des hallucinations . qui le poursuivaient, il tombait dans la mélancolie et. sentait surgir en lui la tentation du suicide. Cet état ne. pouvait guère être considéré par les contemporains que” comme la conséquence d’une possession démoniaque, dont Stagire cependant n’avait pas trouvé la guérison. en allant la demander aux reliques des martyrs. Dans la, Consolation qu’il lui adresse, Jean énumère une assez! longue série de cas analogues au sien, qui lui montreront. que son malheur n’est pas exceptionnel et ne doit pas : le pousser au désespoir ; il lui donne ensuite des conseils* fins et touchants, où l’on sent déjà l’habile directeur des, âmes, et dont l'application lui permettra de combattre, sinon le mal physique qui le tenaille, du moins.la tristesse. qui en dérive. L'ouvrage est, nous l’avons dit, de la période. du diaconat. Jean y apparaît déjà müûri ; l’exaltation de la période ascétique commence à se calmer ; le sens. pratique du pasteur tend à prédominer. Si le style reste très soigné, si les figures'à la Gorgias ne manquent point, la période est moins soutenue ; le ton s’échauffe et annonce” celui qui sera familier à Jean dans l’homélie. :

Le traité de la Virginité s ‘inspiré du chapitre vir de,

ei

s r J : | EMIERS sr 483 Een M Es: ï ; F Ke , se la 17e Épitre aux Corinthiens. Jean y met la virginité au premier rang, sans condamner le mariage. La comparaison qu'il établit entre l’un et l’autre état le conduit

nécessairement à montrer surtout la sublimité du premier . . AP : . \7 et les multiples inconvénients du second (1). Mais il

prend grand soin de combattre les hérétiques, qui, comme

les Marcionites, condamnent l’œuvre de chair parce qu'ils voient dans la matière le principe du mal. Il ne leur oppose pas seulement la doctrine chrétienne, mais aussi | le mot fameux de Platon, dans le Timée, sur la bonté de Dieu, d’où ne peut dériver aucun mal. Le traité est d’une. belle forme littéraire ; l’auteur y apparaît pleinement maître de sa manière, comme dans l'écrit précédent, plus indépendant de l’éducation qu’il a reçue dans les

écoles sophistiques. À quelle date l’a-t-il composé ? C’est certainement à Antioche, mais, pour les raisons que je viens de dire, il ne convient pas de le placer parmi ses tout premiers RUTAERS É

Le traité adressé à une jeune veuve a pour destinataire

la femme de Thérasius, qui avait perdu son mari après cinq ans de mariage, et qui appartenait, comme la mère de Jean, à l’aristocratie d’Antioche. La manière, surtout au début, rappelle beaucoup celle des Consolations

philosophiques. Aux idées générales puisées dans cette tradition, s’ajoutent des réflexions chrétiennes et des

exemples bibliques ; des allusions intéressantes aussi aux mœurs ou aux événements contemporains, soit que Jean évoque les dangers de la vie de cour, auxquels Thérasius a échappé par la mort, soit qu’il déplore les invasions des Barbares, qui deviennent chaque jour plus dangereuses. Un petit écrit sur le mariage unique (nepi

uoyavdplas) est considéré parfois comme un appendice de

(1) Certaines pages nous choquent un peu; mais peut-être ai-je trop marqué cet aspect de l’œuvre, au détriment du suivant, dans mes deux ouvrages antérieurs sur Chrysostome. C’est un des points sur lesquels les critiques, assez dénuées de bienveillance, que ne m’a pas ménagées le P. Baur, ne sont pas sans justesse,

nt

la consolation à la veuve de Thérasius, mais rien n indique qu’il s’adresse spécialement à elle ; c’est une

exhortation générale.

