‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 140 sur 200 · DAT ET A OPUS QE TA · texte numérisé non relu

DAT ET A OPUS QE TA

fleuri et très soigné ; l’orateur est soucieux de payer sa

dette à Flavien, qui vient de l’ordonner, et de se faire bien venir du troupeau qu’il va l’aider à diriger, en montrant tout son talent. Pour des raisons analogues sans doute, il se consacra alors moins exclusivement que dans la suite à cette prédication morale où il devait exceller. Il fit plus de théologie et de polémique ; il entreprit des campagnes contre les Juifs ou les Anoméens. Il prononça aussi d'assez nombreux panégyriques ou discours d’apparat, divers éloges de martyrs que nous avons perdus et auxquels il a fait ailleurs des allusions, un panégyrique de Philogone, qui s’est conservé, un sermon pour la fête de Noël. L’année suivante, en 387, après qu’il eut continué sa prédication contre les Anoméens, prêché pour l’Épiphanie, pour la fête du martyr Lucien,

recommencé sa polémique contre les Juifs (1), la célèbre :

sédition d’Antioche lui permit de révéler toute la puissance que son éloquence pouvait atteindre, et le fit apparaître comme l’homme le plus capable sans doute qu’il y ait eu depuis Démosthène d’agir par la parole sur une foule, de l’entraîner, de l’émouvoir, de l’apaiser, d’éveiller

(1) Cf. Rauschen, p. 511,

à Les homélies sur les statues: — Les émpereurs du Je siècle ont eu de grands besoins financiers, et leurs agents avaient la main dure quandils faisaient rentrer les impôts. La correspondance de Basile ou celle de Grégoire de Nazianze, par de fréquentes interventions auprès des magistrats en faveur de contribuable obérés, nous ren- seigne abondamment sur ce point. En 387 (1), à Antioche, les exigences de Théodose furent fort mal accueillies. # Un impôt extraordinaire avait été prescrit, dont l’occasion es fournie par les fêtes en l'honneur de la dixième année # de règne de Théodose et de la cinquième d’Arcadius, associé par lui à l’empire.

__ Le rescrit qui en apporta la nouvelle eut pour effet A COYE une émotion (2) très vive. Les notables en pleurs allèrent protester auprès du Comte d’ Orient ou du … Consulaire de Syrie (3) et se déclarèrent incapables de “supporter une charge aussi lourde. Leur protestation accomplie, ils rentrèrent chez eux ; mais quand la foule fut avertie, toute cette plèbe d’Antioche, si excitable et, si remuante, se porta au domicile de l’évèque Flavien,

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qui n’était pas là. Déçue, elle se retira en murmurant,

reflua vers le portique qui avoisinait le palais du Sénat, envahit un établissement de bains, ÿ salit et y dégrada = les images impériales et coupa les cordes qui soutenaient les lanternes. Retournés dans la rue, les émeutiers mirent

la corde au cou des statues de l’empereur, de l’impératrice Flaccilla, des deux jeunes princes Arcadius et Honorius,

(1) C’est du moins la date la plus probable ; on a pu hésiter entre 386 et 387 ; cf. Rauscnen, p. 259 et 512. Théodoret est évidemment dans l’erreur, en la plaçant après le massacre de Thessalonique (v, 19), ainsi que Sezomène en la plaçant encore plus tard, en 392 (vu, 23). Ambroise en parle déjà à la fin de 386 (Ep. XL).

(2) Les événements nous sont connus avec des détails très précis par les 21 homélies de Chrysostome et par 4 discours de Libanius.

(8) C’est à l’un des deux qu'ils ont dû s'adresser ; nous ne savons pas exactement auquel.

jouets aux Sel La maison Das EE qui avait prêché la sagesse, fut incendiée, et la foule allait mettre le feu à la résidence impériale, quand le chef de la police se décida à faire sortir ses archers. À midi le calme était rétabli. Ces événements eurent lieu peu avant le carême,

à la fin de janvier.

