SAINT JEAN CHRYSOSTÔME. SUR LE SACERDOCE
ALES RUES | ransporté tout droit aux cieux, et € e, bannissa 0: tre toute pensée charnelle, tu contemples les choses
Dans cet admirable IIIe livre, Chrysostome s’abandonne ‘avec une exaltation joyeuse à l’élan de sa foi et de son éloquence. Dans le IV6,1il y a un certain effort pour revenir au dialogue, et l’influence socratique ou platonicienne “est encore très sensible. C’est le livre consacré à définir les devoirs du prêtre en tant que prédicateur et à donner les règles de l’éloquence chrétienne, que Jean tire des modèles fournis par le grand apôtre, dont il a sans cesse, au cours de sa carrière, recommencé le panégyÿrique, de saint Paul. Paul a dit qu'il était un ignorant en matière de style, mais non pas de doctrine. « Si donc j'exigeais l’élégance d’Isocrate et l'ampleur de Démosthène et-la gravité de Thucydide et l'élévation de Platon, il faudrait "4 faire appel à ce témoignage de saint Paul. Mais je sacrifie __ tout cela, tous les ornements superflus de l’éloquence profane, et je n’ai cure de l'expression ni du style. Permettons à la langue d’être pauvre, à l'agencement des mots d’être simple et naturel, pourvu que ni la doctrine
ni la rectitude des opinions ne recèle l'ignorance ; et pour
bienheureux Paul le plus grand de ses mérites et le principal de ses titres ». Quelle éloquence dans cette condamnation de l’éloquence ! En réalité tout le livre a pour but de prouver que le prêtre doit posséder au plus haut degré l’art de la parole et l’habileté dialectique. Le livre V précise la définition du discours chrétien, de l’homélie, et pourrait donner lieu à mainte observation intéressante sur l’accord entre les théories de Jean et sa pratique. Il faut tout au moins y relever la preuve formelle que, si bien doué qu’ait été Jean, son talent a dû beaucoup à
(1) On voit ce qui s’associe ici de platonisme à l'élan mystique de la pensée chrétienne.
célestes avec le regard de l’âme et de l'esprit pur ? (LYS
voiler notre propre insuffisance, n’allons pas enlever au
l’art et au travail, de son propre aveu : « Puisque l’élo-
— notez tte déeleratot Se est Tr œuvre non de la nature, mais de l'instruction, quelqu'un füût-il
arrivé à la posséder en sa perfection, elle lui fait défaut
et l’abandonne, s’il ne cultive pas cette faculté par une application et un exercice constants. Les plus habiles ont donc encore plus d’eflort à faire que les plus ignares. Car ils ne courent pas, les uns et les autres, le même risque, s'ils se néghgent ; mais Le risque est d’autant plus grand
pour les premiers qu'il y a plus de distance entre eux et
les autres. Aux autres, nul ne songe à faire reproche, s’ils ne font jamais rien qui vaille. Mais eux, s’ils ne se
montrent pas toujours supérieurs à ce que l’on attend …
d’eux, ils seront exposés de la part de tous à d’innombrables critiques. » On ne trouverait pas, dans l’œuvre de Chrysostome, un second passage où s’exprime aussi librement cet amour du bien dire, qui, chez Grégoire de
Nazianzé, s’épanche en tant d’effusions charmantes. Il
faudrait citer aussi les réflexions qui suivent sur le mau-
vais goût de la foule, auquel le prédicateur doit savoir
Lo résister, et plus encore peut-être sur la liberté de parole qu'il doit toujours revendiquer. Dans le VIE et dernier livre, Jean met le prêtre en parallèle avec le moine ; et.
c’est pour lui donner la préférence. Préférer à la poursuite
“héroïque du perfectionnement intérieur le service du prochain et l’exercice de la charité, c’est désormais l’idéal qui
inspirera toute sa vie.
La valeur du traité du Sacerdoce est, on le voit, très grande ; nous n’avons pas à entrer ici dans le détail des
préceptes que donne Jean ; il suffit que le lecteur ait
pu sentir combien l'inspiration est élevée et noble. Par l'ampleur de la conception, par le bel équilibre de la P P P q
. composition, par l'élégance, l’éclat et le mouvement
du style, ces six livres composent vraiment une belle œuvre littéraire, digne des plus pures traditions classiques,
et dont il serait difficile de trouver l’équivalent dans la
littérature profane du 1v° siècle.
Deux autres traités de la période que nous étudions
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LR ANA autre PAR TUE EAP E TER 488 AN 7 LITTÉRATURE GRÉCQUE CH EN
k ; ri ont un objet plus particulier, et peuvent être BHO TES GE | ; plus brièvement. L’un qui est intitulé : Démonstration | FA de la divinité du Christ contre les Juifs et les païens fonde | cette démonstration sur la réalisation des prophé- | ties, tant des prophètes de l'Ancien Testament, que de
Jésus lui-même, et prélude en quelque sorte à la prédi- : cation que Jean, devenu prêtre, entamera bientôt contre à. les Juifs. Le second est également en rapport avec une homélie, prononcée le 24 janvier, jour de la fête de saint . Babylas, en 387 selon Tillemont, en 388 au plus tôt selon re Rauschen (1) ; il est intitulé dans les manuscrits Discours sur le bienheureux Babylas et contre Julien et à l’adresse des Grecs. C’est un traité d’une forme très oratoire, qui a été écrit, nous dit l’auteur lui-même, vingt ans après les À événements qui en ont fourni la matière, c’est-à-dire en 382. Car ces événements nous reportent au règne de Julien. Le Gallus, pendant son séjour à Antioche, avait fait trans- Larr porter à Daphné les reliques de l’évêque et martyr Babylas. T1 2 3408 Julien, indigné, disait-il, d’un voisinage indécent dont | souffrait ainsi le fameux oracle d’Apollon, avait fait ramener le cercueil dans la ville. Mais le martyr se vengea, et le 24 octobre 362, un incendie ravagea le temple du Dieu. Le traité de Chrysostome, est, à propos de ce thème particulier, une sorte d’apologie, assez souvent violente, et qui n'échappe pas toujours aux défauts du genre. Il est intéressant surtout par les détails — assez vagues d’ailleurs — que Jean rapporte sur le conflit entre Babylas et un empereur de son temps (2), et par ceux qu’il donne sur le transfert opéré par Julien et sur l’incendie qui suivit. Ces derniers, provenant d’un témoin vi oculaire, sont au contraire précis et pittoresques.
A CESR raie
ITT
Les Discours ; 17e période : la prédication de Jean à Antioche (386-398). La première année de la prédication de Chrysostome à Antioche est déjà singulièrement remplie, comme nous l’avons vu en racontant sa vie. À peine ordonné prêtre, dès le début de 386, il prononce sa première homélie. Elle fait contraste avec celle que prononça, dans la même circonstance, Grégoire de Nazianze, et qui est d’une grande simplicité, toute consacrée à un commentaire du début des Proverbes. Celle de Chrysostome est au contraire un discours d’apparat, très