‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 141 sur 200 · ENT JEAN CHRYSOSTOME · texte numérisé non relu

ENT JEAN CHRYSOSTOME

ét a dû se taire pendant sept jours. Dès qu’il le peut, ï reparaît à l’ambon, et, dans son premier sermon, il décrit la détresse de la cité. Ce serait le moment de se lamenter, ou de prier, plutôt que de tenir des discours. Antioche est comparable à Job, et les autres villes e devraient venir pleurer sur elle. Elle était une ruche bruyante ; un silence morne y règne aujourd” hui. Chrysostome voudrait s'arrêter, après s'être associé ainsi aux pleurs de ses frères. Cependant, il rappelle cette homélie qu’il avait prononcée quelques jours auparavant, et où il avait reproché aux habitants de jurer à tout proposs sans respect pour la majesté divine ; et il voit dans certaines des paroles qui lui ont échappé à ce sujet un pressentiment, et comme une inspiration divine. Dans une cité indisciplinée, telle que l’était Antioche, comment tout ne # deviendrait-il pas possible ? Les grands crimes se pré- * parent dans les mauvaises habitudes journalières ; la He __ révolte soudaine naît de la licence à laquelle on a fini par devenir indifférent. Peu à peu le ton de l’orateur se fait plus grave ; la réprimande est plus mordante. Jean se sent maître de son public, et redevient l’orateur chrétien qui exhorte et qui condamne. Il montre, à la lumière des événements récents, la vanité des choses humaines. ; Quelques jours après, voici que Flavien est parti; et . 1 | l’on espère qu’il pourra devancer ou rattraper tout au | moins les messagers chargés d’annoncer la révolte à . Théodose ; car on sait que, dans leur hâte, ces messagers

ont fourbu leurs chevaux et ont dû continuer leur voyage

‘# en voiture. Le carème d’autre part a commencé. Jean F redonne à sa prédication le ton didactique; il explique ue le véritable caractère du jeûne, auquel il dénie toute

valeur, s’il ne s’associe pas à une bonne conduite. Mais

‘à cette instruction il mêle fréquemment le rappel des cir-

. constances, soit en parlant, dans l’exorde, des espérances a

que la mission de Flavien a fait naître, soit en faisant, |

dans la seconde moitié de son discours, une description

…__ des exécutions déjà accomplies, que je citerai comme un |

bon exemple du pathétique où il excelle : « Les uns ont

péri par le fer, d’autres par le feu, d’autres ont été livrés aux bêtes, non seulement des hommes, mais même des enfants, et ni l'innocence de leur âge, ni l’entraînement de la foule, ou la pensée que les coupables, pour

agir ainsi, avaient été enflammés de fureur par les dé-

mons (1), ni l’excès évident du tribut réclamé, ni la pauvreté, ni l’excuse d’avoir partagé la faute de tous, ni la promesse de ne jamais plus rien oser de semblable à l'avenir, ni aucune autre considération, en un mot, n’a pu les sauver, mais, sans aucune indulgence, ils furent conduits au barathre, gardés de droite ou de gauche par des soldats en armes, qui empêchaient que personne pût soustraire à leur sort les condamnés. Leurs mères les accompagnaient à distance ; elles assistaient à la décapitation de leurs enfants, sans oser déplorer leur infortune ; la terreur triomphait de la douleur, et la crainte était plus forte que la nature. Comme ceux qui voient du rivage des naufragés se lamentent, sans pouvoir approcher des malheureux que les flots engloutissent et les leur arracher, de même en ce jour les mères, empêchées par la peur des soldats tout autant qu’on l’est par celle des vagues, n’osèrent s’approcher ni arracher leurs fils au supplice, et même elles eurent peur de pleurer (2) ». La IVe homélie traite encore du jeûne et des jurements, mais commence par un exorde sur l'utilité de l'épreuve. La Ve se relie directement à la précédente, qu’elle continue. L’exorde de la VIS laisse voir que l’auditoire trouve maintenant la prédication un peu austère. Jean continue cependant

ses instructions morales ; mais, préoccupé de l’arrivée

imminente des commissaires, il prend soin aussi, par un développement sur le respect dû aux magistrats et la

{1} Chrysostome et Libanios disent également qu’un accès de folie comme celui qui a saisi le peuple ne peut s’expliquer que par une inspiration démoniaque.

(2} Hom., LIT, 6,

nécessité des lois, de leur préparer une réception honorable. Un prédicateur qui connaît son métier, sait qu’il ne faut pas réprimander toujours et qu’on obtient parfois un progrès en ayant l’air de croire qu’il est déjà réalisé. Voici donc que Jean feint de voir apparaître, au contact de l’épreuve, une nouvelle Antioche, guérie de sa licence, où l’aspect des rues est grave, où l’on n’entend plus de chansons obscènes, et, si Flavien a pu rattraper les messagers envoyés à l’empereur, n’est-ce pas une grâce de Dieu, concédée au repentir ? Usant de l’avantage qu’il vient de prendre, l’orateur, dans les homélies suivantes, redevient à peu près uniquement catéchiste et commente deux versets de la Genèse, ou traite d’autres thèmes moraux. ä __ L’entre-acte est terminé, et le drame semble devoir ‘recommencer avec la venue de Césaire et d’Hellébique. Ceux-ci toutefois font preuve d’une certaine clémence. Les homélies XVII, XI, XII, XIII se rapportent à ce moment. Elles commencent toutes par un verset (18) du Psaume LXXI : Béni soit le. Seigneur, et opposent à l'inquiétude antérieure l'impression plus favorable qui tend à prévaloir. La XVIIe en particulier est intéressante par le rôle que Jean attribue aux moines, qui, dit-il, dans les jours les plus critiques, ont quitté leur solitude pour venir consoler et encourager le peuple antiochien. À leur zèle charitable, il oppose l’indifférence égoïste des philosophes, qui ont abandonné la ville en danger. Nous ignorons par ailleurs ce que firent les philosophes. Mais le plus en vogue des rhéteurs, Libanios, était resté, dans son école vide ; ce sont ses élèves qui avaient fui, et il le leur reproche amèrement dans un des discours relatifs à la sédition.

Quelques jours après l’arrivée des commissaires, la satisfaction qu’avaient éprouvée les gens d’Antioche à les trouver moins durs qu’on ne l’avait craint était déjà émoussée ; et ils commençaient au contraire à se plaindre

- des mesures dont ils avaient d’abord reconnu la clémence

Page 1