De nombreuses arrestations furent opérées, et des exécutions eurent lieu, par le glaive, par le bûcher, à

l'amphithéâtre ; quelques-uns même de ces enfants qui

avaient joué avec le bronze sacré tombèrent sous le coup

de la loi de lèse-majesté et ne furent pas épargnés. Le premier discours de Libanios, la troisième homélie de Chrysostome dépeignent en traits expressifs la: terreur

qui pesa sur Antioche ; la fuite éperdue de tous ceux qui

purent trouver un véhicule, un cheval ou un mulet; et l’angoisse de ceux qui restèrent, les portes closes, sans

oser se montrer dans la ville parcourüe par les policiers.

Théodose ne révéla tout ce dont il était capable pour se venger que plus tard, lors de la répression de l’émeute de Thessalonique. Mais on connaissait déjà son caractère violent et on s’attendait à tout. L’attente dura des

semaines ; la famine commençait à menacer la banlieue

envahie par les fugitifs. Chrysostome, dans la ville dé-

vastée, dut d’abord interrompre sa prédication. Flavien, malgré son âge, était parti en hâte pour Constantinople,

et comptait sur l'approche de. la fête de Pâques pour attendrir l'empereur. Quand il arriva, celui-ci avait déjà

expédié en Syrie deux commissaires, Césaire et Hellébique, |

munis de pleins pouvoirs pour faire l'enquête et chargés, par mesure préalable, de prescrire la fermeture des théâtres, du cirque, de l’amphithéâtre, des bains publics; la suppression momentanée de l’annone ; la dégradation d’Antioche qui perdait son titre de topole, transféré à Laodicée.

Arrivés le lundi de la troisième semaine du carême, les

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DU deux commissaires se montrèrent relativement modérés. te Ce fut cependant une séance tragique, que celle qu’ils FRE tinrent au tribunal, dès le mercredi, et qui, contrairement | aux usages, s’ouvrit à la lueur des lampes, à minuit. Chrysostome y assista ; Libanios figurait parmi les Den assesseurs de Césaire et d’Hellébique. A la fin dela journée | | suivante, au milieu de la désolation générale, on vit Fù emmener en prison, à travers le marché, les sénateurs se enchaînés ; les commissaires renvoyèrent la décision à et l’empereur, et l’un d’eux, Césaire, consentit à se rendre auprès de lui, porteur des supplications de la cité. Il fit 1 6VaR le voyage avec une hâte extraordinaire, en six jours (1), sans même prendre le temps, dit Libanios, de changer d’habits ou de chaussures (2). L'Empereur fut traitable. "É Chrysostome, dans la XXIe homélie, en attribue le mérite à l'intervention de Flavien ; Libanios l’attribue à celle de Césaire, qui fut sans doute décisive, sans que celle de l’évêque eût été inutile. Flavien fut de retour à Antioche

pour Pâques.

He Pendant toute cette crise, le zèle de Jean fut admirable, HA Libanios semble avoir fait son devoir lui aussi ; mais les quatre discours qu'il a composés à l’occasion de ces évé- + nements ont été écrits plus tard, à tête reposée (3), tandis De que nous avons les homélies-de Chrysostome telles qu’elles +2 ont été prononcées, et elles nous permettent de suivre le développement de la crise presque jour par jour. On a essayé de déterminer la date exacte de chacune d’entre elles, et on arrive à des résultats assez différents, selon que l’on admet pour la date où la Pâque était célébrée à Antioche la règle alexandrine (4), ou que l’on pense qu’on

(1) On en mettait ordinairement une trentaine. (2) Or., I, 687.