Le chef-d'œuvre de cette première période, déjà si riche

et si intéressante, quoique la véritable originalité de

Jean n’ait pas pu alors se dégager entièrement, est le traité sur le Sacerdoce, en six livres (1). Jean, nous l’avons déjà indiqué, connaissait P'Apalogie de Grégoire de Nazianze pour sa fuite, et s’en est inspiré assez largement. Mais il ne s’est pas borné comme lui à indiquer les aspects Jes plus importants du sujet ; il l’a étudié systématiquement, d’une manière si précise et si complète que son œuvre était déjà considérée comme classique au temps d’Isidore de Péluse (2), et l’est demeurée. Il lui a donné la forme d’un dialogue, dont l’occasion est fournie par une aventure personnelle : Jean avait un ami, Basile: à une date qu’on peut fixer en 373 ou aux alentours de cette année, on voulut les consacrer évêques, l’un et l’autre. Jean, obéissant au même sentiment que Grégoire et ne se croyant pas digne encore d’une ,aussi haute fonction, se déroba , à l'insu de Basile, qui, pour employer le langage de Grégoire, « fut pris », et dut se résigner. Il n’est pas tout à fait sûr que dans cette histoire il n’entre pas quelque fiction littéraire, inspirée à Chrysostome par ce qu’il savait du cas de Grégoire (3).

(1) On l’attribue généralement à la période du diaconat (381-6), quoique certains, avec beaucoup moins de vraisemblance, le fassent remonter à celle de la retraite (374-80). Le meilleur éditeur du traité, Nairn, veut au contraire le rabaisser jusqu” après 386 ; il le conclut d’un passage de l’homélie : In illud, vidi dominum, postérieure à 386, où le traité serait annoncé. Chrysostome vient de parler du sacerdoce ; il s’arrête, et promet d’en montrer la grandeur dans une autre occasion, Il peut se faire que ce soit, non l’annonce du traité, mais la promesse d'envisager plus complètement le sujet, en s'inspirant du traité, dans un autre sermon ; peut-être même est-ce purement une formule de circonstance.

(2) Ep. XV ad Eustathium.

(3) Cf. entre autres Cozomso : Il prologo del rept iepwoüvnc, dans le Didaskaleion, 1. M. Nairn pense que Basile est sans doute Basile de Raphanée,

ù R tu

Jean n’a pas, dans le corps du livre, pris un grand

. . D . L e } soin de rivaliser avec la vie, le naturel et le pittoresque

des dialogues platoniciens, et on peut dire qu’il conçoit le genre à la manière de Cicéron, à la manière oratoire, plutôt qu’à la manière du dialecticien et du poète dramatique qu'est Platon. Mais le début de son œuvre a beaucoup de charme, surtout dans les pages, auxquelles

nous avons fait déjà des emprunts, où ilraconte comment

Anthousa le retint d’abord, quand il commença à penser à la solitude. Le discours qu’il prête à sa mère a été écrit avec un soin délicat, dans la manière isocra-

tique, en longues périodes, avec d’industrieux agencements de mots, des clausules savantes, et l'emploi de

tous ces ornements que Cicéron appelait les lumina orationis. Ceux de Jean lui-même et de Basile, conçus comme un plaidoyer avec sa réplique, sont conformes à toutes les règles (1). — Le livre II continue le débat entre les deux amis et commence à exposer les devoirs du prêtre. Le III® contient la page célèbre sur la grandeur du sacerdoce. « Le sacerdoce s’accomplit sur cette terre ; mais il prend rang dans la catégorie des dignités célestes. Et c’est avec pleine justice. Car ce n’est ni un homme, ni un ange, ni un archange, ni aucune autre puissance créée qui a établi ce service, c’est le Paraclet lui-même. C’est lui qui nous a appris, alors que nous demeurons encore dans la chair, à nous élever à l’office des anges. Il faut donc que celui qui a reçu la consécration soit pur, comme s’il se tenait dans les cieux mêmes, au milieu des puissances célestes... Quand tu vois le Seigneur sacrifié et gisant, le prêtre présidant au sacrifice et priant, et tous les assistants rougis de ce sang précieux, peux-tu croire que tu es encore parmi les hommes, et que tu te tiens sur cette terre, et non plutôt que tu es

(1) Voir en particulier dans le second l’apologie du mensonge inspiré par une intention droite, avec l’exemple des stratèges, celui des médecins, etc, ; c’est tout à fait le ton de l’école.

Page 1