(3) En effet l’un de ces discours se donne pour prononcé en présence de Théodose, et Libanios nous apprend lui-même ailleurs qu’il ne quitta pas Antioche, (4) Selon cette opinion, qui est celle de Tillemont, la Pâque de 387 aurait eu lieu le 25 avril; avec le système de Rauschen, elle a eu lieu

. s’y conformait à la coutume juive, et selon qu'avec Tillemont on adopte pour durée du carême, dans la même région, une période de sept semaines, ou qu'avec Rauschen, on prend pour point de départ la donnée que le jeûne était observé pendant cinq jours de la semaine (le samedi et le dimanche étant les deux jours sans abstinence), ce qui, pour un carême de 40 jours, qui, au témoignage de Chrysostome, finissait le dimanche avant le Vendredi-Saint, en reporterait le commencement à neuf semaines avant Pâques. Il reste de l’incertitude dans ces calculs ; mais la seule chose essentielle est de lire les homélies dans l’ordre où elles se sont réellement succédé ; cet ordre n’est pas exactement celui que nous ont transmis les manuscrits ; il est toutefois assez facile de le rétablir en général. La première des vingt et une homélies auxquelles la tradition a donné le titre d’Homélies sur les statues est, nous l’avons vu, hors série ; elle est antérieure à la sédition; mais elle entame un thème qui se retrouvera dans toutes, la

prédication contre l’habitude des jurements. La seconde

est celle qui a été prononcée dès que Chrysostome put

reprendre la parole, après sept jours de silence. Celles

qui portent les n°8 III à VIIT se sont succédé l’une à

lPautre, pendant la même semaine ; la troisième est

postérieure au départ de Flavien; la huitième a été pro-

noncée le samedi. Jean prononça le dimanche celle qui . porte le n° 15, puis, au cours de la seconde semaine, celles qui portent les n°8 IX, X, XVI ; il se tut pendant la troisième, qui coïncida avec l’arrivée des commissaires, leur enquête, les arrestations faites sur leur ordre; pendant la quatrième, il prononça les homélies XVIT, XI, XII, XIII ; pendant la cinquième, l’homélie XVIIT ; quand il a prononcé l’homélie XIV, qui a été mal classée dans nos manuscrits, la décision de l’empereur était imminente,

… le 21 mars. Sur toutes ces questions, cf. Rauschen, p. 259, et 512. Voir aussi l’étude de Hug, dont on trouvera l'indication chez Rauschen,

. et ne As les plus MR T Commencétenis circuler. La XX® nous apprend que ces bruits deviennent encourageants. Enfin, la XXI® fut prononcée devant Flavien, porteur de la bonne nouvelle, le jour de Pâques. La XIX® est hors série comme la première, et ne semble avoir été placée parmi les autres que parce qu’elle traite encore le thème des jurements ; elle doit être postérieure à Pâques (1).

Ce qui frappe le plus le lecteur, dans ces ibéties Horse ess | c’est que Jean se donne tout entier. Cette puissance de sympathie, qui arrive à créer un lien si étroit, entre l’orateur et son auditoire, est le caractère aénéra des son éloquence. Mais, par l'effet des circonstances tragiques qui lui four-

nissent ici sa matière, il y est porté à son plus haut point. Aussi pouvons-nous saisir, à travers ces 19 discours, toutes les impressions par lesquelles est passé, au cours de ces journées terribles, un public qui était composé principalement de petites gens, beaucoup de riches ayant fui ; un public qui, quand le danger paraissait le plus | grave, se DRSAOte à l’église, et qui devenait moins nombreux dès qu’une rumeur favorable se répandait ; une foule impressionnable et mobile, qui allait vers Dieu quand

elle tremblait et l’oubliait dès qu’elle se rassurait. Pendant les premières semaines surtout, elle afflue, pour se récon- . forter à la parole ardente de Jean, comme elle avait couru, | = dès la proclamation de l’édit, implorer l’appui de l’évêque Flavien. Au milieu de ses frères éplorés, Jean se lève, comme un des leurs, comme un homme qui partage leurs craintes, qui revendique les mêmes responsabilités, qui leur parle avec l’autorité qu’il tient de Dieu, mais aussi avec l'émotion et la simplicité d’ un de d’infor-

(1) Elle est fort intéressante ; car elle a été prêchée devant une affluence de villageois, accoutumés à parler le syriaque, et dont Jean célèbre, dans une peinture idyllique, la vie simple et honnête, quil | oppose à celle des citadins, Elle ne contient rien sur la’ sédition,

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